Conférence-débat PS sur la situation
au Togo: Intervention de Kofi Yamgnane
Conférence-débat du Parti socialiste
(Fédération PS du nord) sur la situation au Togo
29 juin 2010
FEDERATION PS DU NORD à Lille le 25 juin 2010
Chers camarades,
Je vous fais parvenir le présent document concernant la
situation économique, politique et sociale du Togo. Le
document est composé de neuf chapitres pouvant se lire
indépendamment les uns des autres. Il décrit la
situation réelle et les conditions dans lesquelles vivent
les Togolais.
A la lecture de ce document, on peut se poser la question de
savoir si le Togo a jamais accédé à l’indépendance,
question valable du reste pour la plupart des pays du sud du
Sahara.
Certes, la France-Afrique traditionnelle, celle inventée
par la droite de De Gaulle et entretenue par ses suivants jusqu’à N.
Sarkozy, a vécu. Mais aujourd’hui le pouvoir français, à cause
de sa désinvolture et de son mépris illustrés
dans le discours de Dakar (26 juillet 2007), n’a plus de
politique africaine. Le pouvoir français se contente désormais
de protéger les intérêts de quelques amis
du Président, installés en Afrique pour mener des
affaires plus ou moins avouables.
Ce document a pour ambition de donner à mon Parti une
contribution qui doit lui permettre d’annoncerpour l’élection
présidentielle de 2012, la vraie rupture que les Africains
attendent, puis de la mettre en œuvre au lendemain de notre
victoire. Nos centaines de milliers de compatriotes électeurs
issus du continent y seront très sensibles...
En réalité, ce qui est décrit ici vaut pour
l’ensemble des pays d’Afrique du Sud du Sahara et
pourra donc utilement nous servir à définir une
politique africaine globale. Les peuples africains n’ont
pas besoin d’aide extérieure pour se développer.
Il n’est pas concevable de vivre sur le continent le plus
riche de la planète en étant les peuples les plus
pauvres. Les Africains ont besoin de partenaires respectueux
de leur identité. La démocratie africaine est à inventer
par les Africains eux-mêmes : tout juste ont-ils besoin
de s’inspirer des expériences vécues ailleurs.
Il en va de même pour le développement qui ne peut
pas se concevoir comme unique.
Voilà ce à quoi nous devons réfléchir
au sein du PS, collectivement, pour contribuer à mettre
fin au scandale africain fait de pauvreté, de maladies,
de tyrannies, d’émigration...
UN MOT SUR LE TOGO
Le Togo est une bande de terre de 55 000km2, située sur
la côte du Golfe de Guinée, limitée au Nord
par le Burkina Faso, le Bénin à l’Est et
le Ghana à l’Ouest. Le pays compte environ 6 millions
d’habitants, répartis en 37 ethnies.
Colonie allemande entre 1884 et 1914, le Togo passe sous tutelle
française sous le contrôle de la SDN en 1914. Il
accède à l’indépendance le 27 avril
1960 sous la conduite de Sylvanus Olympio, son premier Président
qui sera assassiné le 13 janvier 1963 par une demi-douzaine
de sergents fraîchement libérés par l’armée
française après la guerre d’Algérie.
Le pays tombe alors sous une dictature sanglante sous la férule
de Gnassingbé Eyadema jusqu’à sa mort le
5 février 2005, date à laquelle l’armée
confie le pouvoir à un des nombreux fils du défunt
président.
Le système mis en place depuis 1967 continue de fonctionner à plein
régime : il est fait d’un dosage machiavélique
de violence politique, d’absence totale de démocratie,
d’impunité, de corruption et de pillage systématique
des biens publics.
Même le discours de La Baule, prononcé en 1990 par
François Mitterrand et réclamant la démocratie
pour les peuples africains n’a aucun effet ici. Les élections
ne sont qu’un simulacre par lequel tout participant n’apporte
que sa part de légitimation au pouvoir.
Découragés et affamés, les Togolais ne pensent
plus qu’à leur survie.
Les partis politiques d’opposition autorisés depuis
1991, sont constamment humiliés et discrédités.
De guerre las, beaucoup ont fini par accepter de collaborer avec
le pouvoir. Le dernier exemple est celui de M. Gilchrist Olympio, “champion
de l’opposition historique” . . .
Le scrutin de 2010 pour l’élection présidentielle
n’a pas dérogé à la règle :
fraudes massives, bourrage des urnes, menaces, ... devant le
regard ébahi des observateurs européens.
Pour la première fois sérieusement remise en cause à l’intérieur
par des manifestations hebdomadaires géantes, “boudée” et
isolée à l’extérieur grâce à notre
entregent diplomatique, la dictature togolaise est en butte à de
réelles difficultés. Elle n’a jamais été aussi
fragile et elle le montre par sa fébrilité. Ce
n’est pas le moment de relâcher notre pression. C’est
le moment que j’ai choisi pour lancer un parti, le SURSAUT,
avec l’objectif de rassembler l’opposition sur les
valeurs républicaines.
Pour le faire, j’ai besoin de l’aide de tous les
démocrates du monde au premier rang desquels je place
naturellement le parti où j’ai toujours milité,
le PS de France.
Kofi YAMGNANE
Fait à Paris, le 25 juin 2010 |