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Togo: Malgré la mollesse des syndicats:

La grève générale a tenu ses promesses et signe la mort des syndicats
Mathias Hlomador, Ephrem Tsikplonou, Akouété Béliki, aux côtés du pouvoir

05 juillet 2010

Les leaders syndicaux de l'ATCLe vendredi 2 juillet était censé être une journée sans activités. Il devrait se tenir sur toute l’étendue du territoire togolais, à l’appel de l’Intersyndicale des travailleurs du Togo, une grève générale des travailleurs tant du secteur public que privé, pour protester contre la hausse inopinée des prix des produits pétroliers. Tout était fin prêt pour que ce mouvement de débrayage soit effectif. Mais la grève a été décommandée au dernier moment par les leaders syndicaux, à la surprise générale. Retour sur cette volte-face de l’Intersyndicale qui continue d’écœurer et sur l’accord qui a prévalu à cette annulation.

Une diminution de 20 F, les leaders syndicaux emballés
C’est un pseudo accord intervenu dans la matinée de jeudi  entre les leaders syndicaux et le gouvernement qui a prévalu à l’annulation du mouvement. «Les prix en vigueur depuis le 19 juin 2010 sont diminués de 20 Fcfa sur tous les produits à compter du 2 juillet 2010 au plus tard». Voilà la grande décision de ce compromis qui a emballé l’inénarrable Mathias Hlomador - l’homme est très connu pour ses revirements de positions- et sa bande. Cette volte-face est restée au travers de la gorge des bases syndicales, des travailleurs et de l’opinion en général, au regard de la plate-forme revendicative préalable soumise.

Le bon sens n’arrive pas à comprendre qu’une diminution de vingt (20) FCfa puisse avoir raison de la détermination affichée par les leaders de la Confédération générale des cadres du Togo (CGCT), de la Confédération nationale des travailleurs du Togo (CNTT), de la Confédération syndicale des travailleurs du Togo (CSTT) et autres. Puisqu’au préalable ils demandaient que l’augmentation décidée le vendredi 18 juin dernier soit purement et simplement rapportée, et que donc les anciens prix pratiqués avant cette date restent en vigueur. C’était une position partagée par les consommateurs qui ont manifesté le mardi 22 juin leur désapprobation de cette mesure cynique prise au moment même où les populations avaient les pieds dans l’eau. Mais il a juste fallu que les gouvernants consentent une diminution de 20 FCfa sur les soixante-quinze (75) FCfa de hausse décidée le vendredi 18 juin pour que les leaders syndicaux désarment. Et apparemment ils sont comblés. L’Istt «complètement satisfaite», s’est-on emporté jeudi sur la mère des télés dans l’édition du journal de la mi-journée. Incroyable!

Jouer sur la lassitude des consommateurs
«Une commission spéciale des prix des produits pétroliers comportant les représentants des organisations syndicales des travailleurs et du Conseil national du patronat sera mise en place dans les dix prochains jours. Elle aura pour attribution de proposer les réajustements automatiques des prix conformément au cours du baril et aux fluctuations du dollar afin que les prix à la pompe reflètent la vérité des prix. Une formation sera administrée aux membres de ladite commission dans les jours qui suivent sa mise en place. Les nouveaux prix qui seront incessamment communiqués sont provisoires et seront réajustés par la commission spéciale des prix dès qu’elle commencera ses travaux et ce, conformément au principe énoncé plus haut», indique par ailleurs le fameux accord. Assez suffisant pour conclure que par ces dispositions, le gouvernement vient de fermer la porte à toute négociation visant à rapporter les prix. Et visiblement les gouvernants veulent jouer sur le temps, histoire d’amortir progressivement la colère des consommateurs. La fameuse «commission spéciale des prix des produits pétroliers» ne sera mise en place que dans un délai de dix (10) jours, et en plus ses membres devront subir une formation appropriée avant d’être opérationnels. On pourra mettre par exemple un, deux ou trois mois pour ce faire, et ainsi le tour serait joué.

Au secours des gouvernants
Même si dans l’accord il est stipulé que les nouveaux prix qui seront incessamment communiqués sont provisoires, il faut être dupe pour penser que le gouvernement va consentir ultérieurement une autre diminution, même de 5 Fcfa.  C’est ici qu’il faut concevoir le rôle joué par Mathias Hlomador, Akouété Béliki, Ephrem Tsikplonou et autres comme un grand service rendu au pouvoir en place. Ils ont stratégiquement récupéré la « mutinerie sociale » qui a éclaté le mardi 22 juin, jouant aux porte-parole des consommateurs, pour ensuite noyer la grogne. Le quarteron de  leaders a participé ainsi à aider les gouvernants, qui avaient du mal à contenir la grogne sociale malgré les déploiements des forces de l’ordre le mardi 22 juin et les menaces sur les partisans de la grève, à faire consommer aux populations la hausse des prix des produits pétroliers. Une caution manifeste de l’arnaque officielle des consommateurs.  Voilà qui donne raison à ceux qui pensent que ces hommes sont souvent agis à coups d’espèces…et prennent fait et cause pour le pouvoir, chiant carrément sur le sort de leurs mandants.

La mort des syndicats au Togo
Il faut avouer qu’avec ce dernier épisode, ces leaders syndicaux traditionnels ont joué leur crédibilité pour de bon. Très peu de consommateurs ont applaudi cette baisse de 20 F Cfa arrachée. «On s’en fout d’une baisse, même de 74 F. Que les produits pétroliers soient tout simplement ramenés aux anciens prix, le reste c’est du dilatoire!», a pesté un compatriote. «Mathias Hlomador et ses comparses croient sûrement avoir rendu un grand service à la population, mais que représente une diminution de 20 F sur les 75 F augmentés?...Qu’ils aillent au diable!», s’est emporté un autre. Preuve de cette désapprobation générale, la grève a été suivie vendredi.

Le mouvement a été grandement observé dans le secteur privé. Même les travailleurs du public auraient pu débrayer s’ils n’avaient pas été menacés. La veille, des notes ont circulé dans les services, sommant les employés de ne pas respecter le mouvement, au risque de perdre leur boulot. Et vendredi, jour de grève même, des contrôles inopinés ont été effectués dans les services publics, les employés devant remplir à longueur de journée des fiches de présence. «On nous faisait émarger à tout bout de champ, ce qu’on ne fait pas d’habitude», témoigne un fonctionnaire d’Etat. Mais bien que l’ISTT ait décommandé la grève, elle a été suivie dans l’ensemble. Même le très officiel site de la «désinformation» a avoué. «Un vendredi comme un samedi», titre-t-il, faisant allusion au trafic fluide constaté ce vendredi 2 juillet, qui est souvent l’apanage du samedi, jour non ouvrable. «En dépit de la levée du mot d’ordre de grève lancé par les syndicats, de nombreux habitants ne se sont pas rendus au travail», concède-t-il, avant de relativiser, «faute de transports en commun. Peu de taxis et de taxis-motos circulaient dans la matinée…Certains commerçants ont préféré laisser leur rideau de fer baissé par crainte de troubles», le tout après avoir assené au tout début un grand «Pas de  grève générale vendredi à Lomé».

Tout cela prouve le peu de crédit qu’ont aujourd’hui les leaders syndicaux aux yeux des populations. C’est certainement la fin de la génération Mathias Hlomador, Akouété Béliki, Ephrem Tsikplonou et consorts. Leurs bases respectives fulminent de colère, et ce ne serait pas étonnant que dans les prochains jours, des assemblées générales extraordinaires soient convoquées pour démettre ces leaders syndicaux qui visiblement, ne sont plus en phase avec leurs syndiqués et oublient leur sort. Ces leaders pendant tout leur mandat restent aphones et indifférents au sort des travailleurs, et lorsqu’ils sont obligés de sortir de leur léthargie, c’est pour les enfoncer davantage et aider les gouvernants à se sortir d’embarras, bien sûr moyennant…

Tino Kossi, collaborateur www.etiame.com

 

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