Interview exclusive de la 3è Vice-présidente
de l’UFC:
Me Isabelle Améganvi: «M.
Gilchrist Olympio, animé d’une haine inexplicable,
croit pouvoir compter sur l’onction du RPT, pour mener à terme
son entreprise de déstabilisation de l’UFC»
07 juillet 2010
Dans cette interview qu’elle vient d’accorder à votre
journal, la 3ème Vice-présidente de l’UFC
et députée à l’Assemblée nationale,
Me Isabelle Manavi Djigbodi Améganvi, aborde les plans
de Gilchrist Olympio pour détruire l’UFC et les
circonstances dans lesquelles les AGO sont entrés au gouvernement.
Elle s’intéresse aussi aux problèmes de l’heure
comme la hausse des prix des produits pétroliers, la dissolution
d’OBUTS et la dégradation de la situation des droits
de l’Homme au Togo. Lecture.
Devons-nous dire Madame la Vice-présidente
de l’UFC ou tout simplement Honorable députée,
puisque vous ne faites pas partie du Bureau national recomposé par
M. Gilchrist Olympio?
L’UFC n’a pas de Bureau national autre que celui
issu du 2ème Congrès ordinaire des 18 et 19 Juillet
2008. Je suis élue 3ème Vice-présidente
par ce Congrès et je le demeure.
Voyez-vous, en dehors du Congrès qui seul en a le pouvoir,
nul ne peut recomposer le Bureau national fût-il Président
national. De surcroît, M. Gilchrist Olympio fait l’objet
d’une exclusion temporaire et n’est plus habilité à parler
ni agir au nom du parti.
Comment expliquez-vous cette sortie de Gilchrist
Olympio qui continue d’agir en tant que Président
du parti, bien qu’il soit temporairement suspendu?
Je crois que M. Gilchrist Olympio méconnaît profondément
les textes fondamentaux de l’UFC qu’il a pourtant
présidée pendant plusieurs années. Il n’a
aucune considération pour les structures du parti. Il
méprise souverainement les responsables et les militants
qu’il considère comme des employés à sa
dévotion et prend le parti pour sa propriété privée.
C’est pour toutes ces raisons que M. Gilchrist Olympio
se refuse à prendre la juste mesure de la gravité des
actes qu’il a posés et qui ont conduit à son
exclusion temporaire du parti. Il s’entête à vouloir
entraîner tout le parti dans une voie sans issue.
Fort heureusement, sous la direction vigilante des responsables
qui, chacun en ce qui le concerne, ont tout donné, y compris
leur âme pour que l’UFC soit, le Bureau national,
instance dirigeante du parti entre deux congrès a su rester
fidèle aux orientations du parti et a pris ses responsabilités
dans l’intérêt des populations togolaises.
Comprenez-vous pourquoi il a envoyé au ministère
de l’Administration territoriale une copie de la lettre
circulaire recomposant le Bureau?
Il est évident que dans la logique qui est aujourd’hui
la sienne d’en découdre avec le Bureau national
du parti qui a osé, crime de lèse-majesté,
positionner un candidat de dernière minute à l’élection
présidentielle de 2010 suite à son accident aux
USA, M. Gilchrist Olympio, animé d’une haine inexplicable,
croit pouvoir compter sur l’onction du RPT, son nouvel
allié pour mener à terme son entreprise de déstabilisation
de l’UFC.
Pensez-vous que M. Gilchrist Olympio agit de son
propre chef ou qu’il est sous l’influence de
certaines personnes tapies dans l’ombre?
M. Gilchrist Olympio n’a jamais accepté la désignation
par le Bureau national d’un candidat autre que lui à l’élection
présidentielle de 2010. Il a entrepris d’en finir
avec tous les acteurs de la candidature de M. Jean-Pierre Fabre.
Naturellement, pour l’aider dans sa funeste besogne, il
trouve au sein du parti quelques soutiens à travers une
poignée de militants et autres responsables fatigués
de la durée de la lutte démocratique et pressés
de partager avec le RPT sur le dos des pauvres populations le «gâteau
togolais». Il en est de même de certains militants
de dernière heure ayant raté leur carrière
professionnelle qui, après avoir fait quelques brèves
ballades dans des partis politiques togolais qu’il soit
de la majorité ou de l’opposition, pensent pouvoir
trouver par le biais de l’UFC la voie idoine qui peut leur
offrir les subsides de leur retraite politique.
Personne ne pouvant valablement être influencé contre
son gré, j’estime que M. Gilchrist Olympio agit
délibérément en toute connaissance de cause
et qu’il trouve plutôt dans les personnes que vous
estimez «tapies dans l’ombre», des
alliées pouvant servir sa cause. Je vous assure que c’est
plutôt lui qui mène la danse et manipule au gré de
son humeur.
Certains de vos collègues estiment que M.
Gilchrist Olympio est dans une logique de destruction de
l’UFC. Vous partagez donc cette opinion?
C’est bien triste à dire, mais je crois que c’est
l’opinion la mieux partagée aujourd’hui, même
par nos adversaires politiques!
Aujourd’hui, les Togolais ne reconnaissent
plus leur «opposant historique» comme on le dit.
Selon vous, qu’est-ce qui a été déterminant
dans son revirement spectaculaire? Que répondez-vous à ceux
qui estiment qu’il est «acheté» par
le RPT pour pérenniser le système?
Il est regrettable qu’un opposant de la trempe de M. Gilchrist
Olympio ait choisi de tourner le dos à tous les combattants
de la liberté, après tant d’années
de lutte et de sacrifices. Le fait qu’il soit aujourd’hui
comptable avec le RPT de mesures gouvernementales impopulaires,
d’arrestations arbitraires, d’exécutions sommaires
et de répressions sanglantes des manifestations de citoyens
affamés et en détresse dépasse l’entendement.
C’est le caractère injustifié et inexplicable
de son comportement qui, à mon avis, amène certaines
personnes à justifier, à tort, ses actes par le
fait «que M. Gilchrist Olympio est acheté».
Je crois sincèrement que nos compatriotes doivent cesser
de trouver des excuses et des justifications tous azimuts aux
actes que pose M. Olympio. Il n’y a logiquement rien à comprendre,
rien à justifier, encore moins rien à excuser dans
ses actes.
Maintenant, que M. Gilchrist Olympio soit véritablement
acheté ou vendu, je ne veux absolument rien savoir. Lui
seul pourra vous répondre si vous prenez la peine de lui
poser la question.
Nous allons à présent aborder l’entrée
de certains militants de l’UFC au gouvernement. Est-ce
qu’il y avait eu des discussions préalables
et sincères à ce propos?
Je dois d’abord dire que depuis la création de l’UFC,
on peut compter sur les doigts de la main, le nombre de fois
que M. Gilchrist Olympio a présidé les réunions
du Bureau national alors que ces réunions se tiennent
sur une base hebdomadaire, tous les lundi. Depuis le 2ème
Congrès ordinaire des 18 et 19 Juillet 2008 qui l’a
reconduit comme Président national et désigné comme
candidat du parti à l’élection présidentielle
de 2010, M. Gilchrist Olympio n’a présidé que
trois réunions du Bureau national.
C’est au cours des deux dernières réunions
du Bureau national qu’il a présidées les
10 et 17 Mai 2010, que M. Olympio a informé le parti des
démarches «exploratoires» qu’il
avait entreprises suite à une invitation de M. Houngbo à prendre
part au gouvernement. Devant la réprobation générale
des membres du Bureau national, M. Olympio a fait savoir qu’il
ne pensait pas que cette démarche pouvait aboutir, d’autant
plus que le RPT n’acceptera pas ses propositions. M. Olympio
a précisé qu’en tout état de cause,
cette démarche n’engage pas le parti et que si des
discussions formelles devraient être menées avec
le RPT, ce serait avec l’aval du Bureau national qui devrait
d’abord en décider et approuver la composition de
la délégation de l’UFC. Or, le jeudi 27 Mai
2010, sans plus en référer au Bureau national,
M. Gilchrist Olympio annonce, non pas au siège du parti
mais dans le salon de son père défunt, de regrettée
mémoire, qu’il a signé la veille un «accord
historique» avec le RPT. Le lendemain 28 Mai, il entrait
au gouvernement de M. Houngbo avec sept portefeuilles ministériels
nonobstant la position clairement exprimée à maintes
reprises par le parti, de ne pas prendre part à ce gouvernement,
ne laissant aucun choix au Bureau national que de constater sa
forfaiture et de le suspendre de la direction du parti.
M. Gilchrist Olympio et ses amis affirment qu’ils
ont le soutien de toutes les fédérations pour
cette démarche. Vous infirmez?
Naturellement! M. Gilchrist Olympio et ses amis tentent, avec
des méthodes que nous avons toujours combattues à l’UFC,
d’abuser des fédérations par la désinformation,
l’intoxication, la manipulation et l’escroquerie
politique. Ils vont même jusqu’à faire des
promesses de nominations à divers postes. Il est vrai
que des membres de certains bureaux fédéraux se
sont laissé abuser mais la quasi-totalité des fédérations
demeure fidèle à la ligne du parti incarnée
par le bureau national.
Actualité oblige, quelle est votre réaction
par rapport aux problèmes de hausse des prix des produits
pétroliers et d’inondations?
La hausse des prix des produits pétroliers? Une décision
incongrue par l’ampleur de la hausse (15 à 22%)
et forcément impopulaire parce que en déphasage
total avec la situation actuelle des populations togolaises qui
vivent au quotidien, la misère, la pauvreté et
la précarité. Lorsque vous ajoutez à tout
cela les inondations saisonnières qui frappent les populations,
avec leur cortège de dégâts matériels
et de pertes en vies humaines, vous réunissez tous les
ingrédients d’une révolte populaire spontanée.
C’est ce que notre pays connaît en ce moment.
Je voudrais ici déplorer et condamner la répression
sanglante des manifestations de colère d’une population
en détresse par les forces armées et de sécurité qui,
en raison de la culture de l’impunité, n’ont
pas hésité à tirer à balles réelles
sur des manifestants.
C’est le lieu de renouveler au nom de l’UFC, nos
condoléances aux familles endeuillées et nos souhaits
de prompt rétablissement aux blessés. Nous exigeons
que les manifestants arrêtés soient libérés
sans condition et que les coupables des tueries soient recherchés
et traduits devant les tribunaux.
Jeudi 24 juin dernier, certains ministres étaient
devant vous à l’Assemblée nationale.
Est-ce que vous avez été convaincus par leurs
explications?
Bien sûr que non! Les vaines explications données
par les ministres en charge des dossiers brûlants de l’actualité dans
notre pays ne sauraient convaincre la plus complaisante bonne
volonté! Je veux dire par là que même les
députés RPT sont restés circonspects devant
cet étalage de contrevérités, de langue
de bois et de vaines promesses jamais tenues et reconduites d’années
en années!
En tant que défenseur des droits de l’Homme,
vous êtes sûrement touchée par la dégradation
des droits de l’Homme au Togo?
En effet. Je suis tout aussi inquiète que les organisations
de défense des droits de l’Homme soient contraintes
de monter constamment au créneau en ce moment pour dénoncer
la recrudescence des violations des droits et libertés
publiques par le régime RPT- AGO. Toutes les institutions
de la République sont mises sous coupe réglée
pour servir rien que les intérêts du pouvoir au
détriment des intérêts des populations qui
sont opprimées, exploitées, humiliées, martyrisées …
Quelle lecture faites-vous de la dissolution de
l’OBUTS d’Agbéyomé Kodjo?
Un déni de justice, une violation flagrante et scandaleuse
des droits et libertés, du libre exercice des activités
des partis politiques. Tous les partis politiques, y compris
le RPT, se doivent de dénoncer et de condamner
cette dérive totalitaire.
On peut dire qu’après l’OBUTS, c’est
le tour de l’UFC puisque le cabinet de Gilchrist Olympio
parle «d’un procès inéluctable
qui s’impose de plus en plus, jour après jour, comme
le procès de la clarification juridique»…
On peut comprendre que fort du soutien du RPT, M. Olympio soit
tenté de s’appuyer sur une justice aux ordres pour
régler des comptes et parachever ainsi son œuvre
de destruction de l’UFC. Je pense que sauf à recourir à l’arbitraire
et à l’injustice, il n’y a pas de «clarification
juridique» qui vaille. Il s’agit plutôt d’une
clarification politique qui s’impose à travers un
congrès et seul un congrès permettra à chacun
de se déterminer soit par rapport à des idées
et à des principes politiques, soit par rapport à un
homme de surcroît en perdition!
Après la 15ème marche du FRAC, y a-t-il
de l’espoir pour le changement tant souhaité?
La lutte populaire est invincible. L’espoir pour l’alternance
et le changement est dans la mobilisation et dans la détermination
des populations. L’espoir pour l’alternance et le
changement est dans les actions que mène le FRAC.
La lutte que nous menons est juste et légitime. Je reste
convaincue qu’elle mettra les vrais protagonistes de la
crise postélectorale face à leurs responsabilités
pour répondre aux attentes du peuple togolais meurtri.
Propos recueillis par Zeus Aziadouvo,
correspondant permanent à Lomé |