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France: Scandale au sommet de l’Etat:
Affaire Bettencourt, Sarkozy conforte
les dictateurs africains dans la prédation des biens
publics
08 juillet 2010
L’affaire qu’on doit rebaptiser «affaire
Sarkozy-Eric Woerth» a pris un nouveau tournant
depuis les révélations du site Internet Mediapart.
Une affaire qui fait grand bruit et qui va sûrement constituer
des arguments pour les présidents africains qui raffolent
de cadeaux.
L’affaire Bettencourt connaît un regain d’intensité,
mardi, au lendemain des déclarations de l’ex-comptable
du couple de milliardaires lundi après-midi devant la
Brigade de répression de la délinquance économique
(BRDP), et lundi soir à Mediapart. Claire
T. a, en effet, affirmé que Liliane et André Bettencourt
avaient régulièrement financé, via des enveloppes
contenant des espèces, des personnalités de la
droite française, dont Nicolas Sarkozy et l’actuel
ministre du Travail, Eric Woerth. Les deux intéressés
ont démenti ces allégations mardi matin.
Dans ses révélations, l’ex-comptable du
couple Bettencourt évoque notamment un épisode,
remontant à mars 2007, mettant en scène Éric
Woerth, aujourd’hui ministre du Travail. Celui-ci, alors
trésorier de l’UMP, se serait vu remettre, via le
gestionnaire de fortune Patrice de Maistre, une somme de 150.000
euros destinée à la campagne présidentielle
de Nicolas Sarkozy.
Selon son récit à Mediapart, Patrice de Maistre,
gestionnaire de la fortune de la milliardaire de 87 ans et «celui
qui s’occupait des politiques», lui a demandé, «fin
mars 2007», de retirer «une somme trois
fois supérieure à l’habitude, à savoir
150.000 euros». L’ex-comptable affirme n’avoir
retiré que 50.000 euros, comme le lui permettait son accréditif,
remis à Liliane Bettencourt, qui, dit-elle, «a
ensuite donné l’enveloppe à Maistre, devant
moi». «Les 100.000 autres euros ont été sortis
d’un compte en Suisse à l’initiative de M.
de Maistre», selon Claire T., qui poursuit: «Ensuite,
Maistre m’a dit qu’il allait très vite dîner
avec Éric Woerth afin de lui remettre, discrètement
comme il m’a dit, les 150.000 euros. Et le dîner
a bien eu lieu très rapidement.» Patrick de
Maistre a «contesté formellement» ces
déclarations mardi matin.
Y a-t-il une différence entre Sarkozy et les présidents
des Républiques bananières d’Afrique? Certainement
pas, ou plus maintenant. Les Africains ont longtemps pensé que
la France, République des droits de l’Homme et des
leçons de bonne gouvernance était à l’abri
de ces genres de scandales. Mais le constat est là, la
France est encore secouée par des affaires de sous, mêlant
le politique et le monde des grandes fortunes.
Les hommes d’Etat français peuvent-ils se passer
des relations juteuses qu’ils entretiennent avec le monde
des affaires ? Ce n’est pas du tout sûr, et certainement
que Sarkozy n’est pas au bout de ses peines. Que découvriraient
les journalistes et enquêteurs qui seront tentés
de fouiller un peu plus dans les relations du président
Sarkozy avec les grandes fortunes de France, surtout avec l’homme
d’affaires Christian Bolloré? Rien de reluisant.
Avec cette nouvelle crise qui éclabousse Nicolas Sarkozy
et son gouvernement, les chefs d’Etat du continent noir
sont certainement en train de se frotter les mains et de se dire
que les Blancs n’ont rien à leur enseigner en matière
de bonne gouvernance. Cette affaire offre aux dictateurs africains
un chèque en blanc pour continuer à saigner les
caisses de leurs Etats et se dire, pour soulager leur conscience,
que «Sarkozy aussi le fait», oubliant
que Sarkozy ne s’est pas attaqué à la caisse
de son pays, mais est accusé de collusion avec le monde
des affaires.
Olivier Adja, Liberté |
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