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Sports MONDIAL 2010:

C'est l'Afrique qui a gagné

12 juillet 2010

L'organisation de la coupe du monde sud-africain 2010, malgré le doute des médias occidentaux, a été de loin la plus réussieN'en déplaise aux Cassandres, l'organisation du premier mondial africain a été un grand succès. Même si la fête aurait été encore plus belle avec une équipe du continent en demi-finale, estime le Journal du Jeudi.

© AFP Des supporters dans les rues de Johannesburg, juin 2010
Les Cassandre avaient prophétisé une débâcle organisationnelle. Premier pays africain à accueillir la phase finale de la Coupe du monde de football, l'Afrique du Sud devait être un nœud logistique indénouable et un nid d'insécurité. Mais le pays de Mandela n'a guère été pris en défaut. Les infrastructures sportives ont été livrées. Le premier train rapide régional d'Afrique, même s'il n'occulte pas les embouteillages monstres de Johannesburg, a été mis en service et redore le blason du secteur des transports. Près de 500 000 supporters étrangers auraient fait le déplacement. Le pays qui enregistre habituellement cinquante homicides par jour semble même avoir relevé le défi de la sécurité. Le siège principal de la FIFA à Johannesburg a été cambriolé? Qu'importe. N'est-ce pas le secrétaire général de la Fédération, Jérôme Valcke, qui déclarait: "Nous pourrons dire que c'est un Mondial parfait"?

D'ailleurs, la bataille des statistiques ne devrait pas occuper les esprits très longtemps. C'est une foi panafricaine revivifiée qui habitera quelque temps le cœur des Africains. La persistance rétinienne des Occidentaux, elle, conservera le spectacle d'une joyeuse kermesse multicolore dans une contrée elle-même "arc-en-ciel". Et tant pis si les tympans bougons croient souffrir du traumatisme de la vuvuzela. Celle-ci n'est-elle pas devenue le produit sud-africain le plus acheté par les touristes? Bien sûr, comme l'avers de la médaille a son revers, l'enthousiaste a son grognon. Dans un bourdonnement digne des trompettes de stade, nombres de supporters se remettent mal de l'élimination des équipes africaines.

Frustrés et quelques peu ingrats, les puristes indiquent que l'équipe ghanéenne avaient les "moyens" de gagner son match de quart de finale. Ne peuvent-ils simplement retenir qu'à l'échelle du Ghana, aucune autre équipe, même plus expérimentée, n'avait été aussi loin dans les précédentes phases finales? Et qu'à l'échelle du continent, aucune autre sélection n'est allée aussi loin dans cette compétition 2010? S'il est admis que le mondial charrie d'autres vertus que celle du sport, le Ghana en est incontestablement un vecteur depuis des mois. En Afrique de l'Ouest, la réputation du peuple ghanéen est limpide: travailleur, inventif et pragmatique. En matière de démocratie, il suffit au gouvernement de s'enorgueillir de la première visite du président Obama sur le continent noir. Le peuple ghanéen ne s'y est finalement pas trompé: il a accueilli ses footballeurs en héros...

En se désolidarisant des aigris, il ne faudrait pas basculer dans l'angélisme. Si le président sud-africain Jacob Zuma affirme que la Coupe du monde est un succès économique, l'économiste Christopher Hart estime, lui, que l'événement en soi n'amènera pas de profit au pays organisateur. Pourra-t-on entretenir et rentabiliser, à terme, les infrastructures financées à hauteur de 33 milliards de rands (3,5 milliards d'euros)? Un stade luxueux comme le "Green point stadium" ne sera-t-il pas délaissé? Les 40 000 nouveaux policiers ne se tourneront-ils pas les pouces? Les touristes seront-ils plus nombreux? A l'ombre des stades, de leurs pelouses verdoyantes et de leurs infirmeries fastueuses, les townships manqueront certainement toujours d'eau, d'égouts et de soins médicaux.

La magie du football aura transformé cet été 2010 en parenthèse historique pour l'Afrique du Sud. Le "soccer" y est bien le sport le plus fédérateur. Mais si le pays va chercher ses meilleures performances sportives dans le rugby, c'est aussi dans cette discipline qu'il puisera la métaphore qui traduit l'attente d'un effet post-mondial: l'essai reste à transformer.

Ernest Diasso, Journal du jeudi

 

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