Togo: Négligence au sommet de
l’Etat:
Gigantesques trous
abandonnés
au Grand marché de Lomé depuis plusieurs mois
15 juillet 2010
Des conducteurs de taxi-motos qui s’invectivent, des taximen
qui éprouvent toutes les peines à se frayer un
chemin dans ce tohu-bohu, des passants sur les nerfs ne sachant à quel
saint se vouer, tout cela dans un concert de klaxon et de fumées à rendre
fou. Nous sommes au Grand marché de Lomé, au lieu-dit «Doganto» (le
Grand trou).
Il y a près de deux ans que ce gigantesque trou occupe
la route menant de l’agence Utb-Grand marché à la
Banque Atlantique Togo. Ce ravin, de près de cinq mètres
de largeur et de deux mètres de profondeur se situe juste
en face du Consulat de Guinée rendant l’endroit
difficilement praticable et surtout très dangereux. Malgré les
tentatives des riverains de trouver une solution au problème
en remplissant la fosse de sable et de gravier, le mal persiste
jusqu’aujourd’hui et aucune issue n’est trouvée.
Les commerçants installés aux alentours de la
fosse pointent du doigt la négligence et l’insouciance
des autorités pour expliquer la longévité du
ravin. Mais ce ne sont pas les accidents qui manquent. «Un
jour, nous confie un commerçant installé à quelques
mètres de là, un passant, certainement un étranger
qui est venu retirer de l’argent dans l’agence BIA
en face, est tombé dans le trou en voulant sauter par-dessus,
et ce ne fut que grâce à la prompte réaction
des riverains qu’il a pu être secouru à temps».
Et comme si cela ne suffisait pas, un autre trou s’est
crée à quelques mètres du premier.
Au départ, ce n’était qu’un tout petit
trou, nous disent les témoins. Un jour un conducteur
de taxi-moto y est tombé par mégarde, ce qui a
du coup agrandi ses limites. Ce nouveau ravin, que les riverains
ont surnommé «Doganto» s’est élargi à force
de recevoir les eaux de ruissellement des multiples pluies qui
se sont abattues ces derniers temps sur la ville. Pressés
par les critiques des populations, les agents des Travaux publics
vont passer racler le fond comme pour débuter les travaux
de réparation. Mais rien ne sera fait et aujourd’hui
on a un grand trou qui occupe les deux tiers de la route. «Un
taxi est tombé dedans un jour lorsque le chauffeur essayait
de faire des manœuvres pour le contourner. C’est
nous qui l’avons aidé et l’avons sorti du
trou. C’est là que nous avons placé des panneaux à ses
bords pour signaler aux passants qu’il y a un trou ici»,
témoigne Adjé, un jeune conducteur de taxi-moto
stationné non loin des lieux. Selon ce dernier, la fosse
s’est créée avant cette année. «Ce
trou était bien ici avant le début de l’année
2010, souligne-t-il. Cela fait banalement huit (8)
mois que nous cohabitons ensemble. Un officier supérieur de
l’armée était venu avec les troupes visiter
le trou. Ils ont pris des images et ont procédé à la
mensuration avant de repartir, mais depuis lors, ils ne sont
plus revenus».
«C’est un très grand danger pour nous
ici», s’indignent certains riverains. «Il
faut attendre que quelqu’un meure ici d’abord avant
que l’Etat n’intervienne pour réparer la
fosse qui occupe toute la route. C’est comme cela
qu’on fonctionne au Togo. On voit un mal s’agrandir
et on laisse faire jusqu’à ce que des personnes meurent
d’abord et c’est seulement là qu’on
va les voir se démener pour trouver des solutions».
Nombre de personnes trouvent paradoxal que le plus grand centre
commercial du Togo soit laissé dans cet état lamentable. «Il
ne suffit pas de faire quelques travaux de réfection pour
se satisfaire des résultats et croiser les bras en attendant
qu’on vous fasse appel avant de lever le petit doigt»,
déplorent-ils.
Olivier Adja |