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La cellule africaine de l’Elysée:

Dans les cases africaines de Nicolas Sarkozy
 
15 juillet 2010

Nicolas SarkozyComme pour l'awalé, les règles de la politique française en Afrique sont simples, mais les stratégies redoutables. A chaque joueur, ses coups. A chaque case, sa logique. Sans goût pour le continent africain, ni connaissance particulière, le président Nicolas Sarkozy est surtout sensible aux responsables africains qui lui sont présentés comme francophiles, prêts à défendre les intérêts tricolores. La défiance du chef de l'Etat à l'égard de ce qu'il nomme, non sans dédain, "la technostructure", renforce la mainmise d'un premier cercle de conseillers personnels sur les affaires africaines. Visite guidée des cases de la République.

Le marabout blanc de l'Elysée. N'ayant pas un accès direct au président français, comme du temps de Jacques Chirac, les dirigeants africains passent par la case à fétiches du secrétaire général, Claude Guéant. Le rite d'introduction dans le bureau du premier étage de l'Elysée - qui jouxte celui de Nicolas Sarkozy - est facilité par l'avocat Robert Bourgi, mais pas exclusivement. Ce sont surtout les dossiers personnels et sensibles qui se palabrent dans cette case avec les messagers des chefs d'Etat africains: souvent leurs enfants ou le patron de leurs services secrets. La gestion courante des dossiers est, par contre, assurée soit par la cellule africaine du 2 rue de l'Elysée, dirigée par le conseiller André Parant, soit au Quai d'Orsay, par les équipes de Bernard Kouchner. Ce qui, parfois, complique quelque peu l'analyse dans le village. Ainsi, pour la Guinée, chacun avait son favori: Kouchner a toujours flashé sur Alpha Condé (RPG). De son côté, Parant apprécie Sidya Touré (UFR), tandis que Guéant mise sur Cellou Dalein Diallo (UDPG), qu'il a d'ailleurs eu au téléphone le 28 juin. Heureusement que ce sont les Guinéens qui votent! Pour la prochaine présidentielle au Niger, Claude Guéant a un petit faible pour Amadou Cissé - chouchou de l'actuelle junte au pouvoir -, et le "2 rue de l'Elysée" pour l'ex-premier ministre Hama Amadou. Et on ne nous dit pas tout!

Le "witch doctor" du Quai d'Orsay. Depuis son entrée au Quai d'Orsay, Bernard Kouchner a surtout été, sur l'Afrique, le ministre des crises (Darfour, RDC, Rwanda…), avec un pouvoir de décision circonscrit. Lui aussi travaille en solo, avec ses proches et les quelques ambassadeurs qu'il a réussi à faire nommer, dont celui du Sénégal, Jean-Christophe Rufin, devenu son pire sorcier! Nicolas Normand, le successeur de Rufin, est le choix de l'équipe Guéant-Bourgi. Le Quai d'Orsay voulait envoyer Normand à Djibouti… Par contre, Kouchner a fait nommer son ex-conseiller Afrique, Laurent Conti, d'abord au Zimbabwe puis au Rwanda. L'actuelle conseillère Afrique, Charlotte Montel, devrait être remplacée par Ahlem Friga-Noy, première secrétaire de l'ambassade de France au Tchad, dirigée par Bruno Foucher. Elle viendra en éclaireuse, Foucher rêvant de remplacer Stéphane Gompertz à la direction Afrique. Mais ce dernier résiste… Pour achever le tour du village, il faut savoir que c'est Jean-Marie Bockel qui pourrait revenir, cet automne, à la coopération comme ministre délégué. Troublant, non? Encore les mystères du bois sacré...

L'alchimiste de la gare de Lyon. Fidèle partisan de Nicolas Sarkozy à Neuilly-sur-Seine, Dov Zérah (UMP) a été chargé d'imploser le bastion "rose" de l'Agence française de développement. Nouveau DG de la tirelire du village gaulois en Afrique, "Dov", pour les intimes, a tout de suite prévenu ses ouailles, dans une longue allocution le 11 juin, qu'il sera un "directeur à plein temps" chargé de "rapprocher l'agence de ses autorités de tutelle". Finie la rigolade, les gars! "Dov" a d'ailleurs débarqué accompagné d'une fine gâchette, au demeurant sympathique: Jérôme Peyrat, ex-dircab d'Alain Joyandet, nommé conseiller chargé de sa communication. Les mégaphones sont déjà de sortie. Nouveau président de l'agence, Pierre-André Périssol, actuel maire de Moulins - et ami de Brice Hortefeux -, n'a pas mis longtemps à comprendre, lui aussi, qu'il n'y aura qu'un seul joueur de tam-tam. Mais le "chef" lui a promis qu'il le ferait voyager. Alors…

Lettre du Continent N° 592 du 15 juillet 2010

 

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