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Togo: Le couple Faure -Houngbo en action:
Un quinquennat économique… au
rythme des Evala!
23 juillet 2010
Les luttes traditionnelles Evala en pays Kabyè ouvertes
samedi dernier devront refermer leurs portes demain, et les rites
initiatiques Akpéma devront prendre la relève.
Tout l’appareil étatique s’est replié sur
la Kozah pour une semaine de villégiature. Ministres,
directeurs de sociétés et employés ont vidé les
bureaux à Lomé, paralysant toute l’administration.
C’est une tradition, et cela ne devrait guère offusquer.
Mais le bon sens est défié lorsque l’exécutif
qui a annoncé des défis économiques est
aussi emballé.
«Tout en nous engageant sans réserve pour parachever
l’agenda politique, nous avons le devoir de nous consacrer,
tous ensemble, comme peuple togolais, comme nation, pour la
poursuite de nos efforts visant l’amélioration
des conditions de vie de nos populations. C’est à ce
titre que le quinquennat 2010-2015 se doit donc d’être
largement économique plutôt que politique… Le
mandat 2010-2015 est donc un mandat ambitieux pour un véritable
décollage économique couplé d’une
stratégie d’attraction des investissements directs étrangers
et de recherche de financements innovants», clamait
haut et fort Gilbert Fossoun Houngbo devant les députés
lors de la présentation le 04 juin dernier de sa déclaration
de politique générale. Un programme assez alléchant a été concocté et
les défis économiques y occupent une large place.
Le chapitre «Les leviers économiques» représente
presque la moitié du programme, embrasse le chantier
des infrastructures de transport, les télécommunications,
les travaux publics, le secteur énergétique,
les mines, les industries extractives. A ce niveau le gouvernement
Houngbo II s’engageait aussi à promouvoir la zone
franche, le secteur privé, le tourisme, entre autres.
Ce sont là des chantiers nobles qui, réalisés,
devraient véritablement booster l’économie
togolaise et améliorer les conditions de vie des populations.
Le bon sens aurait voulu que Gilbert Fossoun Houngbo et ses ministres
s’y mettent à fond et consacrent à ces défis
le maximum de temps possible. Mais voilà, les fêtes
traditionnelles Evala ont emporté tout l’appareil
d’Etat. En tout cas Faure Gnassingbé est dans la
Kozah depuis une semaine, avec ses collaborateurs immédiats,
et suit les luttes de canton en canton. Le très
technocrate Gilbert Houngbo aussi est de la partie. Même
les ministres qui ne sont pas originaires de la Kozah s’y
sont retrouvés. C’est presque tout l’Exécutif
qui est embarqué, on dirait un conseil des ministres délocalisé.
Chaque préposé veut plaire à l’«employeur».
Comme d’habitude, les directeurs de sociétés
et services d’Etat ont aussi vidé leurs bureaux à Lomé,
pour une semaine de bamboula dans la Kozah; les employés
ne sont pas du reste. Pendant ce temps, c’est toute l’administration
publique qui est paralysée. Les dossiers urgents doivent
attendre le retour des décideurs. Le pire, c’est
encore le pauvre contribuable qui va payer la facture de ces
villégiatures. Ce sont les véhicules officiels
qui ont été mis à contribution, remplis
ce carburant acheté aux frais de ce contribuable. Tout
est donc suspendu aux Evala. Et c’est ainsi que le «Technocrate» et
l’ «esprit nouveau» veulent relancer
l’économie togolaise!
«Time is money», c’est là la
maxime anglo-saxonne qui traduit bien l’idée selon
laquelle le temps c’est de l’argent. Et tous ces
jours de villégiature équivalent à de
l’argent perdu, qui devrait s’évaluer en milliards
F CFA. Le Togo compte une multitude d’ethnies, et
s’il fallait consacrer une semaine entière, ne serait-ce
qu’à chaque groupe majeur pour suivre leur fête
traditionnelle et voir ainsi l’administration paralysée,
c’est à imaginer le manque à gagner que cela
représenterait pour l’Etat.
Le comble dans toute cette histoire, c’est que tout se
passe sous des personnalités qui sont ou qu’on dit
bien instruites dans le domaine économique. Gilbert
Houngbo vient des milieux onusiens où il a occupé des
postes majeures et conduit de grands projets de développement.
Il était le Monsieur Afrique du PNUD à sa nomination.
C’est un homme au CV assez séduisant qui a fait
ses preuves. Son employeur se trouve être Faure Gnassingbé qui
est une tête bien pleine, en tout cas il est d’un
niveau d’instruction assez élevé que son
prédécesseur. Il serait un expert financier, si
l’on en croît le CV ronflant qui est servi au peuple.
Mais toutes ces compétences peinent à être
prouvées sur le terrain. Le Premier ministre, son employeur,
les préposés au gouvernement, les directeurs de
service abandonnent la gestion du pays pour une semaine de bamboula.
Et pourtant on clame vouloir relancer l’économie.
Quel drôle de quinquennat économique!
Tino Kossi |
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