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La mauvaise gestion et les trafics d’influence de Kwassi Klutsè  qui ont plombé IDH:

Plus de 40 milliards volatilisés

26 juillet 2010

La forteresse bâtie par Kwassi Klutsè pour lui et IDHC’est connu de tous. L’institution de microfinance «Investir dans l’Humain» (IDH) de l’ancien Premier ministre Kwassi Klutsè est dans la tourmente depuis plusieurs mois. 8 milliards d’épargne collecté, 35 milliards issus d’un partenariat avec la BRS et des partenaires canadiens ont, comme par enchantement disparu. Conséquence, aucun membre n’arrive à accéder à son épargne depuis le déclenchement de la crise qui semble ne pas trop préoccuper les autorités. Fidèle à notre habitude, nous vous proposons dans cet article, les fruits d’une investigation menée durant plusieurs semaines.

Ce qui arrive à IDH était prévisible et même prévu par beaucoup d’observateurs du marché de la microfinance au Togo. Mawussi Couchoro, Chercheur en finances, spécialiste de microfinance au Togo dit l’avoir prévu depuis  au moins trois ans. La centralisation de toute la gestion de la microfinance entre les mains du tout puissant PDG Kwassi Klutsè, les conditions de travail des employés qui accumulaient plusieurs mois de salaires et d’autres paramètres techniques lui ont permis de prévoir la chute de l’ «entreprise Klutsè et fils».

Selon nos recoupements, IDH était un mastodonte, un géant au pied d’argile qui devrait tôt ou tard s’écrouler sous l’effet de son propre poids. «Même pour acheter des stylos, il fallait attendre M. KLutsè», témoigne une source proche du dossier. Et pourtant, il avait à gérer, seul, tout un empire qui  croissait à une vitesse vertigineuse.

Pour avoir une idée de l’étendue de la mégalomanie de l’homme, rappelons ses œuvres. Une microfinance dont le nombre de caisse est hallucinant vu sa jeunesse: plus de trois cents selon des sources concordantes. Une école de BTS qu’il dit avoir destiné à des démunis pendant qu’il y faisait d’autres démunis, en ne payant pas régulièrement le personnel dont les salaires sont pourtant dérisoires. Cette école très ambitieuse, à l’image de son fondateur, couvre à elle seule presque tous les domaines de formation, prenant le risque d’aller même contre la loi. On se rappelle que la rage de Suzane Aho-Assouma, il y a quelques années, contre les établissements illégaux de formation d’infirmiers et d’autres auxiliaires médicaux n’a pas épargné IDH qui prétendait également dispenser cette formation.

Pour arriver par exemple à multiplier autant le nombre de ses caisses, en vue de concurrencer, selon certaines indiscrétions, la FUCEC qui est quarantenaire, l’ancien premier Ministre habitué aux pratiques de son parti, n’hésite pas à user de trafic d’influence. Généralement, pour ouvrir une nouvelle caisse ou agence, les IMF ont le devoir d’adresser dans ce sens une demande à la Cellule d’Appui aux Institutions mutualiste d’Epargne et de Crédit (CAS-IMEC) qui est le service du ministère des Finances qui règlemente et contrôle les IMF au Togo. Cette demande prendrait entre 3 à 6 mois pour être traitée, le temps que la CAS-IMEC diligente ses enquêtes pour mesurer la pertinence du projet. Délai trop long pour l’insatiable mégalomane qui usait de son influence pour arracher les autorisations en quelques jours. Sans que de véritables enquêtes ne soient menées au préalable. D’où ces innombrables agences qu’on retrouve dans tous les petits hameaux du Togo.

Le phénomène devenait inquiétant, mais personne dans le corps des promoteurs de microfinance ne voulait prendre le risque de se mettre à dos un ponte du pouvoir Rpt. Selon nos informations, la situation était souvent débattue lors des réunions des professionnels du secteur, mais aucune mention n’y est jamais faite dans les procès verbaux finaux. Nul ne voulait voir son nom figurer sur une liste de personnes qui indexent le tout puissant Klutsè de mauvaise gestion, même si tous savaient qu’il s’acheminait vers une crise.

Même la CAS-IMEC qu’on dit sans pitié lorsqu’il s’agit d’autres institutions, n’arrive pas à interpeller l’ancien Premier ministre. «Depuis 2005, C’était prévisible, on pouvait prévoir que IDH devrait avoir ce problème et c’est la responsabilité de CAS-IMEC de contrôler IDH et de donner l’alerte» à rappelé M. Couchoro qui affirme tout simplement qu’«elle (ndlr: CAS-IMEC) a failli».

La complaisance coupable de la CAS-IMEC semble évidente. IDH n’aurait jamais reçu la visite des missions de contrôle régulières de ce service de l’Etat ; à l’exception d’une fois en 2008 dont l’initiative a été prise par la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et à laquelle l’Etat s’est senti obligée de se joindre. Les recommandations contenues dans le rapport de cette mission seraient restées lettres mortes.

Parlant de la CAS-IMEC, dur dur d’arracher un quelconque mot du directeur au sujet de cette affaire. Et pourtant sur d’autres dossiers, la même personne s’était montrée très ouverte envers nous. Le malaise lié au traitement de ce dossier est visible. M. Kpizing, directeur de la Cellule nous a tout simplement renvoyé, curieusement, vers les responsables de IDH pour tout besoin d’informations.

Pour Ange Ketor, directeur de l’Association professionnelle des Institutions de Microfinance du TOGO (APIM-TOGO), «La croissance de l’institution (ndlr IDH) n’a pas été suivie dans les mêmes proportions du renforcement des capacités en ressources humaines et financières adéquates, d’outils de gestion efficaces et de formations». Pour lui «la crise que connaît IDH est une crise d’impayés due en partie à la mauvaise appréciation des projets financés». Il confirme que la situation était bien prévisible.

D’autres sources évoquent également des détournements de fonds au sein de la microfinance et des malversations organisées par des proches du PDG qui auraient profité du manque de contrôle du capitaine sur son navire, pour se servir dans les caisses. Cette situation aurait été favorisée par le caractère dérisoire et les incessants retards des salaires du personnel qui pourtant manipule quotidiennement une matière très sensible.

La conséquence de la gestion artisanale et catastrophique de IDH sur fond d’arrogance, de trafic d’influence, de malversation, d’amateurisme…sont là. Des milliers de personnes sont dans l’incapacité de rentrer en possession de leurs épargnes. On apprend que des entrepreneurs ont déposé des avances de leurs chantiers auprès de IDH avant qu’elle ne connaisse sa crise. Des directeurs d’école, des retraités,  des commerçants, des ménagères…plusieurs catégories de personnes sont aujourd’hui gagnées par une véritable angoisse. Pendant ce temps, l’empereur Klutsè circule sans être inquiété. Sans surprise. Et pendant que ses membres crèvent de faim, c’est à peine qu’il a, des difficultés d’intendance. Un tour au quartier de Djidjolé dit tout de la folie des grandeurs de l’homme.

C’est au soir de sa vie que l’ancien Premier ministre décide de transformer son domicile en un véritable château, mieux une citadelle, qui frappe le regard de tout passant. Plusieurs se demandent comment lui qui se prévaut d’être un «parfaitissime» planificateur a-t-il pu se lancer dans une aventure pareille alors que sa microfinance était atteinte d’une vulnérabilité qui l’a finalement conduit à une si grave crise? C’est à peine que son château tient dans le champ d’un appareil photo professionnel; ses dimensions insolentes dépassent celle de la primature et son annexe réunis. Il se raconte qu’aucun des enfants d’Eyadema n’a pu se permettre cette mégalomanie, malgré tout ce que la population leur reproche. Rare sont les hôtels qui peuvent y être comparés au Togo.

Une mission de contrôle conjointe du gouvernement et de la BCEAO à évalué la situation qui prévaut au sein de son institution et a déposé des recommandations sur la table de son responsable. Au nombre de ces recommandations, l’organisation d’Assemblées générales extraordinaires pour décider, ensemble avec les membres, d’un plan de redressement.  Ces AG étant en cours depuis quelques jours, on apprend que l’ancien PM proposerait aux membres de doubler leur part social en le portant à dix mille francs. L’homme penserait ainsi renflouer les caisses de son mastodonte avec ses maigres ressources. Et pourtant, il aurait fait croire au départ qu’il dispose de partenaires à l’extérieur qui lui viendront au secours.

En tout cas, l’expert financier Couchero n’y va pas par  quatre chemins. Il pense qu’il faille saisir les nombreux biens de IDH et de son promoteur, les vendre pour restituer les épargnes aux membres. Il estime d’ailleurs que l’institution «est un danger pour l’économie togolaise» et pourrait créer un phénomène de contagion dont tout le marché de la microfinance serait victime si l’Etat ne prend pas des mesures drastiques contre Klutsè, démontrant ainsi ses capacités à protéger les citoyens et leurs biens. Il ne se fait pas d’illusion «IDH a signé son propre arrêt de mort, mais on doit le forcer à payer».

La loi N° 95-014 du 14 juillet 1995 portant règlementation des institutions mutualistes ou coopératives d’épargne et de crédit, prévoit en son article 69 que «Le ministre (ndlr: des Finances) peut, par décision motivée, mettre sous administration provisoire toute institution…lorsque la gestion de l’institution met en péril sa situation financière ou les intérêts de ses membres». L’article suivant indique que «la mise sous administration provisoire entraine la suspension des pouvoirs des dirigeants qui sont transférés en partie ou en totalité à l’administrateur provisoire».

La situation de IDH mérite bien une mise sous administration, vu que M. Klutsè a montrés les limites en matière de gestion et qu’il n’a plus grande chose à prouver. Mais, pourquoi continue-t-on de le ménager? C’est bien la couverture politique qui le couvre. C’est cette même couverture qui a indirectement entrainé vers le gouffre l’institution car, pour le chercheur Chouchero, on n’en arriverait pas là, si c’était une autre personne qui était à la tête de cette IMF. Mais jusqu’à quand sera-t-il ainsi protégé et donc redevable à la couverture politique du Rpt?

Maxime DOMEGNI, L’Alternative

 

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