Menaces sur la vie d’un Togolais à l’extérieur:
L’ancien ministre de l’Intérieur
Me François Boko exfiltré de justesse du Bénin
02 août 2010
L’ancien ministre de l’Intérieur
et de la Sécurité, François Akila Esso Boko,
aujourd’hui
au barreau de Paris, continue de hanter le sommeil de Lomé 2.
Comme en avril 2005, l’avocat qui était en mission
au Bénin depuis quelques semaines, a dû être
exfiltré dans la nuit de vendredi pour éviter que
le pire ne se produisît. Une mesure qui est intervenue à la
veille de la célébration du 50è anniversaire
de l’indépendance du Bénin où Faure
Gnassingbé devait être
l’un des invités
de marque. Les faits.
5 juillet 2010, Me François Boko arrive à Cotonou
avec une collègue belge dans le compte d’une mission
d’audit institutionnel et organisationnel du ministère
béninois de la Justice et des Droits de l’Homme
pour le compte de l’Union européenne. La mission
devrait s’étendre sur un mois. Selon les informations
en notre possession, les deux experts ont séjourné dans
deux hôtels avant d’être logés dans
une villa mise à leur disposition par l’UE. «Les
menaces à l’endroit de M. Boko ont commencé dès
les premiers jours. Informé de ces alertes de menaces
contre la vie de Me Boko, le cabinet militaire de la présidence
du Bénin a mis des éléments de sécurité à la
disposition de l’ancien ministre togolais, pour sa protection.
Des éléments des forces de l’ordre ont été envoyés
pour assurer la sécurité dans la villa et ses environs»,
nous a confié un officiel béninois qui a requis
l’anonymat.
Malgré ces mesures, les menaces n’ont
guère
cessé. Bien renseignée sur les assassinats politiques
au Togo, sa collègue belge a jeté l’éponge
et est rentrée au pays. Ce qui a amené la délégation
de l’UE au Bénin à suspendre la mission en
attendant de suppléer la démissionnaire. Mais l’ancien
ministre de l’Intérieur a continué son séjour
au Bénin dans l’expectative du recrutement d’un
autre expert qui va l’aider à poursuivre la mission.
«Vendredi 30 juillet, M. Boko a été invité à l’Immigration
et il a été sommé de quitter le pays.
A sa question de savoir quelles sont les raisons qui sous-tendent
cette décision hardie, son interlocuteur a dit tout
court qu’il s’agit d’une raison de sécurité nationale.
Il était accusé par les autorités togolaises
d’organiser des activités subversives depuis le
Bénin contre le Togo. Ne voulant pas endosser
la responsabilité de l’assassinat de l’expert
au Bénin, les autorités ont fait tout pour qu’il
rentre en France. Sa sécurité a été renforcée
et il a été conduit jusqu’à l’entrée
de l’avion afin que rien ne lui arrive», a
expliqué le même officiel.
Selon les informations en notre possession, la présence
de Me Boko mettait mal à l’aise le pouvoir de Lomé. «Ce
départ de M. Boko serait le préalable exigé par
M. Gnassingbé, pour répondre à l’invitation
de son homologue, le Dr. Yayi Boni, dans le cadre de la célébration
du cinquantenaire du Bénin», ajoute la même
source.
Il nous revient que Lomé aurait exigé son arrestation
et son extradition au Togo. «Le coup était
bien monté. Dès qu’il sera extradé au
Togo, il sera facile de lui coller un délit pour l’inculper.
Mais les services français et de l’Union européenne
auraient été informés et auraient dissuadé le
locataire du palais de la Marina à Cotonou. N’eut été la
vigilance des autorités et des services de renseignements
béninois, le pire aurait pu arriver», a précisé un
agent de renseignements au Bénin.
Quatre des proches de Boko arrêtés sont
portés disparus depuis le 21 juillet
En réalité, le 21 juillet, un camion immatriculé AS
6688-U convoyant à Lomé les effets de l’ancien
ministre lorsqu’il était au Tchad, a été bloqué à Sanvee-Kondji
(frontière entre le Togo et le Bénin) par les services
togolais. Bien qu’ils soient détenteurs d’un
ordre de mission délivré au Tchad, le chauffeur
Illiasu Al Hassan, l’ancien cuisinier du ministre, Amdja
Kodjo Yawna, le passager Baba Muhamat Abdallah et l’apprenti
chauffeur ont été arrêtés et portés
disparus jusqu’à ce jour. «Cette saisie
devrait servir à un scénario pour inculper Me.
Boko de tentative d’atteinte à la sûreté de
l’Etat togolais, une fois Me Boko, extradé au Togo.
Il est possible qu’ils mettent des armes dans le camion
ou la drogue afin de justifier son arrestation», a
poursuivi cet agent. Le camion est toujours bloqué à Sanvee-Condji,
mais personne n’a de nouvelles des quatre passagers interpellés.
Et Faure boude Yayi Boni
Y a-t-il un lien entre l’exfiltration de Me François
Boko et l’absence remarquée de Faure Gnassingbé aux
festivités marquant le 50è anniversaire de
l’indépendance du Bénin?
Oui, répond un haut responsable béninois qui a
ajouté que «l’exfiltration de M. Boko
n’a pas été du goût de Lomé». «Le
chef de l’Etat togolais était bien annoncé à Cotonou
dimanche. Le site du gouvernement togolais en a même parlé.
Mais au dernier moment, il a envoyé une délégation
au rabais. Sûrement qu’il n’est pas satisfait
de la manière dont les choses se sont passées.
Lomé est soupçonné de soutenir l’actuel
patron de la BOAD dans la perspective de l’élection
présidentielle au Bénin et pensait utiliser cette
affaire pour faire chanter Dr Boni», a-t-il souligné.
La même chose s’est passée il y a quelques
mois entre Lomé et N’djamena lors du séjour
de l’ancien ministre de l’Intérieur au Tchad
pour une autre mission de l’UE. Les autorités de
Lomé ont arrêté Hassan Fadoul Kitir, l’ancien
conseiller spécial du président tchadien Idriss
Deby, réfugié politique au Togo depuis plus de
cinq ans. Et en retour, Boko devrait être coincé au
cours de sa mission. Un coup que l’avocat a déjoué de
justesse.
N’est-ce pas curieux que ce soient les gens qui proclament
la réconciliation un peu partout, qui s’escriment à éliminer
leurs concitoyens à l’extérieur du pays?
Affaire à suivre.
R. Kédjagni, Liberté (collaborateur
de www.etiame.com)
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