|
Bénin: Scandale ICC Services
et demande d’inculpation:
Yayi Boni sur la sellette et la maturité politique
du peuple béninois
05 août 2010
Bénin, Togo, ces deux pays partagent des frontières
communes et même des peuples. Ainsi ils devraient
se ressembler aussi sur le plan comportement. Mais le Bénin
et le Togo, c’est le jour et la nuit en matière
de démocratie. La comparaison ne tient plus depuis quelques
temps. Le voisin béninois est devenu une vitrine, un modèle
de démocratie dont devraient s’inspirer les autres
pays du continent africain. Et de jour en jour le fossé se
creuse davantage avec le Togo. Les suites du scandale ICC Services
qui a éclaté au Bénin depuis un moment l’illustrent
assez bien.
En effet cette société de placement est en cessation
d’activités et se retrouve avec plus de 100 milliards à payer
aux épargnants, un pactole qu’elle a collecté auprès
des populations. Dans la masse des épargnants, c’est
la désolation totale. C’est toute l’économie
du pays qui est menacée. ICC Services aurait-elle atteint
un tel niveau de prospérité, si elle n’avait
pas bénéficié de soutiens de la part des
gouvernants béninois? Telle est la question qui se pose.
Déjà dès l’éclatement de l’affaire,
des têtes sont tombées. A part les Responsables
de ICC Services, le ministre de l’Intérieur Armand
Zinzindohoué et le Procureur général près
la Cour d’appel de Cotonou ont été écroués.
Même la Présidence de la République n’est
pas épargnée.
Yayi Boni est accusé d’avoir servi de parrain à cette
société de placement. Le Président béninois
est critiqué de s’être affiché à maintes
reprises avec les responsables de ICC Services. La Première
dame est aussi chargée d’être la marraine
de la société. Si au début ce n’étaient
que des critiques tous azimuts sans grande incidence, aujourd’hui
le dossier connaît de sérieux rebondissements et
pourrait coûter la présidence à l’ancien
patron de la Banque ouest africaine de développement (Boad).
Un groupe de cinquante (50) députés sur un total
de quatre-vingt trois (83) que compte le parlement béninois
demande l’inculpation de Yayi Boni pour «forfaiture
et parjure» dans l’affaire des sociétés
illégales de placement d’argent. Ces parlementaires
ont saisi vendredi à cet effet le Président
de l’Assemblée nationale à travers
une lettre et exigent que le Chef de l’Etat soit traduit
devant la Haute cour de justice. La lettre relève certaines
actions dont a bénéficié la Présidence
béninoise de la part des responsables d’ICC Services.
On parle de «don à la Brigade de Klouekamé d’un
véhicule, la réalisation de forages».
La société aurait également financé à la
Présidence de la République «les activités
politiques des partis et organisations de la mouvance présidentielle» et
fabriqué «du matériel de propagande à l’effigie
du Président de la République». «En
laissant les responsables de ICC Services servir… le Président
de la République, économiste et banquier de profession,
a trahi son serment de défendre le peuple béninois
et la nation», fustigent les députés,
et d’inviter, conformément aux dispositions des
articles 136 et 137 de la Constitution et aux articles 2 et 151
de la loi organique sur la Haute Cour de Justice, l’Assemblée
nationale «à engager les poursuites à l’encontre
du Président de la République, chef du Gouvernement
pour forfaiture et parjure». Quelle culture de démocratie
au Bénin!
Toute âme acquise à l’idéal de démocratie
ne peut qu’être admirative devant une telle initiative.
On est enchanté, pas à l’idée de voir écrouer
Yayi Boni, mais devant le «culot démocratique» des
députés béninois. Notre admiration est davantage
forte d’autant que ce groupe n’est pas composé que
de parlementaires de l’opposition. Il compte aussi des
députés dissidents de la mouvance présidentielle.
C’est beau et séduisant quand on peut en arriver
là ! Il s’agit de l’intérêt supérieur
du peuple et ces députés n’ont pas fait dans
les sentiments. Yayi Boni avait axé son programme, lors
de son élection en mars 2006 avec plus de 70% des votes,
sur la restauration des valeurs républicaines et particulièrement
la lutte contre la corruption qui gangrénait l’administration
béninoise, et c’est du devoir de ces députés
de le lui signifier quand il flanche. Les élus béninois
prouvent par là un degré de maturité politique
et démocratique certaine. Cette civilisation devait faire
des émules chez leurs confrères togolais.
Le jour où l’on assisterait à des initiatives
pareilles de députés du Rassemblement du peuple
togolais (Rpt) contre l’«Esprit nouveau»,
ce serait l’eldorado. Au Togo il n’est pas permis à un
produit du pouvoir de critiquer le système ou le parti.
Qui s’y frotte s’y pique. Dahuku Péré et
Agbéyomé Kodjo qui ont juste souhaité des
réformes au sein du parti l’ont appris à leurs
dépens, et aujourd’hui ce sont des misères
qui leur sont faites. L’ancien ministre de l’Intérieur, François
Akila-Esso Boko qui a voulu pour une fois se désolidariser
du mal en jetant l’éponge le 22 avril 2005, à 48
heures de l’élection qui devrait porter Faure Gnassingbé au
pouvoir, est devenu l’ennemi à abattre. Il a été exfiltré de justesse
du territoire béninois la semaine dernière pour échapper
aux griffes de ses détracteurs. Au Togo, on est solidaire
dans le mal. Les députés Rpt ont été témoins
de l’arrestation arbitraire de leur confrère Kpatcha
Gnassingbé en avril 2009 et de son incarnation sans levée
de son immunité parlementaire. Le pauvre a passé déjà plus
de quinze (15) mois en prison, et ses droits sont bafoués.
Mais aucun des 49 autres députés du Rpt n’a
levé le petit doigt pour protester.
Le sosie de cette affaire ICC Services au Togo, c’est
le dossier ReDéMaRe. Cette société est née
et a prospéré presque dans les mêmes conditions
que sa collègue béninoise. Elle a bel et bien reçu
des soutiens des pontes du pouvoir. Mais c’est le Directeur général
Sama Essohamlon seul qui a été appréhendé,
puis relâché, et aussi il a fallu le tollé de
la presse. Il y a également le dossier IDH. Kwasi Klutsè se
la coule douce malgré la désolation qu’il
a créée au sein des épargnants. Ç’aurait été au
Bénin que les choses auraient été autrement.
Qu’ils sont adorables, ces voisins de l’Est! Ce peuple
prouve une grande maturité politique, une culture démocratique élevée.
Et cela donne tout simplement envie d’être … Béninois!!!
Tino Kossi, Liberté (Partenaire de www.etiame.com) |
|