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Togo: Education: Vague d’exclusions et
grogne à l’UK:
Komi Tchakpélé entend-il
rééditer un nouveau 05 octobre à Kara?
05 août 2010
Ça va mal, très mal à Kara. Après
l’affaire Kpatcha qui a subitement rendu tendue l’atmosphère
et qui a créé une méfiance
palpable au sein de la grande ville septentrionale, en voici
une qui ne vient pas arranger les choses. Les étudiants
de l’université de la ville menacent de faire «sauter
la République» en rééditant un «5
octobre». C’est une décision prise par
le président de l’Université, Komi Tchakpélé, qui
est au centre de la polémique. Ce dernier vient
d’exclure huit étudiants dont six définitivement.
Une vingtaine d’autres ont reçu un blâme.
Rendue le jeudi dernier, la décision suscite de vives
réactions dans le monde estudiantin.
Tout serait parti d’un courrier que des délégués
généraux et des responsables d’associations
d’étudiants ont adressé aux autorités
de l’institution pédagogique en février dernier.
Dans leur correspondance, les étudiants présentaient
une liste de doléances dont le versement de la troisième
vague de la première tranche d’aide universitaire.
En effet, une bonne partie de l’effectif estudiantin n’était
toujours pas capable de rentrer dans ses droits, trois mois après
qu’une première vague de leurs collègues
soit servie. La correspondance réclamait également
entre autres, l’augmentation des primes de soutenance,
la construction et l’aménagement des amphithéâtres
et l’ouverture immédiate de discussions avec des
autorités universitaires et gouvernementales autour des
revendications. «Vu l’urgence des choses, nous
comptons organiser une Assemblée générale
(AG) suivie d’une marche de protestation et d’une
grève d’avertissement de 72 heures»,
menaçaient les étudiants.
On était à la veille du lancement de la campagne
présidentielle. Et très vite, en réponse au
courrier, les responsables de l’UK ont ouvert des discussions
avec les représentants d’étudiants. Ils auraient été onze à avoir
signé le courrier adressé à la présidence
de leur université. Selon plusieurs d’entre eux,
un accord aurait été trouvé et ils ont sursis à leur
manifestation. En retour, l’Université s’engageait à faire
cesser contre eux toutes les intimidations et à garantir
leur intégrité physique. Ils déclarent avoir
subi d’énormes pressions dont des menaces de mort
et d’enlèvement. Ils auraient été convoqués à la
préfecture pour être accusés de détention
d’armes et d’être manipulés par l’opposition
pour saboter la campagne. Au nom de ce qu’ils ont considéré comme
contrat, les responsables de l’université se seraient également
engagés à n’engager aucune procédure
disciplinaire ou judiciaire contre leurs vis-à-vis. Le
dialogue ayant abouti à un consensus, la bombe sociale
a été désamorcée.
Plus de cinq mois après, l’Université décide
de revenir sur le sujet et n’y est pas allée de
mains molles. Huit responsables d’étudiants exclus
dont six définitivement. Une vingtaine d’autres
blâmés. La décision les accuse pour «organisation
de troubles sur le campus universitaire, atteinte à l’autorité,
direction de tous les troubles sur le campus universitaire, actes
de vandalisme, incitation à la violence».
Les charges retenues particulièrement contre l’un
des étudiants sont lourdes et graves. En plus de toutes
les charges citées plus haut, on lui ajoute celle de «soustraction
frauduleuse de fonds». Curieux n’est-ce pas
qu’un étudiant soit visé par une telle accusation?
Après recoupements auprès de plusieurs sources,
on comprend mieux ce que le prof Tchakpélé voudrait
indiquer par «soustraction frauduleuse de fonds».
Nos sources indiquent que le sieur Egbare Tchédina n’était
pas qu’un étudiant. Mais bien plus, il jouait un
rôle de chef des services de renseignements sur le campus.
Un «fidèle des fidèles de Tchakpélé»,
estime un étudiant. Sans être recruté par
l’administration, il était selon plusieurs témoignages «incontournable» à la
présidence de l’UK parce que, investi d’un
pouvoir qui surpassait largement ceux de plusieurs collaborateurs
du président. «Presque tous les dossiers passaient
par lui», indique un habitué de l’administration
de cette université qui ajoute que «lorsqu’un
mouvement de grève se préparait par les étudiants,
Egbaré était financé par la présidence
sur le budget de l’université à coups de
millions pour «faire Tout» pour disperser les manifestants».
Il disposerait d’une milice bien organisée pour
s’attaquer physiquement aux responsables des mouvements
estudiantins.
Mais visiblement le serviteur n’est plus en odeur de sainteté avec
son maître, Tchakpélé. Il a rejoint entre
temps lui-même la cause de ses collègues étudiants.
Péché qu’il ne fallait pas commettre. On
lui ressort un vieux dossier. Tant mieux pour les révélations.
Selon des informations parvenues à notre rédaction,
par exemple, le président de l’Université aurait
fait débloquer en sa faveur, un somme de plus d’un
million et demie en 2008, pour un projet de nettoyage du campus
et de certaines parties de la ville de Kara. Le fonds n’aurait
pas été entièrement dépensé pour
l’entretien. Une bonne partie aurait été consacrée à «la
gestion de manifestations sur le campus». Entendez,
la mise en place de milices ayant pour mission d’identifier
et de réprimer les manifestants. Insuffisante, un autre
montant additionnel aurait été prélevé sur
le budget de l’université et remis à la même
personne, cette fois-ci, uniquement pour disperser des manifestations
de ses collègues. On était en 2008. A la fin de
l’exercice du budget 2008-2009, aucune remarque de «soustraction
frauduleuse n’a été mentionnée». Comme
sur le terrain politique, on a attendu que M. Egbare change de
camps pour rejoindre ses collègues dans leurs revendications
légitimes, pour lui agiter ce dossier, en 2010. Sans élucider
les contextes dans lesquels il a pu soustraire des fonds des
caisses de l’université sans être fonctionnaire
de cette institution?
C’est incontestable que ce n’est pas non plus là une
pratique normale dans une République que de constituer
une milice au service d’une catégorie de personne
investie d’un pouvoir administratif, ou même politique.
Mais autant on est décidé à exposer les
miliciens à la rigueur de la loi, autant ceux qui les
ont créés et les entretiennent aux frais du contribuable
doivent être punis. On parlera en ce moment de la justice.
En tout état de cause, les étudiants disent être
déterminés, prêt à sacrifier même
leur vie pour faire revenir les autorités universitaires
sur leur décision. Autrement, ils menacent de faire saboter
la rentrée universitaire prochaine dans les deux universités
du Togo et de recourir à la dynamique de la mobilisation
populaire pour se rendre justice.
Du côté de l’Université de Kara, contacté par
notre rédaction, le Président Komi Tchakpélé n’a
ni confirmé ni infirmé l’information. Il
s’est contenté de nous inviter à se rendre
sur le campus de l’Université de Kara pour vérifier
l’information, une attitude qui dit tout sur ce qui se
passe dans ce temple de la connaissance.
Dans la ville de Kara, il se raconte que le sommet de l’Etat
serait également impliqué dans les représailles
contre les responsables d’association et délégués
généraux dont le crime a consisté à oser
vouloir manifester pour réclamer de meilleurs conditions
d’études dans une préfecture présentée à tort
comme le fief d’un pouvoir aux abois. De bourdes en bourdes,
le pouvoir est-il entrain de creuser sa propre tombe?
En plus de l’affaire Kpatcha et des marches de contestation
du FRAC qui fragilisent énormément le régime
Rpt, Faure Gnassingbé devra alors faire face à une
nouvelle crise dans le monde universitaire qui, si on n’y
prend garde, pourra dégénérer et embraser
tout le pays. En voilà une affaire qui montre l’état
de vulnérabilité de la paix sociale dans notre
pays. Et Faure Gnassingbé à tout intérêt à descendre
sur terre pour s’occuper de son pays au lieu de trainer
sa bosse dans les cuisines des autres pays. On a encore en mémoire
les évènements du 05 octobre 1990 des étudiants
de l’Université de Lomé qui ont ouvert la
voie à une série de manifestations contre le pouvoir
de Gnassingbé père. Si ce dernier à réussi à conserver
son pouvoir malgré tous les soubresauts, Faure aussi réussira-t-il
se maintenir contre tous à la tête du pays?
Alter, L’Alternative |
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