Le RPT à la croisée des chemins:
Le destin funeste d’un régime
borgne et manchot
05 août 2010
Le pays qui est le nôtre est malheureusement d’une
laideur proverbiale. La répression, le crime l’ont
auréolé d’un décor où se joue
un théâtre digne d’une mythologie grecque.
L’impunité y nourrit la récidive. Le viol
et le vol de tous genres sont des parues de notre exhibition.
Notre merde de capitale rigoureusement sale et nos provinces
aux structures vétustes contrastent avec le cumul des
fortunes et les oasis de nos gouvernants. L’avidité du
gain fait en un bon quart d’heure dans ce pays de nouveaux
riches dont la désinvolture flotte sur nos têtes
comme des cerfs-volants. Le pain quotidien n’est plus au
bout de l’effort de ceux qui se lèvent tôt.
Les secteurs étatiques de rentabilité sont au régime
d’une ponction lombaire.
Les audits sont aux calendes grecques. Plus rien ne tourne rond.
Nos visages sont boursouflés d’un manque de sommeil
pendant qu’en face de nous, des enfants de ce pays fument
des cartouches de cigares. La redistribution sociale des richesses
de notre pays est un tabou. Une minorité hautement sélective
en jouit à satiété; la population réduite
au servage travaille pour eux. Même les pays qui ont connu
près de quinze ans de guerre civile dont notamment la
Sierra Léone, le Libéria sont plus portés
vers la reconstruction et l’action sociale. Dans le premier,
les soins de santé sont gratuits pour toutes les femmes
enceintes et les enfants de zéro à cinq ans. Dans
le second, une brigade financière est mise en route ;
les audits sont partout présents pour faciliter une mobilisation
des ressources vers les pôles d’investissement et
de la reconstruction.
Chez nous, le club des petits fait son œuvre dans les
sillages du désastre de celui des grands. Les prélèvements
d’impôts sont continus avec une coercition renforcée
et une répression aveugle sans lisibilité d’une
action sociale qui incite à l’acte citoyen. Les
sociétés d’Etat ont une comptabilité hors
de l’orthodoxie de la gestion des entreprises. Aucune perspective
ambitieuse n’est esquissée pour donner l’espoir à une
jeunesse qui ne demande ni le soleil ni la lune mais, une raison
de vivre.
Les priorités des gouvernants sont ailleurs au royaume
des libertés, au goût exquis des voyages d’agrément
dans les fêtes renouvelées au tirage au sort des
gagnantes des soirées pour une nuit des étoiles à la
Monica LEWINSKY…
Quand la justesse de l’esprit n’est pas au rendez-vous
et que l’exigence des résultats n’est pas
une priorité, quelle crédibilité faut-il
accorder à nos gouvernants ?
Que peut un pouvoir absent du quotidien des peuples et dont le
rejet populaire est patent?
1) L’âge d’or aux antipodes des promesses
L’autonomie de la raison de chaque citoyen peut s’appesantir
discrètement ou ouvertement sur l’évolution
de notre société et parvenir au constat selon lequel
la vie s’est profondément dégradée
au Togo. Le visage qu’offre ce pays est un tas d’immondices,
une saleté dont les étrangers et les touristes
qui sont sincères avec nous ne tarissent pas d’appréciations
noires. Les promesses répétées à grands
tambours pour un mieux-être aux rayons d’un esprit
nouveau ou plutôt du nouvel esprit ne sont que des affabulations
d’un griotisme politique. Le clairon de nouveautés
n’est qu’un nouvel horizon aux chrysanthèmes,
signe d’un désastre rampant dans la durée.
Les agitations des gouvernants et la publicité qui les
accompagne n’ont rien transformé dans ce pays pour
initier un ordre nouveau. Les populations sont livrées à un
goulot d’étranglement d’une indigence ravageuse
et d’une inanition mortelle. Privées de ressources
et d’assistance, n’importe quoi leur arrache chaque
jour la vie.
L’odeur des billets de banque est d’un seul côté.
La redistribution des richesses nationales est un fort interdit
pour ceux qui dorment sur des matelas en liasses de billets de
banque. Ils n’ont que faire des affamés et des sinistrés.
Les soupirs et les jérémiades des pauvres gens
ont leurs justifications dans leurs choix de vivre dans les zones
inondables. Tout au moins, les permis de construction ne relèvent
pas de leurs propres signatures. Cette responsabilité est
occultée parce que ce régime, à tout prix,
veut montrer les pattes blanches. Il n’est responsable
d’aucune crise, d’aucune pauvreté, d’aucun
détournement, d’aucun gaspillage, d’aucun
massacre, d’aucune répression…
La misère d’une population prise en étau
entre la mort et la survie est un champ de ruines ou on sème
vite la corruption, l’achat des voix car, dit-on: «L’homme
qui à faim n’est pas un homme libre».
Dans ces conditions, la liberté de choix est sous l’éteignoir
de la nécessité immédiate ou de l’instinct
de conservation qui condamne des citoyens à s’accrocher à une
illusion réparatrice d’un instant pour reprendre
le souffle, espérer un lendemain meilleur. Même
ce réflexe d’une partie des gens pauvres, n’est
pas suffisant pour que ce régime soit au livre des records
pour ses victoires aux différentes élections.
Ce qui demeure infalsifiable dans l’esprit et le cœur
du citoyen togolais, c’est bien le résultat du travail
accompli à ces mandants successifs. La conscience nationale
est le tombeau de ce régime. Il a réussi à nous
mettre dans un creuset national du rejet en imposant une vie
végétative à un peuple. Il lui manque la
force conceptuelle et l’effort qui puissent le rendre fort
afin de réinventer un monde meilleur susceptible de mettre
au cœur du grand nombre l’appétit de vivre.
La culture du bien-être aurait dû être sa couronne.
Le dépérissement outrancier de la qualité de
la vie est une réalité nationale qui expose au
grand soleil l’esprit nouveau sous lequel notre pays a
désormais un visage d’une zone de guerre. Rien n’y
est d’un petit éclat. Le sens de la vie se limite à un
repas placebo par jour ; les visages sont couturés de
misères, les mœurs sont flottantes tels des efforts
des naufragés. Les hôteliers désertent les
lieux, les commerçants sont pris de somnolence et d’ennuis.
Beaucoup vivent sur leurs réserves, une grande partie
choisit carrément d’aller voir ailleurs. Les salariés
engloutis sous des crédits mangent le blé en herbe
et leur présence aux guichets des banques tourne au ridicule
d’une promenade. Le bouquet final du sadisme politique
est l’augmentation brutale des produits pétroliers
sans aucune mesure d’accompagnement. Quand vous mettez
votre ceinture au dernier cran et qu’on vous impose d’y
faire d’autres trous pour réduire votre taille,
l’essoufflement vous condamne à terme à l’agonie.
La réponse spontanée de la masse à la suite
du prix, prohibitive de l’essence pour nos bourses correspond à une
réalité vivante de la perception du régime
qui est déjà sous les décombres d’une
auto-démotition. Des années durant, il a engrangé des
bénéfices à partir des taxes multiples sur
l’essence. Les minerais exploités au Togo font également
partie des montagnes de ressources qui n’ont servi à rien.
Dans ces conditions, les sacrifices imposés au peuple
sont inutiles. Les ponctions qui l’ont mis à genoux
sont insoutenables. Il refuse de nouvelles charges qui l’enverraient
au fond d’un précipice certain. André MALRAUX
disait à juste titre dans l’Espoir: «On
ne fait pas la politique avec la morale, mais n’en fait
pas davantage sans la morale». Toute absence de décence
est bien le vrai enfer des gouvernants. Compter sur l’outrage
et la répression pour garder un pouvoir et l’exercer
est une contre vue. Le sadisme en politique est une volonté délirante
d’une impossibilité de convaincre, d’asseoir
son autorité et de la faire admettre par la force de
la raison et l’argument des résultats probants.
On aurait beau mettre à la disposition de ce régime
tout le trésor des Etats-Unis d’Amérique,
il n’aurait pu rien faire de cette richesse brute. La richesse
s’entretient, se cultive. Notre régime a appris à la
jeter à la rivière, dans la rigueur du néant.
Il est viscéralement privé d’un esprit de
levier à la croissance, au progrès et au développement.
2) La marche à reculons du nouvel esprit dans
la gueule de l’enfer
«L’esprit nouveau» dont on nous
vante tant les bienfaits opère une révolution
copernicienne des valeurs en ce que, pour lui, «la
charité bien ordonnée commence par autrui».
Il impose à tout un peuple de gros sacrifices pour relancer
l’économie nationale par la plus-value sur les
produits dits anciennement subventionnés alors que les
gouvernants eux-mêmes sont exemptés de toutes
rigueurs sur le train de leur vie. Les voyages se multiplient
avec un cortège de profiteurs à qui le sang du
peuple paie les primes et les séjours sans que le moindre
compte rendu ne soient fait aux citoyens pour leur présenter
les contours du gain pour lequel ils dépensent tant
leurs fortunes. Il est clair, au regard des données
nouvelles en greffe sur les pourritures du passé dans
notre pays que l’âge ne fait jamais la rénovation,
, encore moins la révolution. C’est l’esprit
qui porte le changement. Il a des exigences tout à fait
indiscutables dans les rangs de ceux qui en sont les promoteurs.
La connaissance historique et philosophique constituent le ferment
de la connaissance politique, économique et psycho-sociologique.
Nulle ne saurait prétendre impulser une marche à un
peuple vers un nouvel horizon en ignorant les bases de la psychologie
sociale. La politique est un métier. Elle a ses contraintes
dans la valeur multi-dimensionnelle de l’homme qu’on
ne peut cerner de proche en proche que dans l’optique d’une
interdisciplinarité dont il est impérieux de se
nourrir pour être à la hauteur des grands enjeux
qui font l’avenir des peuples.
La vérité de ce régime est ce qu’il
cache et ce qu’il dissimule se dévoile en termes
d’incompétence. Il ne mesure guère la souffrance,
les tribulations, les tortures psychologiques et physiques dont
les populations traînent les cachets au fond d’elles-mêmes.
Le regard de nos gouvernants est toujours ailleurs. L’intelligence
du courage pour assister ceux qui sont dans l’extrême
urgence peine à être spontanée. Les sinistrés
sont incapables de leur arracher instantanément une réaction
compassionnelle suivie d’effet automatique d’assistance.
Tant que nous n’avons pas souffert, tant que nous passerons
notre vie à faire la fête, tant que nous pouvons
tuer, duper, réprimer, massacrer pour «mériter» la
place des chefs, l’humanité ne pourra jamais produire
dans nos veines la force qui fait de la vie un vrai partage,
le cœur qui berce d’espoir les grandes douleurs.
La stratégie des substituts est un colmatage douteux,
un simulacre d’assistance qui est loin de transcender les
meurtrissures et les brûlures des catastrophes répétitives.
On ne peut pas être à la tête d’un pays
et regarder des citoyens qui se noient chaque année, à la
même période, dans les mêmes conditions et
ne rien faire pour eux. Ce sens étroit de la prévision
est inadmissible. Nous observons tous avec nos cœurs lacérés
de douleurs à ce sujet la paresse de l’esprit, l’invalidité de
l’intelligence, l’inertie des hommes prétendument
responsables d’une société dont la flamme à la
vie s’éteint au confluent de la sottise et de la
condescendance. La volonté politique à l’obligation
de viabiliser une zone d’habitation qui fait courir périodiquement
de gros dangers à de nombreux citoyens dont on a sa charge.
Les solutions biaisées aux vrais problèmes d’insécurité liés
au cadre de vie de nombreuses populations ont valeur d’une
auto-flagellation du régime. Il est incapable de gagner
proprement une seule élection en ce qu’il porte
en son sein la culture du stérile. L’impossibilité d’une
vraie mutation du régime lui porte un coup fatal. Il n’a
rien appris de son passé et ne s’instruit pas non
plus au cours de l’histoire. Il a grande peine à se
projeter dans l’avenir pour donner un répondant
aux exigences de la modernité à laquelle aspire
tout un peuple. La révolution démocratique sera
ou ne sera pas. Nous en tirerons tous les conséquences.
Ceux qui l’initient sont ceux qui rassemblent les Togolais.
Elle emporte toutes les radicalités, toutes les dégénérescences
autoritaires parce qu’elle est une pensée de la
construction populaire.
Aujourd’hui, l’utopie d’un esprit nouveau
du régime n’embarque personne. Les résultats
sont suffisamment parlants. Ils traduisent l’apathie, voire
l’aplasie d’un pays dans des marécages aux
frissons noirs.
L’action populaire de l’opposition vraie est en
mesure de fédérer toutes les souffrances de ces
peuples. Elle porte l’épée des grandes mutations
auxquelles aspirent nos populations. Les graves manquements du
régime alimentent le ferment de l’opposition. Elle
draine du monde qui ne sait plus taire ses souffrances, ses douleurs.
Comme le dit André MALRAUX dans Antimémoires: «Toute
douleur qui n’aide personne est absurde.» La
douleur qui contient les sédiments de la révolte
apparaît comme une grande phase transitoire au bonheur, à la
liberté. Une souffrance est un moment de turbulences qui
sert à accoucher la gaîté.
Le régime n’est ni à l’écoute
du temps ni à l’observation de l’espace. L’opposition
dans sa structure actuelle est un vrai poison. Elle a su mettre
en éveil toutes les sensibilités intellectuelles,
sociales, régionales dans sa démarche avant-gardiste
d’échanges hebdomadaires qui ont fini par mettre
la couronne sur la tête d’un prince qu’on feint
d’ignorer. Ces ronronnements hebdomadaires sont à saluer, à encourager, à perpétuer
parce qu’ils mettent à l’étroit le
régime dans les cœurs des masses populaires et dans
les différentes stratifications sociales. La preuve en
est que Gilchrist Olympio a définitivement perdue la Voix
du Peuple. Sa tournée d’explication dans tout le
pays s’est limitée à quelques pas et il a
tôt fait de rebrousser chemin à Aného, son
vrai royaume. Ce repli observé est intelligent. Ce qu’on
lui a réservé était vraiment costaud. Son
flair l’a sauvé d’une grande humiliation parce
que ce peuple ne tolère jamais la trahison d’où qu’elle
vienne. Nous avions déjà dit que le choix de Gilchrist
Olympio était mal ficelé et qu’il était,
dans son entêtement, mort avant sa propre mort ou tout
au plus, il n’est qu’une momie politique dont se
sert gracieusement le régime. Aucun homme, aucun parti
ne fait le bonheur du peuple à sa place. Il faut savoir
l’écouter, se mettre avec lui, discuter, échanger,
dégager une résultante qu’il approuve avant
d’avancer.
Des esprits dévêtus, débridés, prolixes
et peu habiles dans leur babillage exhibaient des pourritures
de leur mentalité pré-logique en établissant
une analogie de surface entre le grand Mandela et Gilchrist Olympio.
Qu’ils interrogent l’histoire et s’informent
abondamment sur les contours des négociations qui ont
fini par la sortie de prison du Grand leader. Ce n’était
pas de la pacotille. Les négociations ont pris des années
avec une dimension de serment, de pacte national. Presque la
quasi-totalité s’est retrouvée dans cette
volonté populaire. Au Togo, personne ne refuse les négociations.
Ce sont les simulacres que nous trouvons abjects et insoutenables.
Nous connaissons les particularités du régime en
manière d’esprit retors. Nous tirons des expériences
du passé. Il faut exiger de sérieux garde-fous
lorsqu’il s’agit des points de convergence certifiés
par ces accords.
Aujourd’hui, les forces en présence
sur l’échiquier
politique de notre pays sont connues. Il faut les prendre au
sérieux si on veut aller vers une résolution définitive
d’une crise qui plombe la vie des Togolais. Les négociations
sont davantage une possibilité de suivie du régime
sinon, il prépare de façon surprenante sa propre
sépulture. Il périra!
Didier Amah DOSSAVI, Le Triangle des Enjeux |