Togo: Le Conseiller
spécial de Gilchrist Olympio dénonce son mentor:
Note de Eric Armerding
aux auteurs d’un mémorandum des Amis de Gilchrist
Olympio (AGO)
09 août 2010
On
ne gagne pas la sympathie ni l’adhésion d’un
peuple en lui racontant des inexactitudes voire des mensonges.
Il s’en aperçoit tôt ou tard et se retourne
contre les auteurs de ces méfaits.
J’ai été le conseiller spécial
de Gilchrist Olympio sans interruption depuis les années
60 où nous nous sommes engagés, jeunes tous les
deux, en politique. Pendant toutes ces années, mon rôle
auprès de lui a été de lui dire toujours
la vérité, de le mettre en garde contre les situations
susceptibles de l’induire en erreur et de tracer ensemble
avec lui la meilleure voie qui pourrait conduire le peuple togolais à un
devenir démocratique et prospère.
Nous étions encore ensemble à faire
ce travail dans la perspective de l’élection présidentielle
de 2010 quand, le 21 décembre 2009, le Président
National (PN) de l’UFC, Gilchrist Olympio s’est rendu à New
York puis à Washington pour un bref séjour.
Dans la nuit du 30 décembre 2009, le
gendre du PN m’a appelé de Washington pour m’annoncer
l’accident de son beau-père en insistant que cette
information devait être tenue strictement confidentielle
même à l’égard de la famille. De plus,
il me précisait que les médecins ont consigné le
PN au lit pendant 20 jours avec le port d’une minerve rigide,
qu’il ne devait pas voyager avant une période de
deux mois et qu’ainsi son état pourrait se rétablir
après trois à quatre mois.
Ce n’est que le lendemain que j’ai
pu parler brièvement au téléphone au PN
qui souffrait encore atrocement et s’exprimait très
difficilement.
Malgré les consignes de discrétion,
j’ai pris sur moi de m’ouvrir le jour même
au meilleur ami et conseiller du PN, d’une part par fidélité a
son égard et de l’autre pour recueillir ses conseils.
Il avait souligné que la seule stratégie en la
circonstance est de tenir secret l’accident du PN, de mobiliser
le parti et l’opposition en vue du report de la date de
l’élection qui venait d’être annoncée
en jouant sur le délai de mise à jour du fichier électoral
jusqu’au rétablissement du PN pour qu’il puisse
se présenter régulièrement. En effet le
30 décembre 2010, le gouvernement a pris la décision
de convoquer le Corps électoral pour l’élection
présidentielle dont la date a été fixée
au 28 février 2010. Cette décision a profondément
choqué tous les partis de l’opposition togolaise
comme tous les observateurs étrangers de la situation
politique de notre pays. Car le fichier électoral n’était
ni prêt, ni soumis à l’audit de la CENI dont
le Président devait donner le feu vert au Chef de l’Etat.
Cette décision qui était une grave violation de
l’Article 51 de notre Code électoral, avait été fortement
stigmatisée en son temps dans la presse avec toutes ses
conséquences politiques et juridiques.
J’ai rendu compte au PN le jour même
de ma rencontre avec son ami et des conseils qu’il m’a
donnés. Il m’a exprimé sa satisfaction et
ses remerciements. Dès lors, il fallait entreprendre une
action urgente de concertation auprès du premier Vice-président
et du Secrétaire général du parti.
Le 1er janvier 2010, au soir, j’ai demandé au
Secrétaire général de m’envoyer le
lendemain, un émissaire auquel je voulais remettre un
pli confidentiel pour le premier Vice-président et lui-même.
Dans ce courrier, sans rentrer dans le détail, je les
informais de l’accident du PN et leur proposais qu’une
rencontre ait lieu entre nous dès que possible pour examiner
la situation et prendre les décisions appropriées.
J’ai insisté sur le caractère confidentiel
de la nouvelle.
Cette réunion n’a pu avoir lieu
que le vendredi 8 janvier 2010 à Tégbui, près
de Kéta, parce que Patrick Lawson et J-P Fabre souhaitaient
que Maitre Georges Lawson, également conseiller spécial
de M. Gilchrist Olympio et qui était en voyage en France,
puisse y assister. Dès la fin de mon exposé, tous
les trois déterminés à agir en faveur de
la candidature du PN ont insisté sur l’urgence
de commencer sans délai la constitution du dossier de
candidature du PN et sur l’enclenchement immédiat
d’une démarche diplomatique auprès de Chefs
d’Etat amis, permettant au PN de prendre part à la
présidentielle. A cela, le Secrétaire général
avait souligné que si nous échouions dans cette
voie au point que le PN ne puisse se présenter, l’élection
présidentielle même ne devait pas avoir lieu. Telles
sont les discussions que nous avions eu à quatre à Tégbui
et aucune éventualité portant sur une candidature
de substitution n’a été envisagée.
A la fin de la réunion, j’ai communiqué à mes
interlocuteurs les numéros de téléphone
du PN aux Etats Unis, celui-ci disant ne pouvoir entrer facilement
en contact avec eux. La consigne de stricte confidentialité de
l’information a encore été renouvelée
formellement. Aussitôt après la réunion,
j’ai rendu compte au PN qui n’a pas caché sa
satisfaction.
Le lendemain de cette rencontre, le Secrétaire
général, m’a téléphoné pour
m’informer qu’il a retrouvé auprès
de Welbeck Evans, les certificats de nationalité et de
naissance et qu’ensemble avec Me Georges Lawson et Me Ruben
Doe Bruce, il a commencé à constituer le dossier
de candidature du Président national qui comprenait déjà l’attestation
de résidence qu’il avait réussi à obtenir
pour Gilchrist Olympio, à son insu, depuis novembre 2008
.
Le 11 janvier 2008, j’eus la surprise
de recevoir un appel téléphonique du premier Vice-président
Patrick Lawson m’informant que le PN lui a demandé d’écrire
au Chef d’Etat togolais, au Président de l’Assemblée
nationale et au Président de la CENI afin de leur annoncer
l’accident et d’obtenir une dérogation pour
le dépôt de sa candidature. J’ai prié Patrick
de ne pas écrire cette lettre et que j’en assumais
la responsabilité devant le PN. Quand j’ai appelé le
PN, il m’a dit de laisser Patrick suivre les instructions
qu’il lui a données « car c’est la volonté de
Dieu ». Je n’avais pas trouvé d’explications à cela
sauf peut-être que les Chefs d’Etat amis que le PN
a sollicités n’ont pu réussir à obtenir
l’accord du Chef d’Etat togolais pour la dérogation
relative au dépôt de signature devant la Cour Constitutionnelle
et au certificat médical.
Le 13 janvier 2010, j’ai eu une discussion
difficile avec Patrick Lawson, Georges Lawson et J-P Fabre qui
m’annonçaient que sur instruction du PN Gilchrist
Olympio, l’UFC s’apprêtait à porter à la
connaissance du public, à travers une conférence
de presse, la nouvelle de l’accident de son Président
national.
Je n’étais pas à Lomé pour
suivre les discussions et les démarches du parti les 13,
14 et 15 janvier. Mais, c’est le 16 au matin que j’ai été informé du
refus de la CENI par lettre adressée à l’UFC,
d’accorder une dérogation à Gilchrist Olympio,
du dépôt de la candidature de Jean-Pierre Fabre,
ainsi que de la façon très habile dont nos juristes
ont déjoué le piège du dossier du PN que
les autorités avaient tendu à l’UFC.
A partir du 18 janvier 2008, j’ai reçu
des appels téléphoniques de quelques présidents
de sections de la Fédération internationale de
l’UFC m’informant qu’Elliot Ohin leur demandait
de saisir la CENI pour récuser la candidature de Jean-Pierre
Fabre. Je suis le Président de la Fédération
Internationale UFC et n’avais pas compris qu’une
telle initiative soit prise à mon insu. J’ai expliqué à nos
compatriotes présidents des sections de la Fédération
internationale qu’ils n’avaient aucune autorité pour
effectuer une telle démarche.
Malgré cela, d’autres groupes constitués
de membres de l’AGO commençaient à avancer
l’idée qu’il fallait changer l’ancienne équipe
de Patrick et de Jean-Pierre pour réorienter la politique
de l’UFC vers une collaboration avec le parti au pouvoir à l’issue
de l’élection présidentielle. Le PN s’en était
aperçu et, avec un courage admirable, passât outre
les consignes de ses médecins pour arriver à Accra
le vendredi 29 janvier.
A peine une heure après son arrivée à son
domicile à Accra, il tint une réunion avec les
membres du bureau du parti venus de Lomé. De cette réunion
explicative, sortit un projet d’accord ainsi libellé et
approuvé entièrement par le PN lui-même:
«Engagement: Les soussignés,
Gilchrist Olympio et Jean-Pierre Fabre, respectivement Président
national et Secrétaire général de l’UFC,
attestent et s’engagent sur ce qui suit :
Gilchrist Olympio a été désigné par
le 2ème congrès ordinaire de l’UFC des
18 et 19 juillet 2008, comme le candidat du parti à l’élection
présidentielle de 2010 au Togo. Des circonstances
imprévues n’ont pas permis sa présence
au pays où conformément aux dispositions législatives
en vigueur, il devait remplir toutes les conditions exigées
pour l’acceptation de sa candidature par la CENI à la
date du 15 janvier 2010. En son absence, Jean- Pierre Fabre
a été désigné unanimement par
la direction du parti pour se présenter comme candidat
de sauvegarde. La CENI a régulièrement accepté et
enregistré sa candidature. Jean-Pierre Fabre s’est
engagé devant le parti que si les démarches
politiques entreprises par le PN pour l’acceptation
de sa candidature aboutissaient, il retirerait la sienne.
Dans le cas contraire, Gilchrist Olympio s’engage à reconnaître
la candidature de Jean-Pierre Fabre et à soutenir
ce dernier dans toute sa campagne électorale. Fait à Accra
le 29 janvier 2010.»
Malgré l’accord entre les deux
signataires, le PN désigna deux des membres du Bureau
National pour aller porter ce texte à la connaissance
des membres de l’AGO qui étaient au nombre de quatre
dans un autre emplacement de la maison et d’obtenir leur
approbation.
Ce groupe rejeta le texte d’accord et
produisit sous la plume de Jean-Claude Homawoo, après
plus de trois heures d’effort, un texte cousu de fil blanc
et dont l’élément essentiel visait à accuser
Jean-Pierre et Patrick de complot contre le PN.
Fatigué par son voyage toute la nuit
de Washington à Accra, le PN allât s’étendre
sur son lit et fit venir Jean-Pierre auprès de lui pour
un entretien de près d’une heure. Le PN m’appela
ensuite auprès de lui pour me rappeler la coopération
fraternelle et franche que nous avons eue depuis plus de 40 ans.
C’est alors qu’il me révéla qu’il
admirait Patrick pour la profondeur de ses analyses, et trouvait
en Jean-Pierre un homme courageux et toujours déterminé à défendre
sans équivoque les intérêts supérieurs
du parti. Et à cet égard, il se réjouissait
de la bonne entente entre eux et ainsi approuve le choix du comité politique
et soutient la candidature de Jean-Pierre.
L’état de santé du PN ne
pouvait lui permettre de rester plus de trois jours à Accra
et il dut partir d’urgence à Paris le 3 février
sans résoudre la division que les éléments
de l’AGO s’employaient à introduire au sein
du parti.
Son accident et ses suites l’affaiblirent
et l’exposèrent à diverses pressions dont
celle du complot imaginaire prit le dessus, avec la politique
de partage du pouvoir dont il s’était convaincu
mais que le peuple togolais désapprouva dès son
annonce. Une situation que le régime en place exploite
hélas à sa guise.
Le Secrétaire particulier du PN, Isaac
Tchiakpé, auprès de qui je m’inquiétais
des nombreux défilés des membres de l’AGO
chez le PN à Paris, me répondit le 14 février
2010 par un SMS en ces termes: «je ne comprends plus
rien et mes efforts patients auprès de Fo Gil pour conserver
l’unité du parti ne sont pas féconds. J’ai
parfois l’impression que la cause est entendue mais au
dernier moment, un évènement remet tout en question.
J’ai presqu’envie d’être silencieux car
je ne peux avoir de prise sur rien. Je t’avoue mon décontenancement.»
Notre parti l’UFC qui s’est bâti
pierre par pierre pendant près de 20 ans sur le socle
inébranlable du mot d’ordre libérateur d’Ablodé ne
peut être réduit en poussière par des individus
qui n’en ont pas vécu ni mesuré le lourd
sacrifice. C’est à la fois la construction et l’héritage
impérissable du peuple togolais que les responsables du
parti ont le devoir de préserver afin qu’ils remplissent
la mission libératrice que nos aïeuls nous ont assignée.
En d’autres termes, l’UFC doit
tenir un congrès unitaire pour résoudre tous ses
problèmes de division, s’attacher à la mise
en œuvre du programme de son Manifeste, renoncer à la
frustrante politique de faux partage de pouvoir, soutenir par
des manifestations populaires les négociations de conditions électorales
démocratiques sur le modèle de Mandela, élargir
encore plus ses membres, encourager davantage ceux qui ont eu
le mérite d’installer et de consolider le parti
dans le pays par leur sacrifice et de faire renaitre un nouvel
espoir pour l’avenir de tout le peuple togolais au lieu
de convoquer deux réunions qui n’aboutiront qu’à creuser
le fossé entre les membres .
Fait à Accra le dimanche 08 août
2010
Eric Armerding
Ancien Conseiller spécial de Gilchrist Olympio |