Relation France-Afrique:
Françafrique morte? Vive la françafrique
12 août 2010
Mardi à Lomé, la capitale du Togo, en marge d'une
confrontation entre manifestants et gendarmes togolais, un face-à-face
tendu oppose un officier français et un reporter togolais.
Le premier exige du second qu'il efface une photo de lui qu'il
avait prise: le ton et les menaces évoquent un autre temps
supposé révolu.
Une vidéo a été prise de ce face-à-face,
et n'est pas avantageuse pour ce colonel français en uniforme,
qui se décrit comme conseiller du chef d'état-major
de l'armée de terre togolaise. Il lance sur un ton agressif:
«Tu sais qui je suis? Je suis le conseiller du chef
d'état-major de l'armée de terre. Tu veux que
j'appelle le RCGP [Régiment des commandos de la garde
présidentielle, ndlr] pour foutre un peu d'ordre là-dedans?
Alors, je demande d'enlever les photos. Est-ce que c'est compliqué?»
Epaulé de gendarmes togolais casqués, matraque à la
main, l'officier menace le journaliste, Didier Ledoux, bien connu
au Togo, portant un gilet avec le mot «presse» écrit
en énorme, fourni par les Nations unies. Il lui dit:
«Tu veux qu'on te donne un coup sur l'appareil ou
quoi?»
Un peu plus tard, face aux protestations du journaliste qui
proteste qu'il fait son boulot, l'officier lui rétorque «je
m'en fous», puis dis à l'un des gendarmes,
sur un ton autoritaire: «Tu le mets en tôle».
(Voir la vidéo)
Sur le site du quotidien togolais d'opposition Liberté,
auquel collabore Didier Ledoux, un journaliste relate l'incident,
et pose une question :
«C'est curieux qu'un officier français formé en
France, pays des droits de l'homme, menace de faire venir des éléments
de la garde présidentielle pour régler un malentendu
qui l'opposait à un journaliste qui ne faisait que son
travail.»
L'ambassade de France au Togo a publié un communiqué,
affirmant que le véhicule de l'officier, qui se trouvait «fortuitement» à proximité du
rassemblement, a été pris à partie par des
jets de pierres. Il ajoute:
«Après avoir signalé les faits au détachement
de gendarmerie qui se trouvait à proximité, l'officier
n'a pas souhaité qu'un photographe fasse une prise de
vue.»
Comme ces choses-là sont dites avec modération.
Le problème est qu'aujourd'hui il y a la vidéo,
il y a YouTube, et que l'on peut y voir un officier français
en territoire conquis, arrogant («Tu sais qui je suis»?)
et menaçant («Tu veux un coup sur l'appareil?»; «Tu
le mets en tôle»), pour un incident de toute évidence
mineur. Cinquante ans après les indépendances africaines
célébrées en grande pompe cet été sur
les Champs-Elysées, ça surprend…
A Paris, le ministère de la Défense nous a fait
savoir qu'il ne «se reconnaissait pas» dans
l'attitude et les déclarations de cet officier, «qui
ne défend pas les valeurs qui sont les nôtres».
Le ministère indique que cet officier devra s'en expliquer
avec le journaliste togolais. Bonne nouvelle.
Source: rue89.com |