Rebondissements dans l’affaire Didier
LEDOUX / l’Officier français:
Le journaliste décide de porter
plainte
13 août 2010
«Je croyais que les excuses que m’a présentées
Monsieur Letondot à l’Ambassade de France au Togo étaient
sincères et sont celles d’un homme qui reconnaît
avoir fauté avec un peu de recul. Mais je suis au regret
de constater que ce n’était que pure hypocrisie.
J’ai été choqué à la lecture
de l’interview accordée par l’Officier à LEXPRESS.fr
que lui, mon bourreau se pose aujourd’hui en victime
et dit avoir été piégé. Par qui?
Par moi qu’il a menacé…?
Cette affaire ne va pas s’arrêter
là ;
je remets en cause ses excuses et décide de porter plainte
contre M. Letondot», a réagi Didier Ledoux à la
lecture de l’interview du Colonel Letondot à LEXPRESS.fr
DECLARATION DES ORGANISATIONS DE DEFENSE DES DROITS DE L’HOMME
SUITE AUX MENACES D’UN OFFICIER FRANÇAIS SUR UN
JOURNALISTE TOGOLAIS
Le 10 Août 2010, en marge des manifestations de protestation
organisées par les membres et sympathisants de la branche
de l’Union des Forces du Changement favorable à M.
Jean-Pierre Fabre aux alentours de l’Eglise évangélique
presbytérienne de Nyékonakpoé, a eu lieu
une altercation entre le journaliste Didier Ledoux du quotidien
privé Liberté et un coopérant militaire
français.
Il ressort des informations diffusées par les médias
et de la vidéo disponible sur Internet que le journaliste,
qui avait pris des photos montrant l’officier français
en action aux côtés des forces de l’ordre
togolaises, aurait été bousculé et fait
l’objet de menaces. Cet officier français qui avait
intimé au journaliste, l’ordre de supprimer les
photos prises, aurait fait face au refus d’obtempérer
de ce dernier. Ce refus a alors suscité, de la part de
l’officier, une vive réaction qui l’a amené à tenir
des propos pour le moins indigne d’un officier de son rang
en ces termes: «Je m’en fous que tu sois de la
presse. Tu enlèves ta photo sinon c’est moi qui
le prends… Tu veux qu’on te donne un coup sur l’appareil
? Moi on ne me prend pas en photo comme ça. Tu sais qui
je suis? Je suis le conseiller du chef d'état-major de
l'armée de terre. Tu veux que j'appelle le RCGP [Régiment
des commandos de la garde présidentielle] pour foutre
un peu d'ordre là-dedans? Alors, je demande d'enlever
les photos. Est-ce que c'est compliqué?». Devant
la résistance du journaliste, l’officier aurait
ordonné à un des gendarmes togolais: «tu
le mets en taule».
Suite à ces évènements, l’ambassade
de France au Togo a publié un communiqué dans lequel
elle a expliqué que «le véhicule de l’officier
qui se trouvait fortuitement près du rassemblement a été pris
par des jets de pierre et l’officier ne voulait pas qu’un
photographe fasse une prise de vue». En outre, le
ministère français de la défense a déploré cette
attitude en relevant que «ce n’est pas un vocabulaire
et une attitude compatible avec ce que l’on attend de notre
personnel et des cadres de la défense en particulier.
Ca ne correspond ni de près ni de loin à ce que
sont nos valeurs et à notre conception de notre relation
aux médias et de la liberté de presse».
Cette affaire préoccupe les organisations de défense
des droits de l’homme signataires de la présente
déclaration. En effet, alors que les associations togolaises
de défense des droits de l’homme ainsi que les ONG
internationales et même les institutions des Nations Unies
ont régulièrement dénoncé par le
passé, les débordements des forces de l’ordre
dans l’encadrement des manifestations publiques, ces propos
d’un officier français censé être le
formateur de la gendarmerie togolaise sont de nature à inquiéter
les observateurs avisés de la vie socio politique togolaise.
Ils sont d’autant plus préoccupants qu’au-delà de
la virulence des propos tenus, l’officier a évoqué la
possibilité de faire intervenir un régiment commando
de l’armée, en l’occurrence la RCGP, alors
que, par définition, celui-ci n’a aucun rôle à jouer
en matière de maintien de l’ordre.
Pour les organisations togolaises de défense des droits
de l’homme, si on considère l’influence de
l’armée française sur son homologue du Togo,
cette attitude pourrait être interprétée
comme une onction donnée en faveur des exactions commises
non seulement contre les médias et les défenseurs
des droits de l’homme mais aussi contre l’ensemble
de la population togolaise.
Au regard de tout ceci, les organisations signataires de la présente
déclaration notamment Action des Chrétiens pour
l’Abolition de la Torture (ACAT-Togo), Association Togolaise
des Droits de l’Homme (ATDH), Association Togolaise pour
la Défense et la Promotion des Droits de l’Homme
(ATDPDH), Collectif des Associations Contre l’Impunité au
Togo (CACIT), la Coalition Togolaise des Défenseurs des
Droits de l’Homme (CTDDH), Journalistes pour les Droits
de l’Homme
(JDHO):
- Se félicitent que les autorités françaises
se soient démarquées sans
ambiguïté de cette attitude répréhensible
de leur employé en poste auprès de l’armée
togolaise;
- Demandent à la France de veiller à ce que toutes
les sanctions
envisagées contre cet officier soient effectivement prises
pour dissuader toute nouvelle velléité d’atteinte à la
liberté et à l’intégrité des
journalistes, défenseurs des droits de l’homme et
des citoyens togolais;
- Restent attentives aux comportements des forces de l’ordre
togolaises lors des manifestations publiques futures pour s’assurer
que leur attitude traduise les valeurs et principes de défense
des droits de l’homme auxquels les autorités togolaises
et françaises disent être attachées.
Fait à Lomé le 12 août 2010
Les signataires:
• ACAT-Togo: Pierre-Claver DEKPOH
• ATDH: Etchri Hihédéva CLUMSON
• ATDPDH: Mme DOGBE Ayélé Mawuéna
• CACIT: André Kangni AFANOU
• CTDDH: Carlos Komlanvi KETOHOU
• JDHO: Mme Fabbi KOUASSI |