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Togo: Faure Gnassingbé et les germes d’un
règne élastique:
Vers une caporalisation du Togo et l’érection
d’une opposition… gentille
17 août 2010
On
peut tout reprocher à Feu Gnassingbé Eyadèma.
Certes il a fondé son règne sur l’installation
d’un parti unique, le Rassemblement du peuple togolais
(Rpt), un creuset national dans lequel est effectivement venu
se fondre tout le peuple togolais. Bien que de la vieille école,
il a fini par abdiquer devant la volonté populaire de
sortir de ce monolithisme politique et concéder le multipartisme.
Mais son Fils qu’on dit avoir été formé à l’école
des Blancs, dans les universités des plus grandes démocraties
au monde, et incarner un «esprit nouveau», veut visiblement
caporaliser le Togo. Le grand obstacle étant l’opposition
politique, il faut tout d’abord s’employer à la
détruire. C’est dans ce contexte qu’il faudrait
placer les misères faites à Jean-Pierre Fabre,
Agbeyomé Kodjo et consorts.
Le pouvoir Faure Gnassingbe profite tout simplement des problèmes
internes à l’Organisation pour bâtir dans
l’union un Togo solidaire (Obuts) et à l’Union
des forces de changement (Ufc). Pour la formation politique de
l’ancien Premier ministre Agbeyomé Kodjo, tout est
parti de la mise en place du gouvernement Houngbo II. Pour avoir
refusé de faire entrer l’Obuts au gouvernement pour
servir de caution à la victoire (sic) de Faure Gnassingbé à l’élection
présidentielle du 4 mars dernier dont il continue de contester
les résultats, il est l’objet d’un acharnement
du pouvoir. Son parti a été dissous suite à une
plainte de deux (02) démissionnaires instrumentalisés,
Gaston Vidada et Codjie. La Justice étant toujours aux
ordres du pouvoir malgré qu’on crie à sa
modernisation, tout est passé comme une lettre à la
poste. Les actifs du parti devront être vendus et les recettes
versées aux enfants du Village SOS. Bien que le dossier
ne soit pas encore clos, Dieu seul sait si le droit sera dit
pour Agbeyomé Kodjo.
Faure Gnassingbé et les siens n’en
demandaient pas mieux, ils exploitent le conflit d’ego
au sein de la plus grande formation politique de l’opposition,
sinon du Togo pour casser la dynamique de l’opposition.
Aujourd’hui ils peuvent se réjouir d’avoir
réussi à phagocyter Gilchrist Olympio et foutre
le bordel dans l’Union des forces de changement. L’ «esprit
nouveau» a débauché l’«opposant
historique» en lui faisant signer un accord le 26
mai dernier et en embarquant ses amis dans le gouvernement. Certainement
que tout a été fait moyennant contrepartie. Dans
ce bras de fer qui oppose Gilchrist Olympio au Bureau national
incarné par Jean-Pierre Fabre, le pouvoir a pris le parti
de son nouvel ami. Le «Leader charismatique» est
autorisé à circuler librement sur le territoire,
mais Jean-Pierre Fabre et le Bureau national sont empêchés
de mener leurs activités. L’apothéose a été les
congrès du parti. Bien que le congrès convoqué par
le Bureau national soit légal au regard des statuts du
parti et n’ait pas été interdit, ce sont
des escouades de forces de l’ordre qui ont été déployées
pour empêcher sa tenue. Ce mardi c’était une
course poursuite dans les rues de Nyékonakpoè à Lomé.
Mais le congrès de Gilchrist Olympio lui, a été autorisé et
sécurisé par les mêmes éléments
qui ont 48 heures plus tôt, fait vivre l’enfer aux « FABRistes » .
Pour couronner le tout, le ministre de l’Administration
territoriale a refusé de réceptionner les documents
issus du congrès du Bureau national. On veut ainsi faire
passer le camp Fabre pour illégitime, l’isoler davantage
et restituer le contrôle du plus grand parti de l’opposition
au nouvel ami du pouvoir Gilchrist Olympio, et ainsi le tour
serait joué.
La finalité de ce plan est de vassaliser l’opposition
démocratique. Avec la neutralisation de l’Obuts,
la discorde semée au sein de l’Ufc, et donc l’affaiblissement
du Front démocratique pour l’alternance et le changement
(Frac) qui trouble depuis mars dernier le sommeil de Faure Gnassingbé,
l’essentiel est fait. Ce sont les partis et organisations
les plus menaçants. Le reste de l’opposition n’est
qu’une épave. Le Comité d’action pour
le renouveau (Car) de Me Yawovi Agboyibo et la Convention démocratique
des peuples africains (Cdpa) du Professeur Léopold Gnininvi
ont déposé les armes depuis. A défaut de
dissoudre tous les partis de l’opposition- c’est
improbable, le Togo en compte une quatre-vingtaine-, le pouvoir
aura réussi à casser les dards aux plus virulents.
Faure Gnassingbé aura donc en face une opposition clémente
et gentille, une opposition presque inexistante, comme au Burkina
Faso ou encore au Gabon à l’ère Omar Bongo.
Ces types d’opposition ne constituant pas véritablement
des contrepoids aux pouvoirs en place, la voie est ainsi pavée à l’érection
d’un parti unique, ou du moins à l’installation
d’un régime autoritaire et despotique qui en a pour
longtemps. Il faut craindre que Faure Gnassingbé ne soit
ainsi parti pour rivaliser son géniteur en termes de longévité au
pouvoir.
Une démocratie forte induit forcément l’existence
d’une opposition forte. Mais le régime actuel régnant
sur le Togo ne l’entend pas de cette oreille. Si les gouvernants
ne cessent de crier dans les discours que le Togo est un Etat
démocratique, Faure Gnassingbé est néanmoins
dans une logique de caporalisation du Togo, qui devrait passer
par une vassalisation de l’opposition démocratique.
C’est en cela qu’il faut prendre comme une prophétie,
la fameuse phrase de feu Eyadema: «Le Togo reculera
de cent ans en arrière». Et l’histoire
retiendra que celui qui a fait reculer la Terre de nos aïeux
d’un siècle en arrière, aura été son
Fils.
T. K. Liberté |
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