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Togo: Disparition tragique d’Atsutsè Agbobli:
Deux ans après, le mystère
demeure entier
17 août 2010
Vendredi 15 août 2008, la nouvelle tomba comme un couperet,
brisant la bonne humeur de cette fête de l’Assomption.
Le corps sans vie du politologue, journaliste, historien et patron
de parti politique Joachin Atsutsè Agbobli est découvert à la
plage de Lomé, comme celui d’un vulgaire personnage.
Dimanche 15 août dernier, on en était donc au 2ème
anniversaire de la disparition de cet illustre personnage. Si à l’époque
les gouvernants se sont beaucoup agités, promettant
dans la foulée de tout mettre en œuvre pour faire
la lumière sur cette affaire, deux ans après, les
circonstances de la mort du leader politique demeurent floues.
Le dossier semble même rangé dans les placards.
Difficile de savoir jusqu’aujourd’hui de quoi est
au juste mort Atsutsè Agbobli. Son corps a été retrouvé dans
le sable au matin du vendredi 15 août 2008 après
qu’on a perdu de ses traces plusieurs heures plus tôt.
Il était complètement nu, mais portait des chaussures
aux pieds et quelques hématomes. C’est la stupeur
générale au sein de la population. Sans même
attendre que le patron du Mouvement pour le développement
national (Modena) exhale ses derniers soupirs, l’inénarrable
ministre de la Sécurité et de la Protection civile
pondit un communiqué pour donner les premiers indices
de sa mort. Pour le Colonel Atcha Titikpina, Atsutsè Agbobli
est mort de noyade. Quel test lui a-t-il permis d’arriver à cette
conclusion ? Allez-y savoir.
La polémique enflant sur les circonstances exactes
de ce décès, le pouvoir a cru bon se saisir du
dossier. C’est ainsi que le très controversé Procureur
de la République Robert Bakaï est monté en
scène pour ordonner une autopsie. Le légiste de
fortune fut trouvé en la personne du Prof. Napo Koura
Gado. 72 heures après la découverte du corps, ses
premières conclusions sont rendues. Le professeur conclut à une «mort
suite à une intoxication médicamenteuse»,
mais indique que «la composition chimique des médicaments à l’origine
de cette mort n’est pas connue». Mais ces conclusions étaient
loin de convaincre l’opinion. Comment un intoxiqué peut-il
se retrouver nu, avec des hématomes sur le corps, les
chaussures aux pieds? On croirait plutôt avoir affaire à un
dément.
Dans les têtes, c’était clair que l’on
cherchait à brouiller les pistes. Les deux versions servies
par le pouvoir sont balayées d’un revers de la main,
et c’est la 3ème version qui prenait le dessus:
celle de l’assassinat. Il fallait tout faire pour atténuer
la polémique dans la presse. Dans la foulée, des
journalistes sont nuitamment invités au Palais de la marina
par le maître des lieux, et en sont ressortis les poches
pleines de CFA. Pendant ce temps, avec la main de certains proches
de la victime qui ont des entrées faciles dans le sérail,
les obsèques d’Atsutsè Agbobli sont précipitamment
programmées sur les 29 et 30 août. C’était
comme si on voulait hâter l’enterrement pour en finir
avec le dossier. Mais avec la pression de la famille, surtout
du Fils de la victime, il fut décidé une contre-autopsie.
La Commission nationale des droits de l’Homme (Cndh) se
saisit du dossier et fit appel au haut Commissariat des Nations
Unies aux droits de l’Homme (Hcdh) qui mit à la
disposition du Togo un de ses spécialistes. Dr Nizam Peerwani
débarqua au Togo pour faire des prélèvements,
repartit et revient quelques semaines plus tard pour rentre publics
les résultats de ses examens. Le médecin-légiste
onusien n’est pas arrivé à être affirmatif,
mais a tout de même rejeté les thèses de
mort par noyade, par intoxication médicamenteuse, et aussi
l’hypothèse de mort violente.
Ces conclusions de l’expert onusien n’ont eu que
l’effet d’augmenter le crédit autour de la
thèse ultime, celle de l’assassinat. Comme pour
disculper le pouvoir, Robert Bakaï est à nouveau
entré en scène pour ordonner un examen contradictoire à celui
de Dr Nizam Peerwani. Le Procureur fit savoir que des prélèvements
ont été faits et seraient envoyés dans des
laboratoires des universités de renom en France et dans
toute l’Europe. On pensait que les choses allaient s’accélérer
et l’opinion connaîtrait les résultats sous
peu. Il n’aurait fallu qu’à peine trois mois
au légiste onusien pour rendre publiques ses conclusions.
Cela fait bientôt deux ans que cette annonce a été faite
par Robert Bakaï, mais depuis lors, les résultats
se font toujours attendre. N’a-t-on pas trouvé les
réactifs nécessaires pour effectuer le test ou
comment? Les résultats seront-ils publiés un jour?
Il faut être dans le secret des dieux pour y répondre.
Le temps n’aura apporté aucun éclairci dans
le dossier. Deux ans après la découverte du corps,
les circonstances de la mort d’Atsutsè Agbobli demeurent
floues. Aucun éclairci n’est venu des dernières
personnes à avoir eu contact avec la victime avant sa
mort. Le chauffeur est resté flou et on ne sait même
pas ce qu’il est devenu aujourd’hui. Le Dr Fiadjoé qui
avait soigné le politologue quelques jours avant sa disparition
s’est imposé l’omerta sur l’affaire
depuis lors. Il paraît évident que tout est fait
pour faire passer l’affaire par perte et profit, ou du
moins pour entraver la lumière. Les appels des organisations
de défense des droits de l’Homme aux autorités
pour la mise en place d’une commission nationale d’enquête
sont restés lettres mortes. Aucune allusion n’est
plus faite au dossier au niveau des gouvernants. Toute attitude
qui renforce les Togolais dans la conviction que la mort d’Atsutsè Agbobli
a été tout sauf naturelle, surtout quand on connaît
la virulence de l’homme politique à dénoncer
les travers du régime en place.
Tino Kossi, Liberté |
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