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Togo: Interview:
Ayayi Togoata Apedo-Amah: «Gilchrist
uni à Faure, c’est le mariage de deux héritiers
politiques et biologiques qui ont transformé la République
en monarchie héréditaire»
07 septembre 2010
Dans cette interview qu’il a accepté nous accorder,
le Professeur Ayayi Togoata Apedo-Amah fait une analyse tranchée
mais équilibré de l’actualité politique
togolaise comme lui seul sait le faire, en des termes «chauds»,
renvoyant dos à dos les différents protagonistes
de la crise. L’ex-Secrétaire Général
de la LTDH parle de la décision de Gilchrist Olympio d’entrer
au gouvernement de large ouverture et de grande compétence
du RPT, gouvernement qu’il qualifie de fantoche et de pantalonnade.
Néanmoins l’universitaire trouve en cet acte du
fils de Sylvanus Olympio, un avantage. Cela a le mérite,
a-t-il fait observer, de «déciller les Togolais
anesthésiés par un mythe». Pour Apédoh-Amah,
Gilchrist Olympio est complice des multiples violations des droits
de l’Homme qui ont cours dans le pays. Il n’y a plus
d’opposition d’après lui au Togo, «l’ex-opposition
s’est vendue avec armes et bagages au Rpt».
Lecture.
Bonjour M. Ayayi Togoata Apedo-Amah, ça fait
un long moment qu’on ne vous entend plus prendre position
sur l’actualité politique de notre pays. Quelle
lecture faites-vous de la situation sociopolitique actuelle
du Togo?
J’ai déjà donné à plusieurs
reprises mon point de vue sur les médias audiovisuels.
Il est vrai, par contre, que je n’ai rien produit dans
la presse. En dehors des sollicitations des journalistes, je
n’ai pas pris d’initiative personnelle parce que
je courais le risque de me répéter. Même
si la pédagogie est essentiellement répétition,
répéter toujours et toujours la même chose
aux mêmes personnes est parfois lassant. La trahison et
les dernières accointances RPToches de Gilchrist Olympio
ne m’ont pas surpris une seule seconde. Au grand étonnement
de beaucoup de Togolais aveugles et incrédules et qui accordaient
du crédit à mes analyses politiques, j’avais,
dès 1998, dans le journal La Tribune Africaine, qualifié dans
plusieurs articles le sieur Gilchrist Olympio de vulgaire RPToche
parce que c’est un vrai fasciste de la trempe d’Eyadema.
Je me souviens même que cela avait rendu malades quelques
journalistes dont le métier était d’encenser
systématiquement ce cancre politique archaïque. Ce
n’est donc pas aujourd’hui que les faits m’ont
donné raison. Le mythe a aveuglé les Togolais.
L’intellectuel véritable ne s’arrête
pas au mythe, il le décortique pour voir ce qui se cache
dessous et révèle la réalité telle
qu’elle est et non telle qu’elle devrait être,
quitte à aller contre la croyance d’une opinion
publique manipulée et naïve. La force du mythe, c’est
de travestir la réalité. Pour vous donner une idée
simple de la fonction d’un mythe, il suffit de regarder
certains véhicules dans la ville de Lomé sur lesquels
sont collés des autocollants proclamant que «Jesus
is alive» ou «Jésus est vivant».
Croyez-vous que si ce monsieur était vraiment vivant,
cela se proclamerait à cor et à cri? Et d’ailleurs
cela se saurait!
Même avec les jumelles les plus puissantes du monde, vous
ne pourrez pas le voir parce qu’il a bel et bien défunté.
Les chrétiens ne sont pas tous aveugles pourtant ! Le
bon sens interdit de proclamer la vie biologique d’un vivant
puisque, c’est l’évidence même. C’est
parce que Bob Marley est mort et bien mort que certains de ses
fans affirment à qui veut les entendre qu’il est
toujours vivant. Au sujet d’Olympio-RPT, je préfère
renvoyer vos lecteurs à mes écrits et interviews
dans la presse et sur les sites Internet togolais, notamment à ma
dernière interview dans votre journal Liberté Hebdo
datant de septembre 2009.
Je me félicite que le traître Olympio ait jeté son
masque de turpitude : cela a décillé les Togolais
anesthésiés par un mythe imbécile et mensonger
dont les thuriféraires «vuvuzelistes»,
vils griots manipulateurs, sont connus pour leur travail odieux
de maquignonnage qui consiste à transformer par un coup
de baguette magique un dictateur assassin et liberticide en saint
homme. Dans d’autres pays, cela s’appelle du révisionnisme
et l’on en répond devant les tribunaux.
Comment réagissez-vous devant le mélodrame
qui a cours actuellement au sein du principal parti de l’opposition
togolaise, l’UFC?
L’UFC dans sa manière de fonctionner avant l’exclusion
d’Olympio-RPT, était le parti d’un seul homme, son président-propriétaire.
Et cela arrangeait parfaitement ses adjoints qui geignent aujourd’hui
en le qualifiant de dictateur. Depuis la création de l’UFC en
tant que parti et non plus regroupement de partis, en 1992, je crois, Gilchrist
Olympio s’est toujours comporté en dictateur comme ses modèles,
les deux hommes qui l’ont toujours fasciné : son père et
Eyadema. Que ses frères ennemis feignent de découvrir cela aujourd’hui
est de la pure malhonnêteté, de l’hypocrisie. Je vais vous
dire une chose importante qui vous aidera à mieux comprendre le comportement
atypique de la direction de l’UFC ces dix-huit dernières années
jusqu’au divorce des 10 et 12 août 2010 où chaque camp a
excommunié l’autre. En effet, tant qu’Olympio-RPT, par poltronnerie,
demeurait à l’extérieur du Togo, ses sous-fifres et larbins,
qu’il aurait qualifiés d’«employés»,
selon certains témoins de l’ex-opposition, se sentaient pousser
des ailes et jouaient aux petits chefs à leur tour. Etre chef, même
petit au Togo, c’est toujours bon pour les affaires. A la longue les
petits chefs se sont dit, l’appétit aidant, qu’ils pouvaient
devenir aussi de grands chefs, d’où la sourde rivalité qui
s’est affichée publiquement lors de la candidature surprise de
Fabre au grand dam de son mentor blessé dans son ego du fait que la
direction du parti ne lui ait pas laissé le privilège de désigner
tout seul, comme un grand, le candidat de l’UFC à l’élection
présidentielle de mars 2010, comme ce fut le cas en 2003 avec la candidature
d’un ancien RPTiste, Emmanuel Akitani-Bob, l’un de ses hommes-liges
complètement falot dont il était sûr qu’il ne lui
ferait jamais ombrage.
Par égoïsme et mesquinerie, le fils à papa
avait offert à l’opposition togolaise un homme
faible d’esprit et gravement malade. Akitani-Bob le payera
très cher, il fut évacué quelques semaines
après la présidentielle en France pour y être
soigné d’une crise d’hémiplégie
dont il ne s’est pas complètement remis depuis 2003.
Ses ennuis de santé ont même mis fin à sa
carrière politique. Si le dictateur Eyadema lui avait
cédé le fauteuil présidentiel après
sa lourde et honteuse défaite, vous imaginez toutes les
conséquences et le danger pour les forces démocratiques
d’une reprise de l’élection présidentielle
dans les trois mois après la victoire ? C’est vous
dire à quel point Olympio-RPT est criminel pour se permettre
de jouer avec le sort de tout un peuple. C’est un authentique
cancre politique dont le cas pathologique relève de la
psychiatrie.
Fabre n’a pas été adoubé par l’«héritier
politique et biologique» parce qu’il se méfiait
de son emprise sur le parti en son absence. La logique d’Olympio
est celle de l’héritage paternel à défendre
coûte que coûte. Il est l’héritier
de sang dont l’héritage a été volé par
le clan Gnassingbé, ce qui dans son entendement lui
donne tous les privilèges dans l’opposition. Et
l’UFC n’est que son instrument de conquête
de l’héritage paternel. Vous remarquerez à quel
point sa mentalité coïncide avec celle de Faure
Gnassingbé, «héritier politique et
biologique» comme lui. La perte du pouvoir d’Olympio
au sein de l’UFC, est la conséquence de la politique
de la chaise vide qui s’est retournée contre lui.
Fabre et ses petits copains rebelles à sa majesté Gilchrist
ont comblé le vide en occupant le fauteuil du tyran.
Olympio s’est senti trahi et a vécu cela comme
un drame tragique au point d’adopter une ligne putschiste
et dissidente avec l’appui logistique, armé et
humain du RPT de son nouveau pote et protecteur Faure Gnassingbé.
Le sentiment d’amertume d’Olympio est d’autant
plus humiliant et douloureux que, pour se prémunir contre
ce genre de révolution de palais, il a eu largement
recours au népotisme et au tribalisme en nommant pratiquement
les dirigeants de l’UFC au sein de sa famille élargie.
Il a été victime de son inculture en ignorant
que la majorité des putschs dans l’histoire sont
le fait des parents dont on ne se méfie pas. Les
fusillades entre Faure et Kpatcha Gnassingbé confirment
cette réalité historique. Conclusion : aucune
des deux branches de l’UFC n’est démocratique.
Que dites-vous de la décision de Gilchrist
Olympio de prendre part au gouvernement de large ouverture
de Faure Gnassingbé?
Ce n’est pas un gouvernement de large ouverture mais un
gouvernement fantoche de large trahison. Cela dit, cette décision
du traître Olympio n’avait que trop tardé à cause
de sa susceptibilité de vieille fille. Il aurait dû s’asseoir à la
mangeoire nationale depuis le 20 août 2006, suite au pacte
de trahison appelé Accord Politique Global (APG), mais
c’est Agboyibo qui l’en a empêché en
lui chipant le poste de Premier ministre. Ses exigences farfelues
et contradictoires avaient excédé Faure Gnassingbé qui
avait donné le poste à Agboyibo qui ne s’était
pas fait prier pour sauter sur l’aubaine. L’essentiel
des membres du Bureau de l’UFC était d’accord
pour aller dans le gouvernement RPT mais Olympio a balayé la
volonté de l’instance dirigeante de son parti du
revers de la main à cause de la primature perdue. Encore
un caprice d’enfant gâté!
C’est à ce niveau que se manifeste l’immaturité politique
de Faure Gnassingbé qui s’est révélé dans
cette affaire aux relents de corruption, comme un piètre
manœuvrier. C’est lorsque Olympio était encore
fort dans son parti, en 2006, qu’il aurait fallu le recruter
au service du RPT et non pas aujourd’hui au moment où il
ne représente plus que lui-même, et encore ! Quelle
est la stratégie de la dictature? Faire disparaître
l’opposition par la corruption à travers l’attrait
de la mangeoire: la carotte après l’échec
du gourdin clouté. En politique – le RPT depuis
Eyadema jusqu’à Faure Gnassingbé ne l’a
jamais compris – le débauchage d’un chef politique
ou d’un chef militaire n’est intéressant que
s’il apporte des troupes avec lui. C’est le B.A.-BA
de la stratégie militaire que l’on enseigne dans
toutes les académies militaires et les écoles de
guerre du monde entier. J’invite ces messieurs du pouvoir,
passablement incultes, à lire un traité classique
très ancien de stratégie militaire écrit
il y a vingt-cinq (25) siècles dans la Chine des «Royaumes
combattants»: L’Art de la guerre de Sun Tzu.
Au vu de la réaction populaire très hostile au
débauchage du monstre d’égoïsme qu’est
Gilchrist Olympio, certains RPtoches sont en train de se demander
sérieusement s’ils n’ont pas misé sur
le mauvais cheval. Ils ont à l’évidence
pris un âne pour un pur-sang. Olympio-RPT, c’est
une cosse d’arachide sans la graine. Autrement dit un déchet
politique encombrant destiné à la poubelle. Cette
opération foireuse de retournement d’Olympio-RPT
participe du phénomène que le sociologue américain
Robert Merton a appelé «serendipity»,
néologisme que l’essayiste et politicien français
Jean-Jacques Servan-Schreiber a traduit par l’ «effet
sérendip», c’est-à-dire les hypothèses
imprévues. Le fils Gnassingbé et sa clique étaient
loin d’imaginer que le fils Olympio aurait moins de poids
qu’un pet de chien une fois débarqué au
RPT. Cette opération de récupération politique
a même radicalisé la population contre le régime
illégitime du clan Gnassingbé. C’en est même
devenu le principal sujet de mobilisation contre les usurpateurs.
C’est ici l’occasion de commenter la naïveté de
la classe politique togolaise : le propriétaire de l’UFC
a toujours cru que le soutien populaire dont il jouissait était
un attachement du bon peuple à sa petite personne. Depuis
son accueil à coups de jets de pierres à la plage
de Lomé en mai 2010 par les supporters de son propre parti
et surtout l’accord de partage de pouvoir qu’il a
signé avec le RPT le 26 mai 2010, il a compris qu’une
aspiration politique est incarnée par des individus qui
jouissent d’une certaine légitimité tant
qu’ils demeurent politiquement fidèles à cette
aspiration du peuple. Ce sont les Koffigoh, Edem Kodjo, Zarifou
Ayeva, Agboyibo, Gnininvi-RPT qui doivent se sentir moins isolés
aujourd’hui dans l’opprobre populaire en accueillant
un nouveau félon dans la mare de boue où se vautrent
les cochons. «Gilchrist, woezon kaka! Woezon looo!»
Je me répète: au Togo, il ne s’agit pas
d’une alternance à réaliser ; il est plutôt
question d’une révolution à faire qui consiste à éliminer
la dictature militaire pour installer un système démocratique.
L’union des deux partis qui font le malheur
du pays depuis longtemps, n’est-ce pas la solution
pour faire sortir le Togo de la crise qu’il vit depuis
plusieurs décennies, comme le soutiennent certains
Togolais?
Effectivement, certains Togolais que je tiens pour des imbéciles
soutiennent cette thèse complètement débile
pour abuser la population dans le sens de leurs intérêts
crapuleux. Les spécialistes de ce genre de crétinisme
se recrutent beaucoup parmi les pingouins endimanchés
de la direction de la CDPA et les clowns aux nez rouges qui accompagnent
Gilchrist Olympio dans sa déchéance déhontée.
J’ai toujours pensé avec beaucoup de Togolais politiquement éclairés
que l’UFC est le RPT de l’opposition. Les faits viennent
encore de le confirmer. Que ces deux partis foncièrement
antidémocratiques en viennent à s’acoquiner,
quoi de plus normal ! La démocratie est devenue un slogan
dans la bouche fétide des pires antidémocrates
pour berner le peuple. Démocratie en paroles, dictature
en actes. C’est la «démocrature».
Telle est la triste réalité que le RPT et son «opposition» infligent
aux Togolais. Gilchrist uni à Faure, c’est le mariage
de raison de deux héritiers politiques et biologiques
qui ont transformé la République en monarchie héréditaire.
Ne faut-il pas y voir un complot des forces du passé et
de l’archaïsme politique le plus rétrograde
contre le peuple togolais dans sa volonté légitime
d’émancipation et de progrès?
L’accord intervenu entre Gilchrist Olympio
et le secrétaire général du RPT est-il,
selon vous, un accord historique ou tout simplement une trahison?
C’est tout simplement une banale pantalonnade. La convergence
existait depuis longtemps entre ces deux partis que seules tenaient éloignées
des susceptibilités. Gilchrist Olympio alias Olympio-RPT
a été créé politiquement de toute
pièce par le tyran Gnassingbe Eyadema qui a décidé d’en
faire son challenger numéro un en le diabolisant systématiquement
sur les médias d’Etat à coups de mensonges
et de montages grotesques et farfelus afin que, en cas de défaite électorale
prévisible à l’élection présidentielle
de 1998 et des suivantes, il puisse avoir un argument béton
pour ne pas céder le pouvoir : la vengeance de Gilchrist
Olympio dont il a assassiné le père. Le matraquage
systématique, insensé et quasi-quotidien des conneries
du RPT, de 1994 à 1998, ânonnées par des liseurs
de motion, délinquants ou cancres notoires sur les bancs
de l’école qu’ils ont abandonnés parce
que leurs cerveaux de varan faisaient des bulles de savon, a
conféré à Olympio l’aura du martyr
et le statut fallacieux d’opposant irréductible
dont Eyadema aurait peur. C’est l’écrasante
victoire du CAR aux législatives de 1994 qui a servi de
déclic à Eyadema qui s’est mis à penser
aussitôt à la prochaine élection présidentielle
programmée pour 1998. Eyadema qui était semi-analphabète
mais rusé, savait pertinemment que ce qu’il affichait
de détester, le peuple l’adorait en retour. C’est
ainsi qu’il a fait de Gilchrist Olympio sa créature
politique avec l’aval de la France coloniale et colonialiste.
L’un et l’autre en ont beaucoup profité :
Eyadema confisquant le pouvoir et Olympio exploitant ce statut
fallacieux pour faire fructifier ses affaires. Les autres leaders
de l’opposition étaient jaloux et irrités
par cette concurrence déloyale qui les laissait dans l’ombre.
C’est à travers ce scénario qu’Agboyibo
et le CAR perdirent leur leadership au profit d’Olympio
et de son parti par la volonté manipulatrice d’Eyadèma.
A preuve, des barons du RPT interpellés au sujet de l’opération
matraquage qui avait un effet contraire à la diabolisation
espérée dans l’opinion publique, répondaient
laconiquement avec un sourire banania de satisfaction aux lèvres: «Nous
savons ce que nous faisons».
Avant et peu après la Conférence Nationale Souveraine,
ce mec n’existait pas politiquement. C’est à peine
si certains compatriotes avaient entendu son nom à propos
des complots armés minables qu’il a organisés, à partir
du Ghana, avec beaucoup d’amateurisme et surtout d’inintelligence
contre la dictature d’Eyadema pour venger l’assassinat
de son père. Admirez la médiocrité du bonhomme
: échec total dans la lutte armée, échec
total dans la lutte pacifique. Ce raté aura tout raté dans
sa vie politique ! Si le président Sylvanus Olympio avait
pu parler avant de mourir sous les balles assassines de ses tueurs à gages
de la coloniale des troufions, il n’aurait certainement
pas confié sa vengeance à ce fils-là. Il
n’y a donc rien d’historique dans une pantalonnade,
puisqu’une pantalonnade est destinée à faire
rire l’assistance aux dépens de ses auteurs.
En votre qualité de défenseur des
droits de l’Homme, avez-vous aussi l’opinion
que la situation des droits de l’Homme se dégrade?
Actuellement, avec Faure Gnassingbé, elle est lamentable. Où sont
donc passées les élites tarées qui vantaient le changement
démocratique dans le strict respect des droits humains incarné par
Faure Gnassingbé pour justifier leur trahison et leur gourmandise de
scélérats ? Le seul argument faisandé qu’on leur
fait réciter consiste à dire qu’on ne lit plus de motions
sur les médias d’Etat et qu’il n’y a plus de marches
de soutien. Et alors ? La démocratie se résume-t-elle à l’absence
de ces deux conneries ? Les centaines d’arrestations arbitraires d’opposants,
l’entrave aux manifestations dénonçant le vol de l’élection
présidentielle et leur matraquage sauvage, la répression contre
les médias privés et l’agression contre des journalistes,
les mauvais traitements dont les détenus se plaignent, la dissolution
programmée de deux partis politiques (OBUTS et UFC), l’interdiction
de la liberté de culte caractérisée par la prise d’assaut
tous les mercredis du temple méthodiste Salem de Hanoukopé par
la maréchaussée, etc., nous ramènent aux temps les plus
sombres de la dictature sous le parti unique pourtant si inique. Les menaces,
les agressions et l’enlèvement dont a été victime
Didier Ledoux de votre journal Liberté Hebdo me choquent au plus haut
point. C’est scandaleux. J’en profite pour exprimer ma sympathie
et mon entière solidarité à Didier Ledoux et toute l’équipe
de votre journal. Il y a même eu un tout petit monsieur débauché à la
tête de la Ligue Togolaise des Droits de l’Homme qui a prétendu
aller à la mangeoire pour faire cesser les violations des droits humains.
On se demande où il est passé celui-là après s’être
fait virer de son strapontin des droits de l’Homme. Toutes nos libertés
fondamentales sont menacées par un régime liberticide et antidémocratique.
C’est pire qu’à l’époque du parti unique, qui
fut pourtant un régime carrément taré.
Gilchrist Olympio est-il complice des atteintes
perpétrées par le régime Faure Gnassingbé contre
les libertés publiques?
Bien entendu qu’il est complice et comptable des crimes
commis par ce régime contre le peuple togolais. Il devra
lui aussi en répondre demain. En n’hésitant
pas à faire réprimer ses anciens camarades et les
militants de l’UFC et en faisant bloquer le siège
de l’UFC, parti dont il est exclu, ce petit bonhomme dévoile
aux yeux des Togolais la hideur lugubre de son vrai visage d’ennemi
juré du peuple togolais. Il nous donne un avant-goût
de ce qu’il aurait fait s’il avait accédé à la
magistrature suprême de ce pauvre pays. De la même
façon, Sylvanus Olympio n’avait-il pas fait embastiller,
torturer et assassiner ses propres compagnons de lutte et ses
opposants dès son accession au pouvoir ? Les méfaits
odieux des voyous violeurs, assassins, vandales et pillards à sa
solde qui se faisaient appeler ablode sodja, constituent une
cicatrice profonde dans la mémoire des Togolais. Ces ablode
sodja jouaient à un ping-pong mortel et sanglant avec
les milices sauvages de hooligans du PTP de Grunitzky et Ajavon.
L’histoire bégaie dangereusement au Togo.
Quelle alternative reste-t-il au peuple togolais
devant la capitulation des grandes figures de l’opposition
togolaise à assouvir la soif du changement?
Il n’y a plus d’opposition officielle dans ce pays;
l’ex-opposition s’est vendue avec armes et bagage
au RPT. Une nouvelle opposition plus pugnace naîtra des
cendres de souillure des partis de l’ancien Collectif de
l’Opposition Démocratique (COD). Olympio a rendu
un très grand service aux forces démocratiques
en rejoignant son camp naturel, celui des antidémocrates
ennemis du peuple togolais. Tous ces leaders félons sont
des nullards que le peuple doit rapidement oublier à cause
de leur capacité de nuisance de pantins manipulés
par les réseaux fascistes étrangers et le RPT.
Les péripéties de la lutte sanglante imposée
au peuple togolais feront apparaître tôt ou tard
et plus tôt que tard une nouvelle opposition démocratique
et de nouveaux leaders dévoués à la cause
du peuple martyr. L’émergence d’une nouvelle
opposition n’est pas une affaire de génération
spontanée. Laissons le temps au temps et vous verrez.
Pour espérer un changement au Togo, doit-on
aller vers une refondation de la République comme
le préconise le Comité d’Action pour
le Renouveau (CAR), votre ancien parti?
Une mise au point est d’abord nécessaire avant que
je réponde à votre question. Ce que vous appelez
le CAR aujourd’hui est une usurpation scandaleuse de nom,
une mystification visant à abuser les Togolais soûlés
par la culture du mensonge. Le parti que nous avons créé et
appelé le CAR, le 30 avril 1991, une organisation véritablement
engagée dans la lutte pour libérer le peuple togolais
et que les populations avaient massivement soutenue, est mort
en 2002. Ce n’était pas une béquille du RPT
comme le pseudo-CAR actuel. Que tous ceux qui exercent actuellement
des activités politiques douteuses en utilisant ce nom
pour créer le confusionnisme dans les esprits, aient l’honnêteté d’y
renoncer en s’affublant d’un autre nom. Clarté oblige!
Pour ce qui est de la refondation de la République, je
n’ai jamais entendu une proposition politique aussi débile,
bête et méchante. Les dirigeants du pseudo-CAR ont
l’habitude de noyer le poisson pour éviter de poser
les vraies questions qui engagent les vraies réponses.
Refonder quelle République et au nom de quoi ? Le seul
vrai problème de l’heure est la refondation de l’opposition
démocratique, l’ancienne ayant été bradée
par des lustucrus, des merdaillons et des margoulins de bas étage.
Cette refondation passe par la dissolution volontaire de tous
les partis ayant appartenu à l’ex-Collectif des
Organisations Démocratiques (COD) et la mise au rancart
de tous leurs dirigeants pourris. Dans les statuts de tous les
partis et associations, il existe des articles consacrés à l’autodissolution.
Vous vous rappelez certainement que je parle du renouvellement
de l’opposition démocratique depuis plusieurs années.
Et voilà que pour torpiller cette nécessité vitale
et endormir les Togolais, le pseudo-CAR sort, comme un magicien,
un lapin de son chapeau pour faire diversion. La logique traîtresse
des dirigeants de ce parti est la suivante : si la lutte du peuple
a été trahie et bradée, c’est la faute
de la République ! Il faut donc la changer! La République
est-elle dirigée par des hommes ou par un dieu qui agit à l’insu
des hommes? Comment ce parti compte-t-il refonder la République
sans prendre le pouvoir? Toute refondation de la République
au Togo est inséparable de l’avènement de
la démocratie, donc d’un nouveau système
politique. Ce sera cela la vraie refondation de la République
et pas autre chose. Nous n’aurons jamais de démocratie
avec des traîtres à la direction des partis qui
se réclament de la démocratie. Cette proposition
vaseuse du pseudo-CAR vise à renforcer le RPT et les ennemis
du peuple togolais et à entrer dans le gouvernement fasciste.
Ses dirigeants ont pris goût à la sauce de la mangeoire
en 2006-2007 au point qu’ils s’en lèchent
encore les babines avec délectation et nostalgie. Nous
disons résolument, définitivement, totalement non à cette
pseudo-refondation de la politique du ventre. Circulez, il n’y
a plus rien à voir!
En signant l’accord qualifié d’historique
par la branche Gilchrist Olympio, Gilchrist affirmait pouvoir
compter sur la bonne foi de ses interlocuteurs du RPT. Peut-on
soutenir comme lui que le parti au pouvoir est enfin prêt à faire
des concessions à l’opposition?
Décidément, le pouvoir sans le savoir est une terrible
calamité, une tare qui doit être évitée à tous
les peuples. D’abord l’on ne qualifie pas un torchon
signé entre petits copains d’accord historique.
Ce sont les historiens et les politologues qui, avec le recul,
peuvent qualifier un évènement d’historique
par rapport à son impact sur le cours de l’histoire
d’un pays. Le politicard Olympio et ses tristes sires d’acolytes
ne ratent aucune occasion d’afficher leur ignarerie crasse.
Ils auraient dû se taire en allant à la soupe.
En effet, les systèmes politiques n’ont pas de sentiment,
ce sont des machines ; ils ont une logique implacable propre
qui les pousse à se reproduire, à durer. Il ne
s’agit pas de bonne foi mais de détruire tout ce
qui peut mettre le système en danger (répression,
corruption, récupération, adaptation, réforme,
etc.). Le système protège ceux qui en tirent le
plus de profit et ceux-ci, en retour, sont prêts à tout
pour défendre leurs privilèges et donc le système.
Le sang versé des opposants à la dictature RPToche
s’inscrit dans cette logique de survie des privilégiés
du régime fasciste. Dans le cas qui nous concerne, il
s’agit pour le système militaro-fasciste de se renforcer
en affaiblissant l’opposition par la corruption et la récupération.
Olympio est obligé de trouver des arguments pour justifier
sa trahison. Il suffit de demander leur bilan de participation
au gouvernement RPT à Edem Kodjo, Zarifou Ayeva, Gnininvi-RPT
et Agboyibo. Qu’ont-ils changé de l’intérieur
comme ils le prétendaient avec la plus mauvaise foi du
monde? La dictature a-t-elle cessé ? Les droits de l’Homme
sont-ils respectés? Les élections sont-elles démocratiques
? Le pays a-t-il amorcé son développement? Le pillage
du pays n’est-il plus d’actualité? Quid de
la corruption comme système de gouvernement et de
la culture de l’impunité? Ont-ils mis fin à la
mauvaise gouvernance? Ont-ils fait organiser les élections
locales? Silence radio. Leur bilan est désespérant
et honteux. Ils ont trompé sciemment les Togolais. Il
y a aujourd’hui un recul incontestable des avancées
démocratiques au Togo dans la mesure où il n’y
a plus d’opposition officielle. Le Togo de Faure Gnassingbé se
retrouve au niveau des années 1980, au temps du parti
unique honni et haï. L’heure est grave, très
grave. La dictature ne concèdera que des concessions qui
la renforcent et ne l’affaiblissent pas. En adhérant
réellement aux principes démocratiques, Faure Gnassingbé signerait
son suicide politique et surtout la fin de l’impunité d’un
régime criminel. En attendant, Gnassingbé a rendu
un immense service à la vraie opposition à son
régime haï en la débarrassant du déchet
politique qu’est Olympio-RPT.
Jean-Pierre Fabre est-il désormais le nouveau
leader de l’opposition togolaise?
De quelle opposition parlez-vous? Celle des vendus et des traîtres
qui ont léché la raie du cul du RPT? Des capitulards
qui ont signé l’APG, ce pacte de trahison avec
le RPT dont se réclament Fabre et sa clique à claque?
L’opposition n’existant plus, il ne peut en être
le leader. Les nouveaux leaders doivent incarner un projet de
révolution démocratique et ne s’être
pas compromis avec le RPT et être des démocrates
convaincus ; ce qui n’est pas le cas des griots qui ont
encensé Gilchrist Olympio au sein de la direction de l’UFC
jusqu’à lui lécher les pieds et le cul pour
en faire un dieu de la terre comme Eyadema, au-dessus de toutes
les règles démocratiques. Fabre fait partie de
ceux qui ont encouragé et flatté le despotisme
d’Olympio-RPT. Il ne faut pas confondre les ambitieux
avides de pouvoir avec les démocrates. C’est pourquoi
je mets Fabre et Olympio-RPT dans le même sac-poubelle.
La démocratie est devenue un mot-piège en Afrique
que tous les escrocs de la politique utilisent pour berner les
peuples. Regardez Gbagbo en Côte d’Ivoire, Wade au
Sénégal, l’idiot de village Mamadou Tandja
au Niger… leur régime ont dépassé en
despotisme celui de leurs prédécesseurs dictateurs
au pouvoir. Et pourtant, ils ont accédé au pouvoir
en brandissant la bannière de la démocratie. Nous
sommes très lucide et ne jugeons politiquement les gens
que par rapport aux actes qu’ils ont posés par rapport à la
lutte du peuple togolais pour s’émanciper de la
barbarie, du crétinisme politique, du pillage des voleurs
de la République et du néocolonialisme de la France
mafieuse dont le nom rime - pour les Nègres du continent
vivant en semi-esclavage du fait de sa politique génocidaire,
scélérate et cynique de négrier – avec
souffrance.
Entretien réalisé par Olivier Adja, Liberté |
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