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Togo-CVJR: le secret des dépositions violé:

Des bourreaux déjà informés des témoignages à charge contre eux?

27 septembre 2010

Mgr Barrigah, Président de la CVJRLe grand virage du fameux processus Vérité, Justice et Réconciliation est entamé; il s’agit de la phase des dépositions. La Commission présidée par Mgr Nicodème Barrigah-Bénissan n’a pas voulu faire les choses à moitié et a pris toutes les dispositions. Pour ceux qui ne peuvent pas faire le déplacement des antennes locales de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR), qui craignent pour leur sécurité et veulent entourer leur déposition d’une certaine confidentialité, il est installé un numéro vert, le 800 12 12 sur lequel ils peuvent appeler. Même les Togolais de la diaspora, qui sont savamment écartés quand il s’agit de participer  au choix des dirigeants de leur pays lors des élections présidentielles ou législatives, n’ont pas été oubliés cette fois-ci.

Un «espace sécurisé» est aménagé sur le site web de la Commission pour recueillir leurs dépositions. Il est loisible de voir et entendre passer en boucle sur les ondes des spots publicitaires appelant «les victimes, les témoins et les présumés auteurs de toutes sortes de violences, abus, violations des droits de l'homme et des actes de vandalismes à caractère politique commis entre 1958 et 2005, à faire leurs dépositions en vue d'établir la vérité et réclamer réparation, dans le but de favoriser la réconciliation nationale». Mais cette phase des dépositions se déroule-t-elle de la meilleure des façons? Nous étions de ceux qui, au regard du comportement contradictoire des gouvernants et ordonnateurs du processus, n’ont jamais caché leur scepticisme quant à son aboutissement heureux. Nous ne croyions pas si bien dire ; les faits semblent nous donner raison. 

Il nous revient que les antennes locales de la Commission installées à travers tout le pays sont truffées des activistes du pouvoir. On fait surtout cas de celles installées dans les localités qui ont connu plus de violences en avril 2005, majoritairement de la partie méridionale du pays. Quoi de plus que le secret des dépositions soit violé. Il nous est justement rapporté un cas à Lomé. La personne mise en cause par sa victime dans sa déposition, serait déjà informée de tout et userait de menaces et intimidations à son endroit. C’est simplement le réseau d’activistes insérés dans cette antenne qui a été mise à contribution. Cela risque de se passer un peu partout de la même façon. Les bourreaux du millier de Togolais en 2005 qui écument les arcanes du sérail, d’ailleurs nommément identifiés par les différents rapports d’enquêtes, du moins leur bord politique ou leur corps de métier, seront mis au courant des dépositions contre eux et fileront leurs auteurs. C’est la vie même de ces derniers qui est en danger. Déjà victimes des violences en avril 2005, ils risquent d’être à nouveau victimes de la vengeance de leurs bourreaux, qui gardent encore tous leurs privilèges et leurs forces de frappe. Ayant rendu service au pouvoir, certains ont même reçu des promotions. Voilà qui n’encourage pas à aller faire des dépositions.

Cette composition partisane des antennes locales n’est autre que le reflet du Bureau directeur même de la CVJR. Nous l’avons toujours dénoncé depuis le début, il est rempli de militants ou sympathisants du pouvoir. On y compte des gens qui ont une responsabilité plus ou moins directe dans la survenue des événements d’il y a cinq ans, comme la présidente de la Commission électorale nationale indépendante (Céni) de l’époque, Mme Kissem Tchangaï-Walla, un chef traditionnel, des plus zélés militants avérés du Rassemblement du peuple togolais (Rpt) des plus zélés qui ne jure que par le «Leader nouveau», un historien diaboliquement tribaliste - plus tribaliste que lui, tu meurs! - et plein d’autres membres dont le penchant politique n’est pas un mystère. Le peu de membres, sinon le seul dont la neutralité politique est plus ou moins assurée est le prélat qui préside aux destinées de la Commission. Devrait-on mieux attendre de ce processus?

C’est faire preuve de naïveté que d’en espérer grand-chose. Même si la volonté du prélat de voir réconciliés les Togolais est réelle et totale, ces compositions partisanes de la Commission mère et  de ses antennes locales risquent de le desservir. Les premiers crocs-en- jambe qui lui seront faits devraient provenir des gens de son entourage immédiat. Et il faudra ensuite compter avec l’hypocrisie des gouvernants qui  professent la vérité, la justice et la réconciliation dans les discours mais entreprennent des manœuvres de l’ombre pour saborder le processus. Entre-temps il a été rapporté que des individus qui n’avaient pourtant pas mandat de la CVJR, avaient commencé à circuler dans les localités pour prendre des dépositions avant même le démarrage officiel de cette phase. Cela avait même valu une mise au point de Mgr Barrigah. Même s’il n’avait pas été plus explicite sur les auteurs de ces manœuvres et leurs commanditaires, tout esprit avisé devrait avoir une idée sur leur bord politique. Ce sont des gens qui ont des responsabilités tranchées dans la survenue de ces événements d’avril 2005 et n’ont pas intérêt que toute la lumière s’y fasse et qu’ils soient démasqués. Et d’après les différents rapports d’enquêtes, les tout premiers mis en cause ce ne sont pas les militants de l’opposition, ce sont…

La volonté du pouvoir de réconcilier véritablement les Togolais fait défaut. Au même moment où on crie à la paix et à la réconciliation, les droits les plus élémentaires des citoyens, garantis pourtant par la Constitution sont piétinés. Les populations n’ont plus le droit de manifester, de prier, l’opposition et la liberté de presse sont étouffées. Les contestataires de la « victoire » de Faure Gnassingbé sont l’objet de violences policières au quotidien, la vie même des leaders du Front républicain pour l’alternance et le changement (Frac) menacée. C’est visiblement un simulacre de processus qui est en train d’être mené, et Mgr Barrigah risque d’y donner sa caution, et celle de l’Eglise catholique.

Tino Kossi, Liberté

 

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