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Non respect de la journée «Togo mort»:

Et si les Togolais étaient… très contents de leur sort???

18 octobre 2010

Les togolais toujours prompts à voter pour le changement et crier leur ras-le-bol de la monarchie au pouvoir, mais qui hésitent à "prendre les taureaux par les cornes"Vendredi 15 octobre dernier était censé être une journée sans travail. Le Groupe de réflexion et d’action contre la vie chère et les droits économiques, sociaux et culturels (Gravdesc) avait appelé à une journée «Togo mort» pour dénoncer les conditions «déplorables» de vie des travailleurs, le coût élevé de la vie et «demander au gouvernement de revoir la situation de précarité des travailleurs, les prix sur le marché, les conditions de vie et de travail des étudiants». Mais il faut l’avouer, l’appel n’a été respecté que timidement; un euphémisme pour ne pas dire qu’il n’a pas été du tout respecté.

Constat d’échec
Pour une des rares fois, et cela ne nous ressemble pas du tout, il faut concéder à l’enceinte acoustique du pouvoir et de Faure Gnassingbé son constat. «Lomé au travail», titrait en manchette le site de la désinformation «republicoftogo.com», et d’écrire: «Togo mort», le mot d’ordre lancé par le «Groupe de Réflexion et d’Action Contre la Vie Chère et les Droits Economiques et sociaux culturels au Togo» (GRAVDESC) n’a manifestement pas été entendu par la population». Il n’en demande pas mieux. C’est le même constat que devrait avoir fait tout observateur avisé, avec tout de même quelques nuances. Seul au petit matin on pouvait noter une petite timidité, les transports en commun et autres taxis-motos n’étant pas sortis. Mais jusqu’à la mi-journée, «la circulation était (presque) normale à Lomé et la plupart des commerces ouverts». Administrations, banques, poste et hôpitaux ont fonctionné comme si de rien n’était.

Même constat chez le confrère en ligne icilome qui reprenait les écrits de mo5-togo.com. «Journée «Togo mort» très peu suivie par la population de Lomé», titrait-on à la une. «La journée «Togo Mort» de ce 15 octobre, lancée par le GRAVDESC est très peu suivie à Lomé. Plusieurs commerces ont ouvert mais de nombreux services ont tout de même fermé. La circulation était fluide sur les principales artères de la capitale en début de journée avant que tout ne redevienne normal dans la mi-journée», lit-on par ailleurs. Tous les secteurs d’activités ont aussi repris avec la circulation.

Des revendications pourtant justes
Cette journée est un échec par rapport à celle du 02 juillet lancée par l’Association togolaise des consommateurs (Atc) qui fut massivement suivie. Et pourtant les mobiles qui sous-tendent cet appel lancé, la cause défendue sont nobles. Ce n’est pas une lutte exclusive que mène le Gravdesc. Le regroupement d’associations de la société civile ne lutte pas pour une catégorie de profession, mais pour tous les Togolais. Autant les travailleurs du public que du privé, les étudiants, les consommateurs que la population sont visés. Dans la plate-forme soumise au gouvernement, on pourrait noter pour les travailleurs, entre autres, l’exigence de la révision à la hausse de la grille salariale, des pensions des retraités, le respect et l’application du SMIG dans les entreprises tant publiques que privées, le renforcement du pouvoir d’achat, bref l’effectivité des engagements pris par le gouvernement lors du dialogue social tripartite, et pour les étudiants la révision à la hausse des aides et bourses. Dénoncer le coût trop élevé du prix des produits pétroliers en violation de la Directive n° 06120011 CM/UEMOA du 26 novembre 2001 portant harmonisation de la taxation des prix des produits pétroliers au sein de l’UEMOA, le coût trop élevé des biens d’équipements et des services, des denrées alimentaires telles le riz, les pâtes alimentaires, les conserves et autres, du ciment et des matériaux de construction, tout cela à cause des faux frais et fausses taxes douanières fixées illégalement par certaines structures, le coût onéreux des documents tels la carte d’identité, la nationalité, le passeport, le permis de conduire,  exiger du gouvernement la lutte contre la corruption et l’injustice sociale, une répartition équitable des richesses nationales, la bonne gouvernance, la prise de mesures adéquates contre les inondations, l’accès des couches défavorisées aux besoins essentiels, voilà les revendications pour la cause des consommateurs et de toute la population. Ces exigences n’ont rien de politique, ce  sont des conditions sociales déplorables, des fléaux que vivent tous les Togolais et chacun aspire à une amélioration!

Le Togolais, un cas pathologique?
Défaut de communication? Indifférence pathologique du Togolais? Comment peut-on expliquer cette bouderie du mot d’ordre par les populations bien que ce soit leur mieux-être qui soit visé? Une pareille attitude ne peut que révolter les leaders d’opinions, les hommes et femmes engagés dans la lutte pour la cause des populations et toute âme imbue de mieux-être au Togo. «Qu’on ne me dise pas de comprendre ce non respect du mot d’ordre par les Togolais. Dans tous les pays au monde ce sont les populations elles-mêmes qui changent ou font changer le cours de leur vie. Elles manifestent contre des mesures antisociales pour pousser les gouvernants à améliorer leur sort ; en France par exemple on manifeste contre la réforme des  retraites. Le Gravdesc n’a pas demandé aux travailleurs de descendre dans la rue pour marcher, il les a juste appelés à rester chez eux pendant une journée de travail afin de montrer aux gouvernants qu’ils ne sont pas d’accord sur leur situation. Et là aussi, ils ne sont pas capables de le faire! Ce n’est pas du tout encourageant, peste un compatriote militant des droits de l’Homme. Je n’en tiens pas trop rigueur aux employés de la Fonction publique. On parle de notes circulaires les ayant menacés de venir au service vendredi, au risque de mettre leur boulot en péril. Mais combien sont-ils à côté de la grande masse des travailleurs du Togo? Je suis peiné quand j’entends des gens dire: qu’est-ce que je vais manger si je ne vais pas au boulot? C’est peut-être pertinent, mais faudrait-il se contenter du quotidien et ignorer le futur? Les vraies questions qu’il fallait se poser devraient être : de quoi mon avenir sera-t-il fait? Quel sort réservé-je à mes enfants en acceptant le fait accompli?».

«Le Togolais est un cas pathologique que peint bien cette allégorie; c’est ce malade qui souffre de coliques et gémit abondamment, mais amené à l’hôpital, devant le docteur il se tait ou feint de se porter bien. Logiquement  le médecin soignant  ne va pas lui prescrire une ordonnance, mais voilà une fois de retour à la maison, il recommence à gémir…Notre problème est psychologique et j’ai le sentiment que ce trait de caractère devient héréditaire. On pense que la lutte pour le mieux-être, et au-delà pour l’alternance, c’est l’affaire des autres, c’est le chantier des leaders politiques, oubliant que c’est le peuple qui se libère. Le Togolais a besoin d’un Freud pour le soigner», fustige un sociologue. 

Au demeurant, il faut redouter un découragement de la part des leaders de toutes ces organisations regroupées au sein du Gravdesc, car le peu de sacrifice qu’ils ont demandé aux Togolais n’a pas été consenti. Les syndicats et autres opposants traditionnels ont démissionné de leurs prérogatives et ce sont la Ligue togolaise des droits de l’homme (Ltdh), l’Association togolaise des consommateurs (Atc),  l’Association togolaise des droits de l’homme (Atdh),  Vie de qualité (Vq) et  la Fédération togolaise des travailleurs de bois de la construction (Ftbc) qui maintiennent encore la flamme de la contestation sociale pour les unes, et de veille en matière de droits de l’Homme en plus pour les autres. Le non respect par la population de ce mot d’ordre aura pour effet de ragaillardir le pouvoir politique. Les gouvernants en place vont conclure qu’en fait les Togolais supportent le sort qu’ils leur réservent, du moins ils ne s’en plaignent pas. «Pareil comportement ne peut que doper le régime en place à prendre des mesures anti-sociales qui consisteraient à saigner à fond les contribuables pour renflouer les caisses noires. Quand les gouvernants savent qu’ils peuvent augmenter les prix du carburant de 30 % et les Togolais ne feront que maugréer les tout premiers jours et consommer la décision plus tard sans broncher, ils ont tous les arguments de porter cette hausse à 50 % et plus… Jeter l’anathème sur les seuls leaders politiques de l’opposition et leur faire porter le chapeau de l’échec de l’alternance au Togo, c’est avoir tout faux. Il faut l’avouer, le peuple togolais ne joue pas sa pleine partition. En réalité le Togolais n’est pas trop à plaindre. Il s’avère au demeurant que les peuples n’ont que les dirigeants qu’ils méritent», s’emporte un concitoyen.

Tino Kossi, Collaborateur www.etiame.com à Lomé

 

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