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Togo: Non délivrance du récépissé à l’ANC:
Volonté manifeste de rallonger
la trêve décrétée par Fabre et ses
partisans
28 octobre 2010
Hier mercredi 27 octobre 2010 était le deadline pour
la délivrance ou non du récépissé aux
responsables de l’Alliance nationale pour le changement
(Anc) portée sur les fonts baptismaux le dimanche 10 octobre
dernier et dont la déclaration officielle a été faite
trois (03) jours plus tard. Mais la fumée blanche n’est
pas apparue. Le ministère de l’Administration territoriale,
de la Décentralisation et des Collectivités locales
n’a pas délivré le précieux sésame.
Au motif que le dossier comporte des irrégularités.
La petite bête trouvée
La légèreté des mobiles de rejet avancés
par le ministère est scandaleuse et laisse à désirer.
On parle de nom et prénoms qui ne seraient pas identiques
sur différentes pièces de certains dossiers introduits – par
exemple Kossi écrit avec un seul «S» par
endroits et deux «S» ailleurs- de l’identité des
parents de membres fondateurs qui comporterait un seul
prénom sur certaines pièces et deux sur d’autres.
Certains dossiers ont été rejetés juste à cause
de l’intitulé du document attestant l’origine
ou la résidence du postulant. Seules les «Attestations» d’origine
ou de résidence sont acceptées, les «Certificats» d’origine
ou de résidence ne sont pas les bienvenus. Alors que les
deux termes sont juste des synonymes et désignent la même
chose. Le plus ridicule est l’argument relatif aux signatures.
Certains dossiers ont été récusés
parce qu’ayant été signés par des
Secrétaires généraux de préfectures
et non les préfets eux-mêmes. C’est assez
pitoyable car la délégation de signature existe
dans toute administration, et ces documents ont été signés
en l’absence des représentants du pouvoir central. «Pascal
Bodjona a cherché et trouvé la petite bête
pour ne pas délivrer le récépissé.
Connaissant le pouvoir en place, moi je m’y attendais.
C’est le contraire qui m’aurait surpris»,
glose un leader politique.
Retarder l’échéance au maximum…
Il y a une volonté manifeste du pouvoir de repousser au
maximum l’échéance de délivrance du
récépissé de création de l’Anc.
Selon les informations, c’est au total deux cent (200)
dossiers de membres fondateurs qui ont été introduits
dans la déclaration, et c’est soixante-deux (62)
qui ont été rejetés pour les motifs légers
susévoqués. « Les fondateurs d’un parti
politique doivent être au minimum au nombre de 30 provenant
des 2/3 au moins des préfectures », stipule l’article
11 de la loi n°91-04 portant Charte des partis politiques.
Selon un connaisseur de la chose juridique, cette disposition
suffisait pour que le dossier soit accepté. «Sur
les 200 dossiers introduits, si 62 sont rejetés, cela
induit que les cent trente-huit (138) autres sont bons, et cela
suffit pour justifier la délivrance du récépissé puisque
la grande majorité des dossiers est impeccable. Le seul
exercice serait alors de vérifier si ces 138 membres proviennent
des 2/3 au moins des préfectures, comme l’exige
la loi», réagit-il.
Par ailleurs, le ministre de l’Administration territoriale
a attendu les toutes dernières heures de l’échéance
des quinze jours indiqués pour la délivrance du
récépissé avant d’aviser Jean-Pierre
Fabre et les siens des pseudo irrégularités constatées.
On parle d’un courrier qui leur a été amené au
siège mardi autour de 17 heures. La stratégie est
visiblement de ne pas leur donner le temps suffisant pour corriger
les erreurs. Il aura donc fallu quinze (15) jours à Pascal
Bodjona pour découvrir ces irrégularités
mineures, qu’on aurait pu relever en une poignée
d’heures si on s’y mettait. Le pouvoir aurait cette
volonté de délivrer à temps le récépissé,
qu’on aurait pu aviser très tôt les responsables
du parti des erreurs, leur permettre de les corriger dans le
délai des 15 jours requis, et ainsi obtenir le précieux
sésame.
Il nous revient que dans la recherche de la petite bête
pour retarder l’échéance, des contacts ont été pris
avec le Président national de l’Union des forces
de changement (Ufc), son Excellentissime Gilchrist Olympio pour
avoir la liste des démissionnaires du parti et la passer à la
loupe. Selon les indiscrétions, cet examen minutieux aurait
permis de détecter deux membres de l’ex-Ufc dont
les noms ne seraient pas sur la liste des démissionnaires
du parti, mais figureraient parmi les membres fondateurs de l’Anc.
… Et faire durer le répit
Toutes ces manœuvres participent tout simplement d’une
stratégie du pouvoir de ne pas délivrer à temps
le récépissé, afin de rallonger au maximum la
trêve décrétée unilatéralement
par Jean-Pierre Fabre et les siens, dans les manifestations de
contestation des résultats proclamés du scrutin
du 04 mars dernier et la réclamation de leur victoire
volée. Voici depuis trois (03) bonnes semaines que le
Front républicain pour l’alternance et le changement
(Frac) a arrêté les manifestations, et apparemment
cela fait du bien à Faure Gnassingbé et les siens
qui ont tout intérêt à faire durer ce répit.
Il faut redouter que les gouvernants manœuvrent pour prolonger
la jouissance. Le ministère de l’Administration
territoriale va attendre au dernier moment pour relever une autre
anomalie, ou bien les préfets seront réticents à signer
les documents requis. Mais jusqu’à quand ce répit
va-t-il durer?
Selon les juristes, le nouveau parti peut même commencer
ses activités politiques une fois le délai des
quinze jours passé. Dans l’entourage de Jean-Pierre
Fabre, on est tout de même serein. «On sait que
c’est du dilatoire que fait Pascal Bodjona. Mais on va
quand même corriger les fameuses irrégularités
relevées. Ils ne vont pas repousser indéfiniment
l’échéance». L’article 14
de la Charte dit en son alinéa 3: «Au cas où le
ministre de l’Intérieur estime que la déclaration
n’est pas conforme, il en avise le parti politique dans
le délai prévu à l’alinéa 2
du présent article par décision dûment motivée à peine
de nullité. Le parti politique peut dans les trente (30)
jours suivant la notification, réparer l’irrégularité ou
saisir la juridiction administrative dans un délai de
quinze (15) jours». «Comme nous sommes légalistes,
nous pouvons faire encore le sacrifice d’attendre un mois
et obtenir notre récépissé. A moins qu’ils
inventent autre chose pour nous le refuser, et là toute
la communauté internationale sera témoin… Ils
ont besoin de calme et de sérénité pour
gouverner et ils savent très bien ce qu’ils ont à faire
pour les acquérir. Mais ils préfèrent du
dilatoire, des faux-fuyants et du patchwork», réagit
un ex-lieutenant de l’ «Opposant historique».
Tino Kossi, Liberté |
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