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Tragicomédie électorale en Côte d’Ivoire:

La peur de l’embrasement fait réagir la communauté internationale

03 décembre 2010

Youssouf Bakayoko, le Président de la Commission électorale indépendante (CEI) en Côte-d'IvoireFrontières fermées, médias internationaux coupés, des scènes de violence partout dans le pays entraînant des morts. Voici le tableau d’après élections présidentielles du dernier tour qui s’est déroulé le dimanche 28 novembre 2010.

L’élection présidentielle en Côte d’Ivoire, après s’être illustrée par des reports successifs – six de suite depuis 2005-  au point d’être à l’origine d’une nouvelle expression à l’Académie française- c’est une élection  en Côte d’Ivoire, ce qui signifie un évènement maintes fois reporté et qui ne vient jamais- s’est ensuite signalée sous un autre angle: l’attente des résultats. Le verdict du second tour organisé le dimanche 28 décembre s’est fait désirer. Le délai légal de 72 heures prévu  par la loi électorale est passé sans que ces résultats ne soient proclamés. Le porte-parole de la Commission électorale indépendante (Cei) Bamba Yacoubou allait s’exécuter mardi. Mais il en a été empêché par un des représentants de Laurent Gbagbo, Damana Adia Pickass qui a surgi et arraché de ses mains les feuilles de résultats qu’il a déchirées, devant les cameras du monde. Mais depuis hier les résultats sont connus.

Les résultats et l’imbroglio juridique
Le président Youssouf Bakayoko s’est exécuté dans un hôtel d’Abidjan. Les résultats rendus publics donnent vainqueur Alassane Dramane Ouattara avec 54,1% des suffrages contre 45,9% pour Laurent Gbagbo. Un grand pas vient d’être franchi. Mais cette proclamation inaugure une autre ère de contestations. Pour le camp du perdant, cette proclamation est illégale, nulle et de nul effet et on ne jure que par le conseil constitutionnel, qui a quelques heures plus tôt saisi le patron de la Cei pour lui demander de lui transférer les résultats.

Les résultats sont certes proclamés, mais la Côte d’Ivoire n’est pas sortie de l’auberge. C’est une bien belle tragicomédie qui se joue, à cause de l’ostracisme manifeste d’un camp de ne pas reconnaître sa défaite. Les résultats étaient en réalité connus depuis lundi par les différents Etats-majors. Tout observateur avisé devrait d’ailleurs s’être fait une idée sur le vrai gagnant des urnes, à voir les agitations depuis lundi du camp Gbagbo, qui a requis l’annulation du vote dans quatre (04) régions du Nord favorables à son rival. Aujourd’hui la tension est perceptible. Chaque camp est gonflé à bloc et on se livre à une guerre des mots par médias interposés. Des affrontements ont été déjà signalés. Les contingents des Forces nouvelles et de l’Armée régulière qui étaient déployés dans les zones adverses pour la sécurisation de ce second tour ont regagné leurs bases respectives. Il y a visiblement de l’électricité dans l’air, et ça peut péter à tout moment. C’est ici donc que les appels à la raison ont toute leur importance.

Le bon rôle du monde «civilisé»
De l’Union Européenne à l’Organisation des Nations Unies en passant par les grandes puissances occidentales, on s’est déjà investi à fond dans l’organisation du processus autant financièrement, matériellement que moralement. Et depuis les évènements de mardi, les appels à la raison se multiplient. Mercredi, c’était un ballet diplomatique au siège de la CEI. Les différents représentants des puissances et institutions étrangères ont été dépêchés pour apporter le soutien nécessaire à Youssouf Bakayoko afin qu’il publie les résultats dans le délai légal des 72 heures. Le pouvoir français avec en tête Nicolas Sarkozy, Washington et son secrétaire d’Etat Hilary Clinton, Bruxelles, le représentant spécial de l’ONU en Côte d’Ivoire, bref le ghota des puissances occidentales a constamment appelé à la proclamation des résultats, au respect du verdict des urnes, les deux camps adverses et toute la population au calme. Ce qui est tout à fait normal, c’est le monde «civilisé» qui a consenti le sacrifice nécessaire pour que le processus électoral se tienne, et la Côte d’Ivoire revient de loin. Quid alors des institutions et du syndicat des chefs d’Etat «nègres»?

La «négraille» en contemplation
C’est bizarrement le silence radio. En tout cas les voix qui se sont élevées sont assez timides et se comptent au bout des doigts. Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine- hum…, réuni mardi soir à Tripoli en Lybie, a juste demandé « aux parties ivoiriennes d’accepter le verdict des urnes et la volonté populaire et, le cas échéant, de ne faire recours qu’aux mécanismes et processus prévus par la loi pour le règlement de tout contentieux », et d’appeler la communauté internationale à soutenir «pleinement les efforts de la CEDEAO et l’UA visant à assurer la conclusion réussie du processus de paix et du processus électoral en Côte d’Ivoire». On n’a pas eu le courage de condamner ouvertement les agissements du syndiqué Laurent Gbagbo et lui demander de reconnaître sa défaite. Quels sont d’ailleurs ces pseudos «efforts»? Et la CEDEAO justement à laquelle appartient la Côte d’Ivoire ? Hier dans la soirée elle a aussi gribouillé un communiqué pour féliciter l’appel lancé depuis des jours par le monde «civilisé»! Et l’UEMOA, le tout premier regroupement sous-régional auquel appartient la Côte d’ivoire? Quid de l’élite africaine en général?

Il existe un Facilitateur dans la crise ivoirienne, du nom de Blaise Compaoré. A ce titre il est très concerné par cette tragicomédie et devrait être le tout premier personnage à briser le silence. Mais on ne l’a pas encore entendu jusqu’alors. C’est également le silence plat chez les autres  chefs d’Etat du continent. Même ceux-là qui jouent aux meilleurs panafricanistes, en tête le Guide libyen Mouammar Kadhafi qui s’affuble du titre «roi des roi» d’Afrique, ont perdu leur latin. Après tout c’est pour les voir se dresser sur leurs ergots et brandir une certaine souveraineté et indépendance de l’Afrique devant le monde «civilisé» qui est aux côtés du peuple ivoirien, et aussi crier à l’Union de l’Afrique!

Tino Kossi, Liberté

 

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