Togo: Après plus de 41 ans de
gestion du pays:
Anniversaire du RPT devant le miroir
d’une république mutilée
15 décembre 2010
«L’art de gouverner, c’est quand les populations
sont contentes et que les populations voisines affluent.» disait
Confusius (551-479) avant Jésus-Christ. Dans la réflexion
du philosophe chinois se libère l’art de gérer
les affaires de la cité avec une obligation de résultats
qui construisent le progrès, le bien-être, l’appétit
de vivre au bénéfice du peuple. Partout dans
le monde, les pôles de bonheur suscitent toujours de
la convoitise. Cette réalité s’édifie
dans l’optique de la bonne gouvernance de l’auteur.
Il en fait une donnée pour régenter, conduire
la destinée d’un peuple.
Le bonheur se vit en partage avec le plus grand nombre. Le grignotage évident
des fruits de la croissance par tous les malheureux de la terre
est une générosité, une solidarité avec
les autres qui certifie les grandes réussites de la gouvernance.
Même si aujourd’hui certaines sociétés
prospèrent avec le fantasme de vivre dans des oasis de
bonheur loin des étrangers, il n’en demeure pas
moins vrai que les barrières qu’elles imposent ne
rebutent jamais ceux des contrées aux calamités
multiples, aux déchirures humaines. LA BRUYERE a peut-être
raison lorsqu’il déclare dans Les Caractères: «Il
y a une espèce de honte d’être heureux à la
vue de certaines misères.»
Nous autres Togolais, nous savons avec certitude que le parti
du grand Rassemblement qui s’est auto élu pour mettre
sa main calleuse sur le patrimoine national n’a ni fait
de ce bout de terre une oasis, ni une terre de l’espérance.
Il a singulièrement détruit le ferment d’un
rêve dans une évolution sans trajectoire qui a
perdu la maquette: Togo, Suisse d’Afrique.
Aujourd’hui, des milliers de familles dans notre pays
ont encore un souffle de vie par le soutien de nos compatriotes
disséminés sur le globe, au fer et au charbon,
saignant et gémissant sous le poids de mille difficultés
pour aider leurs proches restés au pays à ne point
mourir.
Qu’avons-nous fait des ressources du sol et du sous-sol
des organes des biens et services ? Que faisons-nous des ressources
des phosphates, du clinker, du café, du cacao, du bois,
du coton, des douanes, du port, du Togo-Télecom…
Devant notre propre miroir, nous découvrons nos mutilations.
Elles s’étendent dans la formation, dans les soins
de santé, dans les infrastructures, dans les loisirs et
les sports. Aucun domaine n’est capable de nous flatter
l’orgueil d’être Togolais. La politique du
crime, de la répression, des massacres, des forfaitures,
des falsifications, du mensonge et du faux nous mêle à une
histoire terriblement abjecte sans nous, qui, pourtant nous met
des clichés peu élogieux. Le Rassemblement des
Prédateurs du Togo fait montre d’un génie
fort rare de la transgression des lois, de la morale, de l’éthique,
de la logique, du bon sens, de la citoyenneté, de l’humanité,
de la valeur intellectuelle pour se maintenir au pouvoir. Quand
les règles et les normes meurent dans une société,
la descente aux enfers de tout le corps social est effrénée.
Ceux qui n’ont guère de honte dans leurs échecs,
dans leur manque d’esprit, dans le viol des normes perdent
automatiquement les sens de l’Humanité. Ils ne peuvent
rien produire qui soit un support à la valeur humanisante
d’une vie. Leur esprit retors est dépourvu de tout
levain qui féconde le progrès et fait le bonheur
des peuples.
Notre saturation d’indigence collective est affichée
sur nos fronts, vue et lue partout dans le monde. Le sadisme
invétéré par lequel règne le Rassemblement
ne fait jamais sa mue en quarante et un an continue de dévaster
le pays en lui donnant un visage d’une zone de guerre.
Cet anniversaire dans un Togo grabataire peut-il donner une
légitime fierté au RPT de servir dignement une
terre, un peuple, une histoire commune pour en bâtir une
République ?
Au fond de chaque Togolais n’y a-t-il pas une grande lacération
qui aboutit à cette conclusion que notre maladie honteuse
est le RPT?
1) Leurres et malheurs de l’unité sur mesure
Le livre vert du parti a posé clairement les fondements
d’une société nouvelle qui sollicite la convergence
nationale pour l’unité, le progrès et le
développement.
Mais, aucun développement n’est a priori. Il est
un vrai combat sur le terrain après l’avoir été dans
la tête. Il a pour socle la justice, le respect de l’autre,
la transparence, un compte-rendu à chaque étape
d’un projet, la vérité, l’écoute,
l’éducation.
Quand dans la conduite tout apparaît comme un abus de
confiance, un tissu de mauvaise foi et de mauvaise conscience,
un trompe-œil qui génère des falsifications
agressives, le mensonge éhonté et du faux, les
esquives, la non-coopération et la résistance civile
s’érigent en cuirasse dans une légitime-défense
du peuple.
Ce peuple si intelligent, dans sa force tranquille a vite compris
les intentions inavouées d’un parti qui se met un écran
de fumée sous lequel s’entretiennent savamment la
division, l’ethnicisme, le tribalisme, toutes les identités
meurtrières et le vol organisé. Les quelque faire-valoir
piochés ça et là pour couvrir un jeu politique à base
de repli identitaire et d’exclusion n’ont jamais
pris à défaut l’opinion nationale, la perspicacité des
Togolais qui savent, quand il le faut, dormir comme des crocodiles
ou des alligators. Ils ont tous les yeux ouverts en faisant semblant
de dormir.
Une épuration ethnique de l’armée, de la
gendarmerie, de la police isole les tribus, les départements,
les régions des postes de commandements pour faire place à une
ceinture de protection référentielle sur des bases
parentales, ethnicistes, exclusives aux privilèges astronomiques
et favorisant des unions endogames pour pérenniser le
régime.
Même dans nos écoles et surtout dans nos universités
on a distillé dans les esprits le venin d’un évitement
ou plutôt de l’ennemi assis à l’ombre
des cocotiers à l’opposé des conciliabules
et d’un encouragement de la fraternité de tous ceux
qui sont à l’ombre des kapokiers. La stratégie
est de faire de tout le nord un captif d’un système
prédateur de l’économie nationale qui dans
le fond, ne résoud aucun problème relatif au progrès.
L’idéologie Nord-Sud est une utopie du gain et du
développement qui utilise quelques têtes pour renforcer
un régime sans un réel programme de développement
du Nord. L’AMENTO (Amicale des Etudiants du Nord Togo)
a été un instrument de propagande d’une situation
victimaire et d’une aisance confisquée par le sud,
dans un mépris de la qualité de l’homme du
nord. L’AMESTO, quant à elle mourut dans l’œuf
par une mobilisation des cadres et des chefs du sud envoyés
en commandos pour dissuader les étudiants du sud mis sous
pression de coupures de bourses.
Dans le métier des armes, à l’université,
dans l’administration, dans la société civile,
dans les syndicats le régime RPT a entretenu une phobie
de l’autre Togolais pour garder le pouvoir et ne rien faire
de bon pendant quarante et un an ni pour le Nord ni pour
le Sud.
Fort heureusement, au Nord comme au Sud beaucoup comprennent
la manœuvre, cette manipulation dangereuse de l’appartenance
spatiale. Les relations matrimoniales entre les citoyens togolais
brisent le carcan identitaire, un ghetto inique d’une évolution
impossible érigé en un système de gouvernement.
2) Les chaînes de rabais dans la formation
Le parti n’a pas toujours daigné recourir aux compétences
dans sa gestion. Il fonctionne par un remplissage des postes
et sait en créer pour les remplir de ses militants sans
tenir compte des déficits de ceux à qui on en confie
la gestion. Comme l’origine où le militantisme creux
suffit pour exercer une parcelle de la responsabilité sous
le régime, le RPT a introduit un mode d’évaluation à deux
vitesses pour les candidats au Baccalauréat. Il avait
simplement détourné le système français
des académies dans l’organisation de l’examen
baccalauréat à des fins de solidarité maladive
pour produire en vitesse des diplômes au nord.
Nous avons assisté dans ce pays à deux types d’épreuves
de baccalauréat. Les épreuves du sud étaient
carrément différentes de celles du nord. Quand
les élèves du sud qui accumulaient des échecs
avaient compris ce favoritisme clairement exprimé, ils
se sont mis à se faire candidats au nord avec de grands
succès. C’est précisément dans ce
non-sens que le régime a évolué et a beaucoup
de peine à se débarrasser de ses habitudes vieilles
qui ont mis sur des cales un pays qui a perdu son activité motrice.
Le slogan: «Aucun sacrifice n’est trop grand
lorsqu’il s’agit de la jeunesse» ne
s’est jamais appuyé sur l’excellence et
la compétence mais le sens que recouvre singulièrement
une dimension de soutien aveugle au pouvoir, un militantisme
plutôt pervers. Les investissements dans les groupes
d’animations et la formation des miliciens sont édifiants
et ne peuvent pas nous contrarier.
Dans l’administration, nous assistons à des recrutements,
apparemment sur concours. En réalité les bases
sont familiales, tribales, ethniques, régionales et d’engagements
militants. Nos services publics sont fortement ankylosés
par une absence de répondant due à l’incompétence, à l’insuffisance
de la formation, au favoritisme. De plus en plus, on parle de
faux diplômes dans nos services. Le mal est que nous tardons à clarifier
cette situation pour faire une guerre des tranchées à ce
phénomène.
3) Les sociétés d’Etat, une caisse
noire du parti
Le meilleur moyen que le régime a inventé pour
faire avorter le progrès dans notre pays, c’est
de mettre la main sur nos ressources, les secteurs de production,
de les convertir en propriétés privées,
d’en user à satiété, de débaptiser à loisir
les sociétés, d’effacer ou de dissimuler
les malversations, de les rebaptiser avec de nouveaux acteurs
pour les mêmes résultats. Aucun système de
contrôle ou d’audit ne s’occupe de ce va-et-vient.
Dans l’Afrique noire est mal partie de l’agronome
français René DUMONT: «L’épargne
et le réinvestissement dans les secteurs de production
impulsent le développement.» Qu’avons-nous épargné de
nos bénéfices sur les exploitations des ressources
du sol, du sous-sol et sur celles des biens et des services?
Le manque de civisme, de moralité, d’éthique,
d’esprit est une absence de responsabilité qui décapite
le progrès, la croissance, le bien-être nécessaire
au bonheur collectif des peuples. De l’OTP à la
SNTP, du FER au «nouveau FR», du TOGO-TELECOM
au nouveau «TOGO-TELECOM» les réalités
sont identiques les audits sont aux calendes grecques.
A proprement parler, l’abîme de ce pays est un roulement
de la parentèle des membres du parti sur les ressources
de la République privant sévèrement le pays
d’une redistribution de la richesse et du réinvestissement.
Une mutation du bien public en bien privé, exclusif, excessif
fait des citoyens des captifs au service d’une minorité pour
qui ils travaillent.
Aujourd’hui, l’engagement du parti à écumer
nos ressources, à s’en approprier sans le moindre
investissement nous permettant de les rentabiliser nous a transformé en
de vrais handicapés, boitant des deux pieds une gamelle à la
main pour quémander auprès de la communauté internationale
une obole pour qu’enfin nous puissions mettre des ampoules
dans les lampadaires, tout au plus, de notre capitale encore
bien mal éclairée.
La gestion de ce régime n’est autre chose ni autrement
qu’une catastrophe. Si nous nous engageons à mettre
bout à bout le bilan, secteur par secteur, nous en serions à une
collection des numéros de relevés du désastre.
Au total, deux choses invariablement les mêmes caractérisent
la psychologie du prédateur militant: l’esprit retors
qui ne s’accommode jamais aux normes, aux lois et l’avidité du
gain.
Tant que le Rassemblement défendra les causes infâmes
et sera porté sur des calculs véreux du gain facile,
l’horizon se couvrira toujours dans ce pays d’une
nuit noire. Notre présage est aussi celui de LA ROCHE
FOUCAULT dans Maximes: «On trouve des moyens pour guérir
de la folie, mais on n’en trouve point pour redresser un
esprit de travers.» Notre inquiétude est entière.
En quarante et un an la mentalité de la ligne du parti
n’a pas bougé et les sinuosités l’ont
embrigadée dans une désuétude, une mentalité périmée.
La contamination prend en avarie ceux qui prétendent y
faire de la rénovation avec du vieux.
Les tâtonnements de ces «jeunes gens» dont
on vante des mérites invisibles pour assurer la continuité du
parti illustrent un gros aveu d’impuissance. Le malheur
ronge davantage nos populations transformées en des pelotons
d’indigents, livrées à une monstrueuse vulnérabilité.
Pendant ce temps la ruée vers l’or continue, la
course au trésor s’accélère. Le règne
de la spoliation est devenu une éthique politique. Le
parapluie de l’impunité est la prime à l’encouragement.
Cet esprit de travers en quarante et un an connaît aujourd’hui
son âge d’or dans un pays où tout le monde
est chef. Chacun tire le maximum des redevances des pauvres citoyens,
pressurés jusqu’à la moelle. La corruption,
le gangstérisme politique, le mépris et l’état
sauvage ont pris siège dans notre République. Une
minorité de privilégié a fait le lit à la
gangrène et laisse tout le pays dans la désolation.
René DUMONT avait-il raison d’écrire dans
L’Afrique noire est mal partie: «Lorsqu’un
nègre détient une parcelle de responsabilité,
il devient dangereux pour ses semblables»?
Soyons sérieux! Nous nous demandons quelle sont les valeurs
que ce parti a développé dans notre pays. Qu’à t-il
fait de ses quarante et un an?
La réponse est en filigrane dans les Poèmes de
MULOSZ lorsqu’il dit: «De la vie à la
vie, quel chemin!» Le chemin du juste, du beau, du
vrai, du bien et de l’humain-patron en fait le grand boulevard.
Malheureusement, ce chemin est déserté par le RPT
qui a détruit la vie au Togo.
Didier Amah DOSSAVI |