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Togo: Kpatcha en prison jusqu’en 2012 au moins:

Que disent les Américains qui l’ont livré contre un procès équitable?

17 janvier 2011

Kpatcha Gnassingbé, Prisonnier de son demi-frère depuis bientôt deux ans Le prisonnier le plus célèbre du Togo Kpatcha Gnassingbé et ses présumés complices sont dans leur deuxième année de détention sans jugement. Malgré les conditions draconiennes de leur détention, leurs familles espèrent toujours un geste d’apaisement  de Faure Gnassingbé surtout qu’en cette fin d’année, des rumeurs pompeusement relayées par des journaux faisaient état d’une probable libération. En réalité, il n’en est rien. Dans son discours de fin d’année, Faure Gnassingbé a parlé de réconciliation sans dire le moindre mot sur son frère, il a une pensée pour les victimes de Cabinda et l’otage togolais sans évoquer le sort de son frère et ses coaccusés. Retour sur un imbroglio politico-juridico-familial  sur fond de manipulation tous azimuts.

Dans l’une de ses dernières parutions, le journal la «Lettre du Continent» d’Antoine Glazer bien introduit dans les couloirs des palais présidentiels en Afrique, faisait une révélation qui, en fait, relevait d’un secret de Polichinelle à savoir la pomme de discorde entre Kpatcha et Faure qui serait liée au partage de l’héritage de leur père défunt. Depuis les événements de la nuit de Pâques 2009, ils sont nombreux les Togolais à croire difficilement à la thèse officielle d’une tentative de coup d’Etat dont le frère cadet de Faure serait le cerveau. C’est une évidence que celui qu’on surnomme «l’icône de la Kozah» n’approuvait pas la façon de gouverner de son frère et il ne s’en cachait pas. N’avait-il pas le droit d’émettre son avis lorsqu’on se réfère à cette image où les officiers supérieurs des FAT faisaient allégeance à lui et à son frère le 5 février 2005 ?  Les coups d’éclats de Robert Bakai, le sulfureux procureur de la république, les différentes contorsions juridiques ubuesques, les difficultés rencontrées par les avocats de la défense et les manipulations des familles, l’isolement total des détenus confortent tous les jours la thèse d’un règlement de compte politique que l’on tente de présenter comme une tentative de pronunciamiento.

La manipulation des familles des détenus               
Quelques mois après l’arrestation de Kpatcha Gnassingbé et ses coaccusés, Faure, selon des sources concordantes, était décidé à faire juger son frère cadet et ses présumés complices. Mais il fut dissuadé par un influent baron du pouvoir qui lui fit comprendre qu’un éventuel procès contre son frère serait contre productif pour son pouvoir. Après plusieurs tergiversations et face au tapage permanent des avocats Djovi Gally et Zeus Ajavon, il décide de changer de méthode. Alors les familles sont discrètement abordées par des émissaires. A certains, on demande de ne pas prendre d’avocats ; et ceux qui en ont déjà pris on leur demande de s’en séparer. Tout ceci contre la promesse de Faure Gnassingbé de prendre une mesure de grâce au profit des prévenus. Certaines familles ont cru à ces promesses fallacieuses et d’autres s’en sont méfiées. Ce travail de persuasion a fini par convaincre Mimi Gnassingbé qui demande aux bouillants avocats Zeus Ajavon et Djovi Gally de mettre un terme à leur agitation et tapage médiatique. L’avocat ne faisant que la volonté du client, les deux compères s’exécutent avant que l’un d’entre eux ne bascule avec Gilchrist Olympio dans son aventure ambiguë et sans issue avec le RPT. 

En réalité, l’activisme et le tapage médiatique des deux avocats sur fond de révélations des conditions inhumaines de détention embarrassait sérieusement le pouvoir de Faure Gnassingbé. Une fois les familles tombées dans le piège de la manipulation visant à calmer les ardeurs des avocats, le pouvoir durcit les conditions de détention de détenus embastillés à trois endroits notamment l’ANR qualifié de camp Boiro à la togolaise, le camp RIT et le camp de la gendarmerie nationale. Et depuis, les détenus du camp RIT ont été transférés dans l’enceinte du camp de la gendarmerie. Bientôt deux ans que ces 33 personnes plus un nouveau venu Esso Kassiki arrêté  récemment à Abidjan ; sont détenus dans des conditions inhumaines. Pendant toute cette période de détention, la plupart des familles n’ont jamais rencontré leurs proches. Plus le temps passe, elles se rendent compte de la fausse promesse.

Des détenus malades…
Selon des sources concordantes confirmées par les proches des familles, plusieurs détenus seraient souffrants en prison. Le commandant Atti aurait subi une opération de l’appendice au pavillon militaire. Kpatcha Gnassingbé ferait régulièrement des crises, un certain Kuma Tombéli souffrirait d’une maladie incurable. Bref, les épouses sont souvent sollicitées par les geôliers avec des ordonnances pour acheter des produits.

Aux  familles désemparées
A la justice togolaise, le fameux dossier Kpatcha Gnassingbé est rangé dans les tiroirs. Du côté des familles, l’attente devient longue et difficile à supporter surtout lorsque les moyens manquent pour vivre et supporter les enfants. Face à cette situation dramatique, certaines épouses des détenus décident d’aller voir Mgr Nicodème Barrigah. En dépit du fait que le mandat de la CVJR ne couvre pas ce dossier, l’Evêque-résident décide de recevoir les femmes ; puisque après tout, son travail devrait aboutir à la réconciliation des Togolais. En face de l’évêque très affecté, les femmes racontent leur calvaire. Aucune visite à leurs époux depuis l’arrestation, difficulté quotidienne de joindre les deux bouts, bradage des biens familiaux pour subvenir aux besoins des enfants, abandon de la scolarité par certains enfants faute de moyens.

Ceux qui continuent d’aller à l’école à force de penser à leurs pères qu’ils n’ont plus vu depuis plus d’un an ne sont guère concentrés et tombent régulièrement malades. Face à cette litanie de problèmes égrenée par les femmes, le Président de la CVJR promet de transmettre le message à Faure Gnassingbé. Plus de 4 mois après cette rencontre, rien n’a changé dans le quotidien des détenus et l’espoir de les voir libre s’éloigne. Visiblement, le Président de la CVJR nonobstant sa bonne volonté, est impuissant face à ce dossier géré personnellement par Faure Gnassingbé lui-même qui, apparemment, tient à maintenir son frère et ses coaccusés en prison le plus longtemps possible pour les raisons que lui seul connaît.

Quel sort pour Kpatcha Gnassingbé et ses amis?
Il est évident que le dénouement de cette tragédie politico-familiale  n’est pas pour demain. Dans une interview accordée à nos confrères de Légende FM en décembre dernier, Me Tchassona Traoré président national du Parti politique MCD (Mouvement Citoyen pour Démocratie et le Développement) évoquait toutes les difficultés que Faure Gnassingbé aura à faire juger son frère et ses coaccusés. Au moment où le Togo s’active à passer devant la commission des droits de l’homme des Nations Unies en octobre prochain, les familles et certaines organisations des droits de l’homme s’apprêtent à remettre ce dossier sur le tapis surtout que Me Zeus Ajavon continue de recevoir les permis de communiquer sans jamais pouvoir rencontrer ses clients. Dans l’entourage des familles des détenus, des indiscrétions font état de ce que Faure Gnassingbé va maintenir son frère et ses coaccusés en détention jusqu’en 2012 où l’expiration du mandat de l’Assemblée nationale mettrait automatiquement fin à l’immunité parlementaire de son frère cadet. Pour autant,  La fin de l’immunité parlementaire de Kpatcha Gnassingbé permettra-t-il à son frère de le faire passer devant les tribunaux ? Pas si sûr. De toutes les façons, le cas Kpatcha Gnassingbé est devenu une arrête dans la gorge de Faure Gnassingbé qui aura toutes les difficultés à s’en débarrasser à moins de faire un véritable geste de réconciliation qui consisterait à la relaxe pure et simple  de son frère et ses  coaccusés. Avant d’en arriver là, Faure Gnassingbé joue pour le moment  aux prolongations pour reprendre les termes de notre confrère en ligne Camus Ali ; mais pour combien de temps encore? 

Le dilatoire qu’on observe actuellement ne peut que desservir l’occupant du Palais de la Marina et son parti, surtout qu’en 2012 les Togolais seront appelés à renouveler le mandat des députés et le cas Kpatcha s’il n’est pas résolu risque de s’inviter au débat. Aux dernières nouvelles, on apprend qu’un bâtiment neuf vient d’être aménagé dans l’enceinte de la gendarmerie nationale pour les détenus qui y sont déjà et le transfert des autres. Kpatcha Gnassingbé sera-t-il transféré vers la gendarmerie ? Rien n’est sûr puisque des informations font état de ce qu’une prison spéciale aurait été construite pour lui dans l’enceinte même de l’ANR.

Que disent les américains dans tout ça?
On se souvient que deux jours après l’attaque de son domicile Kpatcha Gnassingbé qui craignait pour sa vie, a nuitamment trouvé refuge au sein de l’ambassade des USA à Lomé. Après quelques tractations diplomatiques, les autorités de l’ambassade des USA à Lomé ont refusé l’asile au député et l’ont remis aux forces de l’ordre qui s’étaient déployées aux abords de l’ambassade. Pour justifier ce geste, l’ambassade des USA avait publié à l’époque un communiqué dans lequel il était clairement dit que les autorités américaines avaient obtenu du gouvernement togolais les garanties d’un procès juste et équitable pour Kpatcha Gnassingbé et ses amis. Quelques jours plus tard, c’est Faure Gnassingbé qui réitère le même engagement dans un discours à la nation. Cela fait plus de 22 mois maintenant que Kpatcha Gnassingbé et ses amis sont séquestrés non seulement  dans des lieux de détention non conventionnels mais qu’on empêche avocats, familles et proches de leur rendre visite. Du côté de la justice, absolument rien n’a évolué dans le sens d’un procès.

Face à cette situation de non droit, on se pose des questions sur le silence de l’ambassade des USA au Togo et par voie de conséquence des autorités américaines. Dans certains milieux, l’ambassadrice Patricia Hawkins est jugée trop complaisante vis-à-vis du pouvoir RPT surtout sur les nombreux cas de répressions et de violations des droits de l’homme. Pour revenir au cas spécifique de Kpatcha Gnassingbé et ses coaccusés, on ne comprend pas le silence de l’ambassade des USA au Togo qui avait livré le député contre la garantie d’un procès transparent, juste et équitable. L’image du baron de la drogue que certains collent à Kpatcha Gnassingbé joue t-il en sa défaveur ? De toute façon, les américains ne font pas mieux à Guantanamo avec des supposés terroristes qu’on blanchit après des années de détention dans des conditions inhumaines. Et c’est en cautionnant de telles violations des droits de l’homme que les Yankee se font passer pour les champions de la démocratie et du respect des droits de l’homme. C’est  dommage pour l’image de ce pays qui fait rêver tant.

Mensah K. L’Alternative

 

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