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Mouvement burkinabé des droits de l'Homme et des Peuples

Non-lieu dans l'affaire Zongo: un déni de justice honteux et scandaleux

Communiqué

Plus de 7 ans après les faits et 4 ans d'enquête, le juge d'instruction Wenceslas Ilboudo, a prononcé le 19 juillet 2006 un non-lieu dans l'affaire Norbert Zongo, au motif qu'un témoin clé se serait partiellement rétracté dans ses accusations contre l'adjudant Marcel Kafando.

Pour rappel, le 13 décembre 1998, le journaliste Norbert Zongo, directeur de publication du journal "L'Indépendant", et trois de ses compagnons sont assassinés. On retrouve leurs corps carbonisés dans un véhicule sur la route de Sapouy. Contraint par d'importantes manifestations populaires et en réponse aux demandes des organisations nationales et internationales de protection des droits de l'Homme - au premier rang desquelles la FIDH et son organisation affiliée, le Mouvement burkinabé des droits de l'Homme et des peuples (MBDHP), le gouvernement a mis en place une Commission d'enquête indépendante (CEI) chargée de faire la lumière sur les faits et les responsabilités concernant l'affaire Zongo. Le 17 janvier 1999, la CEI a conclu à « un assassinat pour des motifs purement politiques parce qu'il [Norbert Zongo] pratiquait un journalisme engagé et d'investigation. »

Six « sérieux suspects » du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) ont été désignés par la CEI , dont l'adjudant Marcel Kafando, inculpé en février 2002 pour "assassinat" et "incendie volontaire".

« Les lenteurs et la vacuité de l'enquête ouverte par la justice burkinabé dans l'affaire Zongo étaient déjà préoccupantes au regard du droit à la justice garanti par les dispositions internationales de protection des droits de l'Homme. Ajourd'hui, ce déni de justice est un coup porté à l'Etat de droit au Burkina Faso », a déclaré Sidiki Kaba, président de la FIDH.

La FIDH et le MBDHP rappellent les obligations internationales du Burkina Faso quant aux garanties d'indépendance de la justice et au respect du droit à la justice, conformément aux dispositions du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et de la Charte africaine des droits de l'Homme et de peuples.

La FIDH et le MBDHP exigent que toutes les voies de recours contre la décision de non-lieu soient actionnées. La FIDH et le MBDHP assurent leur constante mobilisation pour que toute la lumière soit faite sur l'assassinat de Norbert Zongo et de ses trois compagnons et ne manquerons pas, en cas d'impunité dans cette affaire, de saisir les mécanismes régionaux et internationaux de protection des droits de l'Homme.

Contacts Presse: Gaël Grilhot : +33-1 43 55 90 19

 

Reporters sans frontières Liberté de la presse

BURKINA FASO

Non-lieu dans l'affaire Zongo: un déni de justice honteux et scandaleux

Reporters sans frontières continuera de se mobiliser aux côtés de tous ceux qui réclament justice

"Nous venons d'apprendre que le juge Wenceslas Ilboudo, en charge d'instruire le dossier Norbert Zongo, a prononcé un non-lieu dans cette affaire. C'est tout simplement scandaleux ! Après huit ans de mobilisation, cette décision consacre le règne de l'impunité au Burkina Faso. C'est une honte et un coup dur porté envers tous les Burkinabés qui n'ont eu de cesse de réclamer la vérité dans cette affaire", a déclaré Reporters sans frontières.

"Ce dossier a toujours été hautement politique. Norbert Zongo a été tué par des membres de la garde présidentielle et le frère du chef de l'Etat, François Compaoré, est impliqué dans cette affaire. Les autorités n'ont eu de cesse de protéger les assassins. Blaise Compaoré a obtenu ce qu'il avait toujours souhaité : l'injustice", a ajouté l'organisation de défense de la liberté de la presse.

"Malgré cette décision, nous allons continuer à nous mobiliser pour que justice soit rendue. Nous n'oublierons jamais Norbert Zongo et nous poursuivrons avec ténacité et fermeté notre mobilisation aux côtés des proches et des amis de Norbert", a conclu Reporters sans frontières.

Le 18 juillet 2006, le juge d'instruction Wenceslas Ilboudo a prononcé un non-lieu concernant Marcel Kafando, membre de la garde présidentielle, et seul inculpé à ce jour pour l'assassinat de Norbert Zongo. Le juge a suivi un réquisitoire du procureur du Faso qui a estimé que les éléments retenus contre Marcel Kafando n'étaient pas suffisants.

Selon l'avocat de la famille de Norbert Zongo, Me Bénéwendé Sankara, l'affaire est classée et ne sera pas rouverte tant qu'il n'y aura pas d'éléments nouveaux. L'avocat doit faire appel de cette décision.

Rappel des faits:

Norbert Zongo était le directeur de l'hebdomadaire L'Indépendant. Il a été retrouvé mort, carbonisé dans son véhicule, le 13 décembre 1998. Le journaliste enquêtait sur les circonstances de la mort de David Ouédraogo, chauffeur personnel de François Compaoré, frère du chef de l'Etat Blaise Compaoré. David Ouédraogo avait lui-même été torturé à mort par des membres du Régiment de la sécurité présidentielle (RSP).

En août 2000, trois militaires de la garde présidentielle, dont l'adjudant Marcel Kafando, avaient été reconnus coupables d'"avoir séquestré et torturé à mort" David Ouedraogo. Ce dernier, chauffeur de François Compaoré, était soupçonné de lui avoir volé de l'argent. Il est mort sous la torture, quelques jours après avoir été arrêté par la garde présidentielle. Norbert Zongo enquêtait sur cette affaire lorsqu'il a été tué. En février 2001, Marcel Kafando a été inculpé d'« assassinat » et « incendie volontaire » par le procureur général dans le cadre du dossier Norbert Zongo. Or, malgré une inculpation aussi grave, Marcel Kafando coulait des jours tranquilles en liberté, à son domicile.

Leonard VINCENT Bureau Afrique / Africa desk

Reporters sans frontières / Reporters Without Borders

5, rue Geoffroy-Marie 75009 Paris, France

Tel : (33) 1 44 83 84 84 Fax : (33) 1 45 23 11 51

Email : afrique@rsf.org / africa@rsf.org Web : www.rsf.org

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