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Sommaire
Lomé la capitale Pourquoi gaspiller des Milliards dans des élections frauduleuses? |
Agboyibo, Premier ministre! Les dernières 72 heures d'une nomination agitée * Valse diplomatique à Lomé, Ouaga, Libreville, Brazzaville, Lagos, Tripoli et Addis-Abeba L'attente fut longue, voire exaspérante. De folles rumeurs ajoutaient encore un peu plus à la tension ambiante. Des noms circulaient, des plus inattendus aux plus probables. Jusqu'à la moitié de la semaine dernière, il n'y avait qu'une seule certitude : le maintien d'Edem Kodjo tant souhaité par le camp présidentiel n'était plus à l'ordre du jour. Edem Kodjo, out! Ce ne fut sans peine. Les réseaux françafricains avaient souhaité son maintien à la tête du Gouvernement d'Union nationale en arguant d'une certaine continuité dans la gestion des affaires. De sources bien informées, un front constitué par le Président Sassou Nguesso du Congo, l'actuel président en exercice de l'UA, du Premier ministre français Dominique De Villepin ; et dans une moindre mesure du leader libyen Moammar Khadaffi avait vivement milité en ce sens. Toujours d'après les mêmes sources, il avait fallu que le Président gabonais Omar Bongo Ondimba use de toute sa force de persuasion pour calmer les ardeurs des « Kodjoïstes » et pour qu'à Lomé, le camp présidentiel ouvre d'autres perspectives. Jeudi 14 septembre, le principe d'un PM issu des rangs de la CDPA, l'UFC ou du CAR fut acquis. On pensait que tout ira plus vite et que tout sera fin prêt pour le vendredi qui suivait. UFC: Patrick Lawson ou Eric Amerding? La première difficulté vint des rangs même de l'Union des Forces de Changement. Tandis qu'à Lomé la base souhaitait voir proposé le « local » Patrick Lawson, depuis Paris leur Président national était toujours rivé à la proposition de son beau-frère et conseiller Eric Amerding. Ce qui fait que le camp présidentiel s'était retrouvé avec les deux noms. A l'UFC, on avait déjà dépassé la déclaration de Gilchrist Olympio qui disait à sa sortie d'audience chez Faure Gnassingbé à Paris le 8 septembre : « il faut un homme qui fasse la jonction entre le RPT et nous-même ». Mais ce fut Patrick Lawson qui sera définitivement mis dans la balance avec la bénédiction des Présidents Obasanjo et Compaoré et d'Alpha Konaré. L'UFC, d'après les sources, avait eu une exigence particulière qui a définitivement braqué le camp présidentiel : Faure Gnassingbé devrait d'abord procéder à la nomination et ensuite avec le PM désigné voir les contours à donner au gouvernement d'union. Refus catégorique du camp présidentiel qui avait déjà un canevas. En plus, on craint du côté de la présidence que Patrick Lawson soit un « Premier ministre par procuration » qui aura à se référer à son patron pour gérer les affaires. Reste la piste Me Agboyibo Vendredi 15 septembre, le choix de Me Agboyibo était totalement acquis mais à la dernière minute, la machine semble se gripper. Il est vrai qu'au départ Me Agboyibo avait donné son accord après s'être enclin du contour que le camp présidentiel voulait donner au gouvernement d'union. Mais il y avait encore des suspicions. Le camp présidentiel voulait des garanties de loyauté, disons plutôt un gage devant des témoins de ne pas se dérober au canevas fixé par le camp présidentiel sur les bases de l'Accord Politique Global en tournant les roues uniquement en faveur de l'opposition, mais plutôt en jouant un jeu égal. Les ambassadeurs des pays impliqués dans le règlement de la crise togolaise furent mis à contribution pour la circonstance. Des engagements solennels ont été pris devant eux. Samedi 16 septembre, tout est enfin prêt. A 13 heures 30, l'annonce officielle : Me Yawovi Agboyibo est chargé de conduire le Gouvernement d'Union Nationale chargé d'organiser les prochaines législatives. Première note dissonante, l'UFC affirme qu'elle n'y participera pas. Seul bémol, elle affirme qu'elle ne quitte pas le processus initié par l'Accord Politique Global. Quant à la CDPA du Prof Léopold Gnininvi, elle prend acte et attend. B. Sek Agboyibo, Premier ministre! Configuration représentative du nouveau gouvernement Le premier test de Me Yawovi AGBOYIBO «Nous prenons acte de la nomination de Me Agboyibo comme Premier Ministre mais nous attendons les consultations pour nous prononcer ». Ainsi réagissait le leader de la Convention Démocratique des Peuples Africains (CDPA), le Prof. Léopold M. Gnininvi quelques heures après la nomination du leader du CAR comme locataire à la Primature. Cette réaction démontre avec acuité l'autre combat qui attend Me Yawovi Madji Agboyibo, celui d'ériger une équipe gouvernementale dont la configuration devait être représentative du paysage politique togolais. En effet, avec la défection de l'Union des Forces de Changement de Gilchrist Olympio, qui, malgré ses déclarations de bonnes intentions cultivait plutôt la politique du tout ou rien, la donne parait un peu compliquée pour le tout nouveau chef du Gouvernement. Tout n'est pour autant pas perdu car, l'actuelle position du patron de l'UFC est au demeurant incompréhensible d'autant plus qu'il y a quelques jours, il affichait un air plus ou moins désintéressé de la chose. C'est ainsi que répondant à une question de notre consoeur Carine Frenk de RFI portant sur la position de l'UFC quant à la nomination du Premier Ministre, il disait : « On l'aurait souhaité [que le PM vienne de l'UFC, ndlr]. C'est notre désir le plus ardent. Mais nous ne sommes pas la seule formation politique du pays ». Ce qui voudrait dire en principe que, même si l'UFC n'est pas prête à accepter n'importe qui comme Premier Ministre, elle devait au moins accepter ses compagnons de lutte à ce poste. Mais apparemment, Gilchrist Olympio veut tout et tout à lui seul. Le peuple appréciera dans les jours à venir. Aussi est-il impérieux à Me Agboyibo de cheminer main dans la main avec la CDPA dans ce gouvernement tout en laissant toujours une ouverture à l'UFC dans les prises de décisions de façon à ne pas créer une confrontation inutile pouvant repositionner le RPT en difficulté. Tout compte fait, il revient à Me Agboyibo de ne pas se prendre pour un valet du système RPT pour se sentir redevable vis-à-vis de Faure Gnassingbé. Car, quoiqu'on dise, il n'est pas nommé, contrairement à Edem Kodjo, par la seule et simple volonté de Faure Gnassingbé. Il est nommé sur la base d'un accord signé par tous les acteurs majeurs de la scène politique togolaise. Il doit se battre, non pas pour entretenir un conflit permanent entre lui et Faure, mais pour se donner une marge utile de manœuvre digne d'un PM de consensus et non d'un simple commis de bureau de Faure à l'instar de Edem Kodjo, en vue de préserver les valeurs pour lesquelles lui et ses autres collègues du CAR, de la CDPA et de l'UFC ont dû consentir d'énormes sacrifices des années durant. Pour ce faire, il doit réussir à faire éviter au RPT, l'esprit de la part du lion afin de permettre l'érection d'une équipe gouvernementale très représentative de toutes les forces politiques du pays ; sans l'esprit d'exclusion. Des formations politiques à la société civile en passant par des personnes ressources, techniciens ou technocrates, nul ne devait être laissé au hasard car l'exclusion a toujours produit des effets néfastes à la démocratie. Le Togo traverse une phase décisive de son histoire et cette étape de réconciliation doit faire appel à toutes ses filles et à tous ses fils capables de générer une dynamique d'union et de réconciliation. Le moment viendra ou l'on aura besoin uniquement que des hommes chevronnés, une équipe restreinte pour relever le pays. Mais à l'instant, le signal devait être réconciliateur. Sinon, les prochaines échéances électorales engendreront des violences qui ont fait plonger nos compatriotes dans un deuil inextinguible et traverser les frontières à d'autres. Cette fois-ci, les Togolais sont fatigués et veulent tourner cette page. Recoller le tissu social en lambeaux, asseoir une équipe gouvernementale compétente et responsable, tel doit être l'autre combat de celui que les Togolais viennent de connaître sous le nom de Madji. Dimas Gouvernement : Déjà de grandes batailles pour les postes ministériels «Ce samedi 16 septembre 2006, son Excellence Monsieur le Président de la République m'a reçu à 11h 30 pour me notifier qu'il a pris ce jour un décret me désignant pour diriger le Gouvernement d'Union National prévu par l'Accord Politique Global du 20 Août 2006». Telles étaient les premières déclarations du désormais Premier Ministre Yawovi Agboyibo lors d'un point de presse auquel il a convié les journalistes pour leur faire part de la nouvelle. Faure Gnassingbé par cet acte vient d'affranchir les Togolais qui mourraient du Premier Ministre. Le processus de décrispation devra être de facto enclenché car la nomination du Premier Ministre constitue la première phase de l'application de l'accord scellé le 20 août dernier. Nombre de Togolais jubilent car la primature est concédée à un leader de l'opposition traditionnelle. Quoi de plus normal ! Mais si l'on se fait une idée de la tâche qui l'attend, l'on se doit de mettre du bémol dans les manifestations de joie car le plus dur reste à venir. La nomination ne serait donc que l'Acte Premier du scénario qui est enclenché. Le plus dur, ce sera la formation du gouvernement. En effet, la composition de l'équipe, la répartition des postes risque de constituer la prochaine pierre d'achoppement. Connaissant bien la nature du régime en place, beaucoup se demandent si le clan Gnassingbé ne mijote pas quelque chose. Quand on sait que le gouvernement à mettre en place doit en être un de mission, celle d'appliquer ou de faire appliquer les recommandations du Dialogue National contenues dans l'Accord Politique Global qui ne satisfait à cent pour cent aucune partie au dialogue, et surtout celle de préparer les prochaines législatives, il y a de très fortes craintes à nourrir. Certains ministères seront convoités par tous les partis politiques car étant sensibles, vu le rôle qu'ils devront jouer dans la tenue des élections de Juin prochain. Il s'agit de l'Intérieur, de la Sécurité , de la Défense , de la Décentralisation , de la Justice. Celui de l'Intérieur sera requis par la CENI pour lui prêter main forte dans l'organisation du scrutin et quand on se rappelle ce qui s'était passé lors de la présidentielle de 1998 au Gal. Séyi Mèmène, Ministre de l'Intérieur d'alors avait joué au substitut d'Awa Nana pour proclamer des résultats traficotés créditant Eyadema vainqueur-, la lutte sera âpre de part et d'autre pour s'arracher leur contrôle. Celui de la Justice ne le sera pas moins quand on sait que c'est ce ministère qui devra traiter les contentieux de droit, notamment le lourd dossier des violences d'avril 2005. L'Economie et les Finances seront aussi l'objet de toutes les convoitises. Plus que jamais, les calculs politiciens, les intérêts égoïstes doivent être bannis et « l'esprit de consensus et de dépassement de soi qui a caractérisé le dialogue » doit prévaloir de tous les côtés pour mettre en chantier les grandes décisions qui sont censées décrisper la crise. « Que le Saint-esprit descende ». N.K.A
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