L'ouverture
politique togolaise s'opère à petites doses
avec en perspective la marginalisation, voire l'implosion,
de l'UFC de Gilchrist Olympio. Analyse.
Longtemps "travaillé" par ses pairs d’Afrique
francophone, le président Faure Gnassingbé a
fini par désigner, le 20 septembre, l’opposant
Yawovi Agboyibo à la tête d’un "gouvernement
d’équilibre" de 34 membres, censé préparer
les élections législatives de 2007, indispensables
pour renouer avec les partenaires étrangers… Il
manque toutefois à cet attelage le parti "radical" de
l’opposition, l’UFC de Gilchrist Olympio, qui
a renié son vice-président, Amah Gnassingbé (du
même village que le président togolais), nommé ministre
d’Etat sans portefeuille.
En réalité, l’intérêt de
ce nouveau cabinet est ailleurs. Selon nos informations,
il s’agit de constituer après les législatives
un mouvement politique allant du RPT (parti au pouvoir) au
CAR d’Agboyibo en passant par la CPP de l’ex-premier
ministre Edem Kodjo. Un mouvement qui devrait marginaliser
pour de bon la formation d’Olympio et l’allié de
ce dernier, Léopold Gnininvi, devenu ministre d’Etat
aux mines et à l’énergie.
En attendant, le président togolais marque de son
empreinte cette équipe. D’abord son frère,
Kpatcha Gnassingbé, est maintenu à la défense
et continue de suivre la "très florissante" Sazof
(zone franche) par l’entremise de son cousin Bernard
Walla, nommé ministre des PME et de la promotion de
la zone franche. Pour contrôler les élections
de 2007, "Faure" a choisi à la sécurité le
commandant de sa propre garde, le colonel Atcha Titikpina,
un natif de Bassar (Kara), qui avait été indexé par
le rapport de l’ONU sur la répression ayant
suivi la présidentielle d’avril 2005. En guise
d’ouverture, Titikpina sera épaulé par
deux ministres : Séléagodji Ahumey-Zunu, un
poulain d’Edem Kodjo, nommé à l’administration
territoriale, et Ouro Bossi Tchacondoh, un proche d’Agboyibo,
chargé des collectivités locales.
Le ministère des finances demeure dans les mains sûres
du "parent" Payadowa Boukpessi. Ainsi que le département
clé de l’équipement, des transports,
des postes et télécommunications et des innovations
technologiques, ramené à la présidence,
et qui est contrôlé par Kokouvi Dogbé,
un ancien condisciple du chef de l’Etat.
Enfin, si la justice reste également sous le joug
d’un autre ami de "Faure", Sela Polo, le premier
ministre devra pour sa part se contenter du département
de la communication dirigé par un membre de son parti,
Gahoun Egbor, également porte-parole du "gouvernement
d’équilibre".
La Lettre du Continent N° 502 28/09/2006