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Que devient le dossier du journaliste Dimas Dzikodo:

Alors que Anna Politkovskaïa tombait sous les balles de la dictature en Russie

13 octobre 2006

Anna Politkovskaïa, la journaliste russe vient d’être assassinée alors qu’elle exerçait son métier. En fait, cette femme défenseur des droits de l’homme gêne et énormément le régime mafieux et anti-démocratique instaurée en Russie par Vladimir Poutine. Et ce dictateur n’hésite pas à faire assassiner le fonctionnement de son régime, ce qui fait qu’on décompte depuis l’année 2000, une vingtaine de journalistes assassinés dans l’ex République Soviétique.

Cette réalité ne ressemble-t-il pas à quelques exceptions près à la situation des faiseurs d’opinion au Togo?
Il y a un an le 09 octobre, alors qu’il venait de boucler son journal et que rien ne le laissait présager, notre confrère Jean-Baptiste Dzilan, plus connu sous le nom de Dimas Dzikodo, tombait à Tokoin SOTED sous la barbarie coutumière de quelques compatriotes rompus aux pratiques sauvages d’un autre âge, exactement comme sous feu Eyadèma. Cette nuit-là, Dimas était en compagnie de son jeune frère que nous n’avons pas de raison d’oublier ici, bien que son cas ne suscitât guère d’inquiétudes. Il était environ 22 heures.

Rappels des faits
A titre de rappel, disons qu’ils furent pris au dépourvu par une dizaine d’individus, certains à motos, d’autre à bord d’un véhicule. Ils les avaient pris en filature. Certains indices avaient permis de les identifier comme étant des hommes en uniforme, notamment l’arme oubliée sur les lieux du forfait et qui sera récupérée plus tard par la police judiciaire et dont personne n’aura plus de suite jusqu’à ce jour. Qui peut nous dire que les services de police ignorent le propriétaire d’une telle arme? Qui peut nous dire que nos autorités militaires ne savent pas à qui une telle arme est attribuée? Qu’il soit gendarme, policier, douanier ou militaire, chaque élément de ces corps à qui une arme est octroyée est fiché et donc facilement identifiable.
Après avoir abondamment roué notre confrère de coups cette nuit-là sous des gémissements, et l’avoir trouvé presque inerte à la fin, il lui introduisirent dans la bouche un produit toxique et aspergère longuement son visage de gaz lacrymogène. Seuls ces hommes, sûrement en mission commandée et payés pour de basses besognes, pourraient nous en donner la nature. Signalons que le produit que le confrère avait réussi à expulser, lui causera pendant plusieurs semaines des douleurs dans toute la paroi buccale. Et s’il avait été avalé? Pouvons-nous nous demander.

On se souvient que le Ministre d’alors en charge de la communication, Kokou Tozoun, dans son petit show de ministre togolais, se présentera au chevet de la victime dans la clinique où il fut admis pour les soins. Il en parlera d’ailleurs comme d’une chose extraordinaire qu’il avait réalisée dans sa vie et fera des .déclarations qui ne refléteront pas exactement le contenu des échanges qu’il avait eus avec Dimas sur son lit de malade. Comme pour condamner cet acte ignoble et montrer sa bonne foi ainsi que celle du gouvernement, fidèle à leur habitude dans le sérail, Kokou Tozoum avait promis une enquête pour retrouver les auteurs. Depuis donc une année entière, silence radio. Ce dossier semble complètement classé et enterré, et l’impunité fait son bonhomme de chemin. Est-il normal que l’on continue à vivre ainsi au Togo depuis 1963, avec des assassinats et tentatives d’assassinat, des crimes contre des citoyens sans jamais pouvoir y mettre définitivement fin par un véritable changement de mentalité à la base?

Un certain journaliste de la presse privée togolaise reconnu dans la corporation comme ayant vendu son âme au diable, ira jusqu’à déclarer contre tout bon sens, que le confrère avait monté ce coup contre sa propre personne. Excusez-nous du peu, car il serait ennuyeux de revenir sur toutes ses dérives et contradictions. Demander soi-même à des gens de vous assassiner ou de vous blesser? Pour y gagner quoi? Il faut être un vrai débile mental pour concevoir une telle hypothèse puis oser la servir au public. Il trouvera sur son chemin un autre aussi débile que lui, en la personne du Français nommé Georges Gros qui, à la faveur d’une rencontre de la presse francophone dans notre pays, il y a quelques mois, étonnera plus d’un, en se rabaissant au rang de son compère de presque même niveau de conscience morale.

Le Chef de l’Etat doit s’affirmer
A l’occasion de l’anniversaire de ce triste événement, nous avons tenu à rendre grâce à Dieu d’avoir permis, que ce journaliste inoffensif qu’est Dimas Dzikodo dont le seul crime est d’aimer la vérité et qui a une passion folle pour ce métier qu’il exerce et du respect pour la vie de l’Homme qui qu’il soit, ce journaliste qui ne veut du mal à personne et ne demande qu’à vivre et faire son travail, qu’il survive par miracle à cet attentat odieux qui n’est pas le premier du genre dans notre petit pays. Nous lui rendons grâce et le prions d’humaniser un tant soit peu le cœur de ces individus qui ignorent tout du caractère sacré de la vie humaine, afin que cet acte soit le dernier mené contre des journalistes dans notre pays.

Nous saisissons cette occasion pour dire à Monsieur Faure Gnassingbé, Président de la République, qu’en dépit des conditions dans lesquelles il avait accédé à la magistrature suprême, des gens comme nous, avions cru en ses paroles quand il refusait la comparaison avec son feu père. «Lui c’est lui, moi, c’est moi», «Un leader nouveau, un esprit nouveau», etc étaient ses paroles favorites. Mais aujourd’hui nous sommes à mille lieues de le croire, car tout se passe presque exactement comme du temps de son père et personne ne voit le changement promis surtout en matière des droits de l’homme, de fin d’impunité, d’amélioration des conditions de vie des Togolais, et de bonne gouvernance.

Nous avions ouï dire qu’il fut furieux le 10 octobre 2005 en apprenant l’agression de notre confrère Dimas Dzikodo. Nous y avions cru et nous y croyons encore, même si cela est naïf de notre part. Nous nous attendions à ce qu’il ordonnât une enquête qui aboutît pour une fois au Togo. Vu son revirement et le silence radio qui a duré un an jour pour jour, nous sommes en droit de nous demander, s’il aurait subi des pressions dans son désir de bien faire. On est chef d’Etat ou on ne l’est pas. Quand on a la volonté de bien faire pour se donner un nom joli à porter toute sa vie avec fierté et que des esprits rétrogrades et non animés de patriotisme ni d’amour du prochain, posent des embûches, s’érigent en épouvantails, il faut montrer qu’on est le seul maître à bord, car être chef d’Etat n’est pas une sinécure, encore moins un jeu de gamin. Encore une fois, on est chef d’Etat ou on ne l’est pas!

Apprendre à mourir pour une cause noble
Au Togo, on doit apprendre à démissionner, quand on ne peut pas se réaliser; quand des gens nous obligent à rester avec eux à l’état de nature, au stade primaire; quand on rencontre le refus de faire triompher l’essence humaine qu’on porte en soi, sa valeur intrinsèque. Le bon exemple avait été donné à tous les Togolais par le Ministre Akila Esso Boko. S’il faut mourir, il faut mourir pour une cause noble et juste. Voilà tout, voilà le message phare que nous avons tenu à adresser au Président d’une République malade en souffrance depuis des lustres et qui mérite d’être sauvée à tous les prix. Le monde entier nous observe. Nous voulons qu’un jour arrive, où l’on arrête de nous dire que « le Petit veut bien faire mais que ce sont les barons qui l’en empêchent, ce sont ses demi-frères... » qui s’érigent en épouvantails pour sa réussite. Si nous avons une personnalité propre, des gens ne peuvent pas nous dicter à chaque fois ce que nous devons faire. N’avons-nous pas été à l’école comme eux? On en a assez de cette ritournelle à n’en plus finir! Quelqu’un doit sauver le Togo un jour ou l’autre. Il peut être Faure, nous n’avons rien contre lui, il peut être un autre, mais quand on a tout essayé en vain, en bon chef d’Etat, à l’impossible, nul n’est tenu, on doit le manifester publiquement. Ce moment viendra-t-il, ne viendra-t-il jamais?

On naît Président, on ne devient pas Président d’une République, mieux, on ne s’improvise pas Président. Ceci, nous le disons pour faire comprendre que quand on a dans le sang la vocation de conduire des hommes, quand on a l’amour des hommes, des choses et de la nature, on n’a même pas besoin de le crier. A bon vin, point d’enseigne, dit le proverbe. On le sent à la tâche et les actes parlent de leurs auteurs. Deux noms dans notre Afrique contemporaine pour illustrer ce que nous entendons par naître Président: Yayi Boni et Alpha Oumar Konaré. Au Bénin tout se concrétise, on ne s’amuse pas, c’est du travail que tout le monde appréciera au bout de 5 ans. Au Togo, on a pris fonction avant Yayi Boni, mais il n’y a rien à comparer entre les deux pays.

Pour Konaré on a vu comment il a dirigé son pays. Il pouvait encore briguer un autre mandat à la tête du Mali en se rabattant sur l’armée, en dilapidant l’argent de son pays pour acheter les militaires qui lui resteront loyaux. Il pouvait briguer un autre mandat à la tête de l’UA, mais il a dit non, parce qu’il sait que tout ce syndicat de chefs d’Etat africains s’amuse avec la PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE qui est une tâche d’une grande noblesse. Il ne saurait continuer à se ridiculiser dans cette « structure pourrie » (c’est nous qui le disons) qu’est l’UA. Quand ça ne va pas, on s’éclipse pour laisser le terrain aux loups, surtout quand on voit que, malgré la logique et le bon sens, la chose la mieux partagée au monde, des gens sont bloqués et ne comprennent rien. Voilà, par ces deux exemples ce que nous avons tenu à dire par «on naît Président de la république, on le devient pas». Diriger des hommes, des peuples est un art. Ceux qui sont nés Présidents, quand ça ne peut pas aller, ils jettent sportivement l’éponge et s’occupent d’autres choses dans leur vie. Il n’y a pas que ça à faire. Mais ceux qui deviennent présidents, ils viennent pour bouffer, piller la nation.

Nous terminons en disant pour notre part, que nous continuons à croire, même si c’est naïvement, en tout le bien que certains Togolais disent parfois de l’actuel Président de notre pays que nous personnellement n’avions jamais vu quelque part dans sa vie privée, pour le connaître. Nous sommes des Saints Thomas et nous n’avons pas encore perdu l’espoir qu’on nous avait fait miroiter en brandissant la jeunesse comme un atout. Le plus grand défi à relever par Faure doit être avant tout la sécurité pour tous les citoyens quel que soit leur rang social ainsi que la fin de l’impunité au Togo. Notre pays est trop petit pour qu’on cherche des criminels sans jamais pouvoir les trouver. Prouver qu’une carpe peut accoucher d’une silure est aussi l’autre défi que Faure doit relever. Nous y croyons encore.

Alain SIMOUBA

 

 

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