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Interview d’Augustin Koffi AMEGA, S.G de l’UJIT:

«Au Togo, on veut être partout sauf en Russie»

23 octobre 2006

Le lundi 09 octobre, l’Union des Journalistes Indépendants du Togo (UJIT), a lancé une campagne, pour exiger la vérité sur l’agression il y a un an  du journaliste Dzilan Dodji, alias Dimas Dikodo, Directeur de publication de l’hebdomadaire «Forum de la semaine». A l’occasion, le Secrétaire général de l’UJIT a exposé à la presse française les objectifs de cette campagne. Il précise  ici, les détails de cette initiative.
                                                                                                                
Brice Rambaud: Monsieur le Secrétaire général de l’UJIT, vous venez de lancer  une campagne relative à l’agression il y a un an, de votre confrère Dzilan Dodji, alias Dimas Dikodo. En quoi consiste cette campagne et que vise t-elle?

Augustin AMEGA: Merci de me donner la parole. Cette campagne placée sous le thème : «Mettre un terme à un an de silence», a été lancée le lundi 9 octobre 2006. Elle va continuer jusqu’au 30 octobre prochain.

Comme mes collègues du bureau exécutif de l’UJIT, l’ont si bien expliqué à Lomé, elle consistera pour les organisations soucieuses de défense des libertés et pour les personnalités imbues du même idéal, d’adresser une série de lettres rédigées par l’Union des Journalistes Indépendants du Togo (UJIT), à différentes autorités togolaises ( Président de la République, Premier ministre, Ministre de la Sécurité, Ministre de la Justice, Ministre de la Communication et de la Formation Civique), après les avoir reprises à leur compte.

Le but simple et primordial de cette campagne, vise à amener les autorités à lever le mystère jusque là entretenu sur les auteurs de l’agression barbare dont a été victime dans la nuit du 09 octobre 2005, notre confrère. Ceci, en vue de lever le sursis qui pèse sur  les journalistes togolais dans l’exercice de leur profession, depuis cette agression que les organisations de presse (URATEL, OTM, OREPI et UJIT), ont en son temps, qualifiée à juste titre au regard des circonstances de son exécution, de «tentative d’assassinat».

Nous demandons aux uns et autres, de faire craquer les boîtes des autorités, si cela devait être la seule façon de procéder pour lever cette épée de Damoclès que constitue leur silence sur la sécurité des journalistes. C’est pour cela que nous demandons aux différentes organisations locales comme internationales qui se sont toujours montrées très attentionnées vis à vis de la situation de respect des libertés publiques au Togo, de manifester massivement leur solidarité à l’UJIT, à l’occasion de cette campagne.

Pour les besoins d’un récapitulatif, nous demandons aux bonnes volontés qui participerons à cette campagne, d’envoyer également un petit mot, à l’UJIT, en écrivant à ujitogo@yahoo.fr, ou en envoyant un Fax au(00-228)226-13-70 ou encore, un simple coup de fil au(00-228) 226-22-36.

Brice Rambaud : Tout de même, à un moment où la classe politique cherche à décrisper la situation, n’avez-vous pas l’impression de jouer à la provocation?

Augustin AMEGA: C’est peut-être une possible façon de voir les choses. J’en crois pas un seul instant, pour ma part. Nous avons croyez moi, un sens insoupçonné de responsabilité. Chacun dans son rôle, les politiques sont dans leur logique et nous dans celle de se battre pour assurer aux journalistes des conditions rassurantes dans l’exercice de leur profession. C’est plus sérieux qu’un infantile souci de soi-disant provocation.

C’est simple, il revient aux tenants de l’Etat, la fonction régalienne d’assurer la sécurité aux citoyens. C’est  pour nous, une occasion de le leur rappeler. Ils devraient, s’ils sont véritablement des démocrates, être rassurés de voir les forces vives, jouer avec vitalité, leur rôle de vigiles, de sentinelles dans la cité. Qui devrait être agacé de voir demander voire même exiger la vérité sur une agression d’un citoyen ?

Il semble que le Chef de l’Etat ait envie de démocratiser la gestion de l’Etat togolais. Dans cette perspective, il nous revient de nous mobiliser pour lui signifier, s’il le faut sans concession, là où il reste à faire des efforts. Il y a au demeurant, des droits qui ne se négocient guère.

Je suis conscient qu’il nous reste du chemin à parcourir en ce qui concerne le respect des normes de la profession. Mais il y a de pertinentes façons civilisées, j’allais dire, légales, pour nous rappeler à ces normes. Jamais par la violence, la barbarie, ça, nous ne l’admettrons jamais.

Je saisi cette occasion pour associer la voix de notre organisation à celles qui de par le monde se sont élevées contre l’assassinat de notre consœur Anna Politkovskaia, assassinée le 07 octobre dernier à Moscou.

Vous comprendrez qu’au Togo, on veut être partout sauf en Russie. Et cela, il faut le manifester, il faut le signifier  avec fermeté.

Brice Rambaud : Pourquoi avoir choisi de lancer cette campagne à partir de Paris?

Augustin AMEGA: Simplement parce que nous vivons dans un village planétaire, où ce qui se passe à Lomé, regarde au même point, celui qui vit à Paris, ou à Londres, voire à Tokyo. Non, plus sérieusement, c’est simplement parce que le hasard et des raisons professionnelles ont fait que je me suis trouvé en ce moment à Paris.

Cela n’a rien d’un complexe d’un statut tutélaire de Paris, sur Lomé, en tout cas, pas dans notre conception des choses. Nos requêtes s’adressent bel et bien à des autorités togolaises, et à elles seules.

 «Il y a au demeurant, des droits qui ne se négocient guère»

Brice Rambaud: Quelle suite donnerez-vous à cette campagne, si les autorités affichaient une indifférence totale vis à vis de cette campagne?

Augustin AMEGA: Vous me permettez de ne laisser aucune chance, aucune probabilité à une issue pareille, à cette campagne. Tout de même, nous avons un Président de la République qui se veut un dirigeant moderne. Nous avons un Premier ministre qui a de tout temps défendu la liberté de presse, en tant qu’opposant. Nous avons un ministre de la Communication qui a toujours eu un discours que nous savons par rapport à la nécessité de protéger et promouvoir la liberté de presse, nous avons d’autres opposants dont le discours sur la liberté de presse résonne encore dans nos oreilles… etc.

En tout état de cause, nous ferons à terme le bilan. Nous évaluerons la situation notamment le degré d’attention que les autorités porteront à cette problématique relative à la sécurité des journalistes et nous aviserons. Nous disposons, il ne faut pas l’ignorer de pas mal d’armes dans notre engagement syndical pour le renforcement de la liberté de presse au Togo. Nous n’aurons croyez moi, pas besoin d’aller à Ouagadougou, pour le faire admettre comme tel.

Non, sincèrement, notre préoccupation si on doit en avoir, ne saurait se situer de ce point de vue. Nous avons en face, des personnalités qui ont une haute notion de la problématique. Nous préférons le croire quitte à venir le cas échéant à être convaincu sans à priori, du contraire.

Brice Rambaud: Votre mot de fin

Augustin AMEGA: Je préfère le garder pour la fin. Nous n’en sommes qu’au début et si nous avons quelque chose à dire à l’étape actuelle, c’est de demander à toutes et à tous de rester mobilisés. Nous ne devons pas nous faire d’illusion. Toute liberté pour être consolidée suppose de l’engagement et de disponibilité sans ménagement, surtout de la part de ceux qui sont appelés à en jouir. Si des solidarités viennent à s’exprimer, ce serait tant mieux. Mais il revient en premier aux journalistes de défendre la profession.

            Interview réalisée par Brice Rambaud

* Brice Rambaud est  allocataire de recherche à l’Université de Bordeaux 3. Auteur de «La presse écrite togolaise: acteur et témoin politique de l’ère Eyadèma (1967-2005)», publié dans la revue «Transcontinentales»  N°2 du 1er Semestre 2006

 

 

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