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Conférence d’Augustin Améga à l’Université Bordeaux 3

Débat sur un tournant historique de la presse togolaise

La presse togolaise a fait l’actualité de la recherche en sciences sociales à l’Université Bordeaux 3 Michel de Montaigne en ce mois d’octobre 2006. Augustin Améga, directeur de publication du Canard Indépendant et secrétaire-général de l’UJIT a donné une conférence sur un média qu’il connaît bien dans la capitale girondine.

Le Centre d’études des médias, de l’information et de la communication de l’Université Bordeaux 3, spécialisée dans les lettres et les sciences sociales, a accueilli Augustin Améga le 23 octobre 2006, pour une conférence de qualité sur la presse écrite au Togo. La manifestation s’est déroulée  à la Maison des sciences de l’homme d’Aquitaine devant un parterre de chercheurs, doctorants et personnes intéressées.
Le secrétaire-général de l’Union des journalistes indépendants du Togo (UJIT) a orienté sa communication sur les « Particularités, enjeux et perspectives de la presse togolaise ». Après un bref historique de la période de monopole étatique sur l’information (ou ère du «griotisme») et de la libéralisation des médias qui s’en est suivie à la faveur du vent de l’Est de 1989 (ou «journalisme de combat»), M. Améga a éclairé la place de la presse dans le paysage médiatique togolais de l’après-Eyadéma.

Du «sassa-tionnel»

De la difficulté d’accéder à l’information officielle à la publication de rumeurs entendues sur Radio-trottoir, en passant par le manque de professionnalisation d’une grande partie des journalistes du pays, les particularités de la presse togolaise convergeaient vers le « sassa-tionel ». Ce néologisme renvoie à la nécessité de vendre chaque journal par tout titre accrocheur, la publicité faisant cruellement défaut à cette activité qui en a pourtant structurellement besoin. La faiblesse du lectorat – due à un taux d’alphabétisation et un pouvoir d’achat restreints – explique également les difficultés économiques rencontrées. L’extrême politisation des journalistes, résultat de l’histoire et de la fracture politique pro ou anti Eyadéma qui a longtemps prévalu chez ces acteurs engagés de la société civile, a aussi été évoquée. Selon le conférencier, cette frontière va s’estomper progressivement, avec la poursuite du processus de démocratisation, car journalisme d’information devrait progressivement remplacer journalisme d’opinion au Togo.

Des enjeux et perspectives liés

Il n’est pas étonnant de trouver des enjeux et des perspectives directement liés à ces particularités, notamment la nécessaire formation des professionnels de l’information et la diversification des contenus, qui fait pour le moment défaut aux journaux.
Un des enjeux immédiats et prioritaires pour la presse au Togo est aussi le suivi honnête et responsable de la mutation politique actuelle. Pour M. Améga, «la Communauté européenne est sur le point de reprendre sa coopération avec le Togo, sans que les conditions d’une alternance politique pacifique ne soit assurées. La question pour la presse sera à présent de savoir comment accompagner ce processus de normalisation tout en œuvrant pour l’avènement d’une alternance par les urnes. Pour avoir toujours eu un rôle politique de premier plan, la presse togolaise ne pourra pas échapper à ce rendez-vous qui se précise déjà avec l’annonce de la mise en place de la CENI». Et l’orateur de mettre en garde ses confrères dans le traitement de l’information, surtout pour éviter les dérives liées au «sassa-tionnel» qui risquent de décrédibiliser les organes de presse.

De l’interdépendance presse-politique

De nombreuses questions sont venues de la salle. Parmi elles, la liberté de la presse et l’autocensure des journalistes ont fait débat. «Ce qu’ont remarque au Togo, c’est la différence incroyable entre la liberté de la presse écrite, où l’on peut maintenant tout dénoncer, et la radio encore très contrôlée!» s’exclame Etienne Damome, doctorant togolais en sciences de l’information et de la communication. «Vous n’ignorez pas que la presse reste un fait urbain, même loméen, et élitiste. Elle apparaît moins dangereuse que la radio qui touche tout le monde…» répond M. Améga. « La presse participe-t-elle la construction de la société civile en tant de paix?» demande un autre. «Pas assez, répond Augustin Améga, qui ajoute: nos contenus ne sont pas assez tournés vers la médiatisation des actions de la société civile, même si personnellement je fais tout pour ouvrir mes colonnes aux associations. C’est vrai nous devons aider à renforcer l’Etat de droit, à œuvrer à la construction d’une société civile structurée». Une forte tension existe donc entre rôle décisif de la presse en tant de crise et sa structuration en tant de paix. La presse est un parfait du monde politique au Togo. Avec la décrispation progressive de la situation politique, journalistes et hommes politiques doivent faire leur examen de conscience, afin d’assainir leurs mondes respectifs et interdépendants. «Restons vigilants, conclut M. Améga, car, tout comme le pays, on ne pourrait pas encore affirmer que la presse togolaise est définitivement à l’abri du péril».

Brice Rambaud

 

 

 

 

 

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