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Interview exclusive de Nibombé Daré

«… Il est inutile de changer de Président pour laisser en place le système opaque créé…»

10 novembre 2006

La nouvelle est tombée, tel un couperet. La Fédération internationale de football (Fifa) sur son insistance, a obtenu le 8 novembre dernier la dissolution de la Fédération togolaise de football et demandé la mise sur pied d’une structure censée porter sur les fonts baptismaux, une nouvelle équipe dirigeante de la Fédération togolaise de football.

Cette structure dirigée par l’ancien président de la Ftf Séyi Mèmène assistés de Mana Palanga journaliste sportif à la télévision nationale, d’Auguste Dogbo, président de la fédération togolaise de handball, va convoquer d’ici quelques semaines le congrès national du football togolais.

Pour beaucoup de sportifs togolais, cette nouvelle tombe à pic et va rectifier des années d’improvisation, de gestion opaque faite par Rock Gnassingbé à la tête de la fédération et redorer l’image de notre sport roi.

Connaissant son franc-parler et son habitude à dire les choses telles qu’elles, nous avons approché Nibombé Daré, le défenseur central des Eperviers du Togo et du RAEC-MONS, équipe de première division belge.

Longiligne, 1,96m pour 91 kg, Nibombé Daré, s’il juge satisfaisant la décision de la Fifa, demande qu’on fasse un ménage dans le football togolais. Il est temps devrait-il dire, qu’on professionnalise le sport roi togolais et qu’on le dote de structures et de moyens adéquats.
Le pivot de la défense des Eperviers revient également sur la dernière coupe du monde de football en Allemagne et parle de ses coéquipiers. Ambiance

Etiame.com: Nibombé Daré, bonjour et merci de bien vouloir répondre à nos questions. La Fédération togolaise de football vient d’être dissoute sur décision de la Fifa.

Nibombé Daré: Bonjour et je vous remercie aussi d'avoir porté votre choix sur moi pour cet  entretien.

C’est une bonne nouvelle d’entendre une chose pareille. Enfin il est temps qu’on réécrive une nouvelle page de l’histoire de notre football après tant d’années d’amateurisme et de gestion opaque.
C’est dommage que ce soit la Fifa qui intervienne pour nous dicter ce que nous devrons faire pour le bien de notre football et le bonheur du public sportif. Il faut dès à présent jeter de nouvelles bases pour asseoir une véritable structure professionnelle pour notre football. Que Rock Gnassingbé quitte la présidence de la fédération, certes mais ceux qui vont le remplacer doivent avoir des comportements différents.

Selon les statuts, Rock Gnassingbé peut encore se représenter pour postuler la présidence de la fédération. Qu’en dites-vous?

Ce serait dommage que les différentes ligues et les instances dirigeantes du football togolais  confient de si tôt la gestion à Rock Gnassingbé. Il leur appartient à eux seuls de décider.

Ce qui compte pour nous professionnels de football togolais, c’est que les problèmes soient résolus, notamment en matière de primes, de préparation et qu’on mette réellement sur pied une politique de formation des jeunes joueurs et de dotation en matériels et en budget des clubs nationaux.

Je veux également dire qu’il est inutile de changer de Président pour laisser en place le système opaque créé pour gérer notre football. Si la tête change, il va falloir faire un ménage à fond pour polir l’image de la Ftf.   

Revenons à la dernière coupe du monde. Pour sa première participation, beaucoup de problèmes avaient miné l’organisation et le parcours des Eperviers en Allemagne l’été dernier. Quelle leçon tirez-vous de cette expérience? Avec le recul, les Eperviers pouvaient-ils se comporter mieux?

(Ndlr, cette partie de l'interview a été réalisée avant la dissolution de la fédération).

C'est vrai qu'on a connu pas mal de soubresauts au cours de cette coupe du monde. A ce niveau de la compétition, on aurait pu négocier autrement pour trouver des réponses à nos problèmes, les résoudre avant d'arriver en Allemagne, mais ce ne fut pas le cas et le monde entier se souviendra longtemps de cette pagaille organisée par la FTF en général et son président en particulier.

S'il y a des leçons à tirer de cette mésaventure, c'est de son côté et chacun sait et doit savoir ce qui reste à faire pour la bonne cause de notre football qui tend vers la dérive si de bonnes mesures ne sont pas prises à temps.

Sur le terrain, si on n’a pas déçu dans le comportement de chacun, on sait néanmoins qu'on pouvait mieux faire et il suffisait de regarder tout le monde dans les vestiaires après les matchs pour savoir qu'on doit se reprocher quelque chose. D'ailleurs les statistiques  d'après match nous les démontrent encore plus.

Mais quoiqu'on dise, c'est une belle expérience d'avoir participé à une coupe du monde.

La désorganisation qui avait prévalu lors de la coupe du monde en Allemagne a-t-elle laissé des séquelles dans la cohésion du groupe jusqu’à ce jour ? 

Je dirai oui, dans la mesure où, d'abord on change d'entraîneur au grand dam de tout le public sportif togolais à quelques jours de la coupe du monde. Voilà comment avait commencé la désorganisation, puisqu'il fallait ça pour pouvoir rentrer dans le système mafieux de la FTF.

OTO Pfister avait choisi des joueurs qu’il n'avait jamais vu jouer sauf contre l'Arabie Saoudite à trois heures de l'envoi de la liste officielle. Il n'avait pas le choix, ce grand monsieur avait manqué de pouvoir de décision. L'honneur revenait ainsi à DOBOU, ATTOLOU, ADABLA, en association avec des anciens joueurs de faire la liste des 23 joueurs. Tout le monde connaît le résultat. Voilà, comment ils ont réussi à nous diviser dans un premier temps.

A ceci vient s'ajouter le problème des nos primes impayées. Vous ne trouvez pas que ça fait un peu trop pour une jeune nation comme la nôtre dans une phase finale d'une coupe du monde?

Dans le rang de ceux qui sont venus s'ajouter au groupe, il y en avait qui ont convaincu et d'autres beaucoup moins. Aujourd'hui certaines places au sein du dispositif de l’équipe n'ont toujours pas leurs occupants et s'il fallait refaire cette fameuse liste des 23, la moitié ne mériterait même pas la présélection (c'est mon point de vue personnel).

Même s’il y a encore des séquelles jusqu’à ce jour et même si l'ombre de cette coupe du monde plane encore dans nos esprits, il est de notre devoir, pour nous joueurs, de faire table rase du passé, de réinstaller la meilleure ambiance possible, pour que les Eperviers puissent voler haut.

Quels sont aujourd’hui vos rapports avec les autres joueurs de l’équipe nationale? Peux-tu nous dire exactement ce qui s’est passé entre Dossèvi Thomas et Adébayor à l’hôtel Sarakawa?

Je ne peux pas vous dire que c'est une ambiance des grands jours  dans le groupe et pire avec certains de nos camarades qui se sont désolidarisés en répondant à la première convocation d'après coupe du monde. On avait l'impression d'être trahi et je pense qu'ils n'ont pas compris le bien fondé de notre révolution. Même si on doit mettre nos différents en veilleuse et faire bloc sur le terrain, je peux vous certifier que le groupe est resté divisé avant la bataille de Bamako et ceci ne profite qu'à la FTF pour mieux installer sa politique habituelle de diviser pour mieux régner.

Quant à l'incident ADEBAYOR-DOSSEVI, je crois  qu'il a eu un grand écho et qu'il est grand temps de ramener les deux hommes à la raison. Le défi pour la qualification à la CAN2008 sera long et difficile, alors on aura besoin de tout le monde. Si Thomas (Dossèvi) a exagéré dans ses propos sur le site web de Valenciennes en n’étant pas souple avec Adébayor, lors des retrouvailles, le seul fait  de s'excuser devrait éteindre le feu.  Il faut  dire qu’Adebayor doit aussi contrôler sa tension quand il s'énerve. S’il n’y a avait pas de monde au comptoir du hall de l'hôtel ce soir-là, personne ne sait ce qui devrait arriver. Bon, c'est du passé, oublions et avançons, les deux hommes sont revenus à de meilleurs sentiments lors de notre périple de Bamako, je vous rassure que l'incident est clos.

Beaucoup de critiques fusent en ce moment sur la gestion du football togolais. Une délégation de la Fifa/Caf était à Lomé il y a quelques jours pour diagnostiquer le mal et aider le sport roi togolais à évoluer. Vous qui êtes au fait des problèmes à la FTF, que se passe-t-il exactement au sein de la fédération?

Il se passe ce que tout le monde sait. La FTF est depuis deux mandats, plongée dans un cafouillage total et il est temps de faire la grande lessive. Certains ont commencé c'est-à-dire les «bons saints» (les démissionnaires) et on attend les «mauvais saints» (les conseillers) de dire à «dieu» de suivre.

Si la Fifa intervient dans notre affaire, ce qui est une première, ça veut dire que nos maux trouveront remède et qu'elle va mettre à profit son savoir-faire pour aider le football togolais à voir clair.
Des années durant il y a eu absence totale de politique de subvention des clubs, ce qui entraîne les mauvaises prestations, la baisse de niveau de notre championnat. Ajoutés à cela les mauvais états de nos terrains de football, la corruption au niveau de l'arbitrage pour influencer les résultats des matchs, la mauvaise gestion des fonds, la politisation à outrance du sport roi, l'improvisation, l'amateurisme et la volonté manifeste de refus d’évoluer. Il est temps que ces responsables interrogent leur conscience et prennent des décisions rationnelles, car l'histoire les interpellera.

Après le mondial, beaucoup de professionnels dont vous, avez exigé le départ de Rock Gnassingbé de la présidence de la FTF avant votre participation éventuelle aux éliminatoires de la Can 2008. Si vous avez boycotté le premier match, le second a échappé à ce boycott. Pourquoi ? Rock vous a-t-il convaincu du contraire ? Ou comme il se raconte, vous a-t-il corrompu?

Il ne faut pas tout demander à Dieu si on sait s'adresser à ses saints. C'est vrai  que Rock Gnassingbé est indexé et qu'il est dans les collimateurs de pas mal de monde, je vais nuancer en disant que j'en veux plus à ses conseillers qu'à lui même, je sais ce que je dis.
Si nous sommes revenus sur nos décisions concernant notre retour en sélection sans avoir obtenu satisfaction (de nos doléances)  c'est simple et je m'explique:

1- Lors de sa dernière tournée en Europe, le président est venu nous expliquer ce qui s’est passé avec les démissionnaires, ce qu'il pense de chacun de nos doléances et ce qu'il fera si le reste des fonds de la Fifa rentraient. C'est vrai qu'il n'avait pas de liquidité avec lui et pour ça on a pris des gens à témoin en le laissant toutefois avec sa conscience.

2- Nous avons des obligations face à nous même et face à notre peuple. Si on n’a pas joué contre le Bénin, c'est parce qu’on n’avait pas senti manifestement la bonne volonté  de nos responsables par rapport à l'urgence des problèmes. Son déplacement chez nous, même si ce n’est pas dans ses habitudes, nous a réconforté et on s'est beaucoup parlé. Ce fut de beaux discours qu’on connaissait.
3- Il était accompagné d'un grand monsieur du football togolais devant qui tout footballeur togolais s'inclinerait (je ne vais pas citer son nom). En deux mots, ce monsieur nous a fait savoir ce qu'on pouvait attendre de lui, sans trop parler.

Voilà  en quelque sorte les arguments qui avaient pesé dans la balance pour notre retour en équipe nationale et s'il se dit, je ne sais de quelle source, qu'il nous a corrompu ou qu'il est corrupteur, cela n’a rien à voir avec nous. On peut aller lui demander combien il nous a donné pour nous faire changer d'avis. Dans tous les cas, le G5 (Adébayor, Kadher, Agassa, Tchangaï, Daré) n'est pas corruptible.

Le football togolais a-t-il un avenir? Les Eperviers peuvent-ils participer à la Can 2008 au Ghana?

Bien sur que notre football a un avenir et connaîtra des moments aussi forts que ceux qu'on vient de connaître avec la participation à la dernière coupe du monde, mais il faut que «le ciel se dégage» et qu'on s'organise de la meilleure façon et qu'on devienne plus professionnel dans la gestion et dans la politique sportive.

Beaucoup de jeunes joueurs arrivent à grands pas et seront plus exigeants que nous. On doit se préparer à les rassurer pour qu'ils ne connaissent pas les mêmes difficultés que notre génération. C'est comme ça que nous pouvons assurer l'avenir de notre football.
Quant aux Eperviers, la bataille sera rude pour la qualification pour la prochaine coupe d’Afrique et je pense que cela se jouera à la dernière journée entre le Togo et le Mali. Nous devons être solidaires en ramenant toutes les chances de notre côté, ce qui passe forcement par la résolution de nos problèmes internes et externes.
On joue et on doit désormais jouer, mais il faut aussi que tout le monde apporte sa pierre à la construction afin qu'on puisse arracher cette qualification. Les Eperviers doivent reconquérir le peuple par les résultats de ses performances à travers la communion des  populations pour que tout se déroule normalement. Nous devons nous qualifier, histoire d'offrir à nos supporters, une chance de nous suivre plus nombreux à la CAN prochaine au Ghana.

Vous êtes footballeur et vous évoluez dans le championnat belge de première division. Pouvez-vous faire un descriptif de votre parcours?

J'ai commencé comme tous les autres gamins d'Afrique dans les rues de la capitale Lomé dans les catégories d'âge du primaire, du secondaire, et au lycée avant d'apparaître dans la MODELE de Lomé qui fut mon premier club au niveau de l'élite du championnat local.

Après, mes aventures m'ont conduit à ASKO de Kara, LIBERTY PROFESSIONNALS DU GHANA, L'A.S.DOUANES de LOME, au F.C. LA LOUVIERE et au RAEC-MONS (Belgique)  où j’y suis il y a 4 saisons.

Comment voyez-vous votre avenir sportif après votre carrière de footballeur ? Etes-vous prêt à changer de club après Mons ? Avez-vous déjà des propositions?

Je n'y pense pas pour le moment, mais j'ai ma petite idée derrière la tête. Je vais m'inscrire à l'école de médecine afin de continuer ce que j'avais entrepris à l'ENAM (Ecole Nationale des Auxiliaires Médicaux) de Lomé. Contrairement à ce que les gens attendent, je ne vais pas continuer en football, c'est un milieu injuste et très difficile et si un jour je changeais d'avis, je créerai ma propre entreprise de football pour mieux suivre les choses.

Oui, j'étais à deux doigts de partir soit à Marseille, soit à Leverkusen l'été dernier, mais ce n'est que partie remise. La direction de Mons  avait trouvé  certaines propositions insuffisantes. Mais bon, pour un transfert, il y a beaucoup de choses qui se passent qu’un joueur ne maîtrise  pas.

Même si je me  qualifie de joueur moyen, j'aimerai aller faire d'autres expériences pour voir ce que je vaux dans un challenge d’un niveau un peu plus élevé. Mais comme on dit, on laisse tout à Dieu et au temps faire son chemin.

Je ne me plains pas d'être à MONS, car il vaut mieux être titulaire à MONS que réserviste confirmé à l’AC MILAN.

L’Afrique organise sa première coupe du monde en 2010. Est-ce pour vous, une réparation d’une injustice? Le continent sera-t-il prêt pour ce grand événement? 

Nous serons à la 19è édition d’une coupe du monde pour que l'honneur revienne enfin à l'Afrique d'organiser ce grand événement de football mondial. C'est une grande première pour le continent noir et la tâche ne sera pas facile. Pour moi c'est une mise à l'épreuve et nous  devons relever ce challenge pour montrer qu'on a eu tort de retarder les échéances et les chances qui furent les nôtres pour organiser une coupe du monde.

Il n'est jamais trop tard. Si la Fifa a attendu ce moment pour nous offrir nos chances, c'est qu'elle a suivi avec attention ce que notre continent pouvait apporter et offrir au football mondial. C'est injuste certes, mais nous devons être content et il revient à tous les Africains de pousser l’Afrique du Sud à une parfaite organisation. On ne nous  fera pas de cadeaux, car c'est l'Afrique et les jugements seront très sévères.

Les travaux ont commencé et on croise les doigts pour qu'on soit prêt le jour J afin de garder intact nos chances pour d'autres paramètres comme le nombre de participants africains à la phase finale de coupe du monde que la Fifa cherche à augmenter.
Il n’y a pas que dans le football que l'occident veut améliorer ses rapports vis-à-vis des africains. Regardez autour de vous et vous comprendrez.

Daré, votre mot de fin

Je n’aimerais pas terminer cet entretien sans dire aux lecteurs que ce ne sont que mes idées sur les questions posées. Je présente d’ores et déjà mes excuses à ceux que j’aurais involontairement offensés.

Je voudrais également remercier le public sportif togolais pour la confiance qu’il a exprimé à mon égard durant toutes ces années et je voudrais lui dire de garder espoir, car le football togolais est en plein essor et est l’un des meilleurs du continent pour l’instant. Certes, beaucoup reste à faire et il appartient à la fédération togolaise de football de se faire une conscience pour qu’on sorte de cet engrenage. Pour le reste on garde espoir.

Merci Daré

C’est moi qui vous remercie.

Interview réalisée
Par Nono Mitonyawo, Etiame.com

Mons (Belgique) le 4 novembre 2006

 

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