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Réforme de l’armée mise en péril

Kpatcha Gnassingbé recrute de nouveaux militaires

20 novembre 2006

Lors de la formation du gouvernement d’union nationale, il a été dit aux Togolais qu’il s’agissait d’un gouvernement de mission chargé de mettre en œuvre la feuille de route définie par l’Accord Politique Global. Il se raconte que certaines revendications sociales ne pourraient pas être satisfaites d’ici à huit mois. Et dans cette perspective, des consignes fermes auraient été données au ministre du Travail et de la Fonction Publique de ne procéder à aucun recrutement au cours de cette période.

Mais en revanche, le ministère de la Défense et des Anciens Combattants procède actuellement au recrutement des militaires dans les Forces armées togolaises (FAT). Et comme d’habitude, des anomalies sont constatées dans l’organisation. Ce qui veut dire que certaines régions seront plus favorisées que d’autres. Ce recrutement a commencé le lundi 06 novembre 2006 à Aného et Blitta pour s’achever le 25 novembre à Lomé et à Kara. Dans ces deux dernières villes, cette opération se déroulera pendant quatre jours. Alors que Sokodé qui est plus vaste et plus peuplé que Kara n’avait été servi que le 08 novembre 2006. Passons.

Ce recrutement intervient au moment où la question de la réforme de l’armée devient récurrente. Certes, la réforme de l’armée n’induit  pas la fin des recrutements pour le compte des FAT. Il est normal qu’on renouvèle de temps en temps l’effectif comme dans tous les autres secteurs. Mais il faut que des solutions soient d’abord proposées à cette question de réforme et que les conditions dans lesquelles les recrutements doivent se faire, soient bien définies. Les recrutements à caractères tribalistes et ethniques n’ont plus leur place dans un pays qui se veut un Etat de droit. Pourtant, c’est malheureusement ce qui va encore arriver avec la manière dont le présent recrutement est organisé. De plus, les nouvelles recrues seront formées aux vieilles méthodes et non à la manière d’un militaire moderne et républicain.

En clair, le recrutement organisé actuellement par le ministre de la Défense et des Anciens Combattants, Kpatcha Gnassingbé, est en porte-à-faux avec l’Accord Politique Global sur lequel sont fondées les actions du gouvernement Agboyibo. «Les Parties prenantes au Dialogue National recommandent au Gouvernement d’étudier les questions relatives à la réforme de l’Armée et des Forces de Sécurité. Ce processus de réformes devra s’inscrire dans la durée, et constituer une des priorités du Gouvernement», précisent les points 3.5 et 3.6 dudit Accord. Avec la supposée nouvelle donne, il est hors de question de chercher à augmenter l’effectif déjà pléthorique des FAT. Ce n’est pas une urgence de l’heure surtout que les militaires n’ont aucun rôle à jouer d’ici au 24 juin 2007. Les corps qui sont concernés par le processus électoral, ce sont la police et la gendarmerie qui jouent un rôle classique de maintien de l’ordre et de sécurité publique. Et ce n’est pas pour le Roi de Prusse qu’il est préconisé au point 2.1.3: «Dans le souci de renforcer les dispositions de maintien de l’ordre, les Parties prenantes au Dialogue préconisent un accroissement des effectifs et des moyens d’action de la Police et de la Gendarmerie afin de leur permettre d’assurer efficacement leurs missions, y compris en veillant à la sécurisation des activités des partis politiques et des opérations électorales». C’est ce dont ont besoin actuellement les Togolais. Le budget qui est alloué à ce recrutement, ne pourrait-il pas servir à résoudre le problème de «l’accroissement des effectifs et des moyens d’action de la Police et de la Gendarmerie»?

Somme toute, les Forces Armées Togolaises n’ont pas encore dit leur dernier mot. Le recrutement qui se déroule aujourd’hui alors que les autres secteurs d’activités surtout les plus vitaux sont bloqués, est la preuve que le pouvoir militaire continue de supplanter le pouvoir politique. Et c’est le lieu ici d’interpeller le Premier ministre, car dans tout pays normal, toute action entreprise par un ministre est d’abord soumise à l’appréciation du chef de gouvernement et du président de la République qui en jugent l’opportunité. On sait que le Président Faure est redevable à l’armée et ne verra pas d’un mauvais œil ce projet de son demi-frère. Mais la question qui revient comme un leitmotiv est de savoir si Me Agboyibo a été informé de ce recrutement. Si oui, a-t-il donné son accord? Les Togolais ne veulent plus vivre la situation d’avril 2005 où on a déversé sur les lieux des manifestations des jeunes recrues qui venaient à peine de boucler leur formation militaire (aptitude physique et maniement d’armes).

Zeus A.

 

 

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