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De Me Agboyibo et de son gouvernement:

Quand on n’a pas les moyens de ses actions, on démissionne

16 janvier 2006

Depuis quelques jours, la presse se déchaîne sur ce qu’elle considère comme un événement majeur, «une remise de pendule à l’heure» de Me Agboyibo à l’endroit du chef du clan Faure Gnassingbé lors de la présentation de vœux du gouvernement à celui que certains considèrent comme un chef d’Etat, Faure Gnassingbé et à son refus de participer aux festivités du 13 janvier.

En effet, il est fait allusion dans le discours du «chef du gouvernement», le fait que certains barons dans l’entourage de Faure Gnassingbé l’empêchent de jouer à fond le jeu démocratique.

On oublie de dire que dans le même discours, le leader du Car affirmait servir avec «loyauté et honnêteté» Faure Gnassingbé comme si la primature est un cadeau que ce dernier lui a octroyé.

Si Me Agboyibo est aujourd’hui Premier ministre, ceci est la résultante des conclusions de l’Accord politique global (que bon nombre de togolais continuent de contester) signé à Ouagadougou. Il n’a aucune allégeance à faire au clan Rpt, encore moins à Faure Gnassingbé, si ce n’est au peuple togolais devant qui il est responsable des actes qu’il pose et dans ce sens, lui doit à lui seul «loyauté et honnêteté».

C’est une bourde du Bélier noir que d’affirmer «loyauté» à un régime qu’il a passé une grande partie de sa vie à contester et à un Président mal élu qui, de surcroît, a ses mains couvertes de sang.

La réalité du pouvoir aujourd’hui est que Me Agboyibo n’a de nom que Chef de gouvernement. Car, tous les jours apporte son lot de contestation de son autorité et du respect que lui confère sa fonction de Premier ministre. Tout concoure à ce que son autorité soit la plus décriée possible et Faure Gnassingbé lui-même y contribue. Des exemples.

Faure Gnassingbé interdit à Agboyibo d’assister à la présentation des vœux du corps diplomatique
Début janvier, le corps diplomatique accrédité au Togo, était appelé, comme cela est de coutume dans tous les pays du monde, à aller présenter les vœux de nouvel an à qui vous savez. En principe, cette présentation de vœux se fait en présence du Chef du gouvernement et des membres de son cabinet.

Me Agboyibo, comme pour respecter la tradition, avait demandé au chef du clan Faure Gnassingbé à être présent en compagnie des membres de son cabinet à la présentation des vœux. Mal lui en pris car le patron du système mafieux Rpt lui en interdit toute participation. Les protestations du Premier ministre n’y firent rien et cela avait créé une tension entre la primature et la présidence. Ce fait, le Premier ministre ne le dénonce pas. Pourquoi Faure lui a-t-il refusé d’assister à cette cérémonie? Pourquoi n’y avait-il que des ministres proches de Faure à ses côtés devant le corps diplomatique? La primature en fait un black out total.

Des ministres aux ordres exclusifs de Faure Gnassingbé
Qui au Togo ne sait pas qu’il existe dans le gouvernement des ministres qui ont plus d’autorité et de pouvoir que le Premier ministre? De Bawara en passant par Bodjona, Louis Dogbé et consorts, Me Agboyibo n’a de prise que sur les membres de son parti au gouvernement.

Dans l’allusion faite par le Premier ministre lors de la présentation des vœux de son gouvernement, il disait que l’entourage de Faure influait sur sa bonne volonté à ouvrir le pays au changement. Ce serait faire preuve de myopie politique que de faire une telle affirmation. Car aucun membre de l’entourage de Faure ne saurait agir de son propre chef, si au départ il ne recevait d’ordre de son mentor. Si l’on sait que tous ceux qui gravitent autour de Faure le sont par clientélisme et qu’en réalité ils occupent une place qu’ils ne méritent, des postes de responsabilités où certains excellent dans des carences aussi notoires de gestion, on se rend à l’évidence qu’ils n’existent dans l’entourage du clan que des béni oui-oui qui ne sauraient prendre des initiatives sans se référer à Faure Gnassingbé.

Va-t-on conclure que Gilbert Bawara avait pris à lui seul l’initiative de ne pas avertir Me Agboyibo lors de la formulation de la demande de financement des législatives à l’UE si Faure n’était pas au courant?  

Va-t-on dire que les déplacements du même ministre en Europe ne sont pas couverts par le chef du clan Gnassingbé alors que Me Agboyibo n’est jamais informé à temps des voyages de son ministre? L’anecdote la plus ridicule raconte qu’alors que Me Agboyibo cherchait à joindre Gilbert Bawara à son cabinet, c’est sa secrétaire qui l’informe du voyage du ministre. De quelle autorité jouit donc Me Agboyibo?

La décision de la résiliation du contrat de MOOV, la compagnie de téléphonie mobile a été prise à la présidence de la République par Louis Dogbé et son patron sans que le Premier ministre n’en soit averti. Les contrats lient les sociétés à l’Etat représenté donc par le gouvernement. C’est une évidence primaire. Il appartenait à Me Agboyibo d’en discuter avec son ministre en charge du dossier et au-delà au sein du gouvernement pour qu’une décision soit prise. Dans le cas d’espèce, le leader du Car a appris la décision comme tout le monde sur des médias.
On se rappelle qu’il y a quelques semaines, Kaptcha, l’autre Gnassingbé au pouvoir, avait décidé seul de procéder à des recrutements dans l’armée. Là encore Agboyibo n’avait pas été consulté. Et les exemples d’un comportement aussi méprisant sont légions dans le système de fonctionnement du gouvernement.

Non participation au 13 janvier
Dans les arcanes du Car et de la Cdpa, on présente volontiers la non participation aux festivités du 13 janvier 2007 comme un trophée. Des communiqués diffusés par-ci et par-là tentent de faire croire que le gouvernement et son chef se désolidarisent des méthodes du régime Rpt en refusant de participer aux festivités de l’assassinat de Sylvanus Olympio, le premier président démocratiquement élu du Togo.

Et des confrères sont tombés dans le piège de ces partis politiques en étalant avec force détails ce refus par des arguties.

Il faut reconnaître que depuis septembre 2006, date de l’entrée en fonction du gouvernement Agboyibo (dont la composition lui a tout à fait échappé), le Rpt incarné par Faure Gnassingbé n’en fait qu’à sa tête. Sur des questions vitales liées à l’application rigoureuse de l’APG, le gouvernement n’est consulté que sur le furtif. L’essentiel des décisions étant réservé à Faure et à ses mici dominici.

Le 13 janvier, étant entendu que le dictateur Eyadèma est décédé, n’a plus sa valeur d’être. Et si le clan le célèbre, c’est qu’il se croit tout permis et n’a rien à foutre des membres du gouvernement qui contestent sa célébration.

Dès lors qu’un seul parti au gouvernement s’entête à célébrer une fête qui vexe d’autres partis plus nombreux au gouvernement, c’est dire que la cohésion n’existe plus. Dans des pays civilisés un gouvernement d’union nationale prend des décisions collégiales et une fois qu’un seul parti impose et applique ses points de vue tout le temps, les autres membres doivent jeter l’éponge pour ne pas jouer à la figuration. Mais hélas! Gnininvi et Agboyibo ne connaissent pas ce principe.

Il ne sert donc à rien de répercuter qu’on n’a pas assister à la fête du 13 janvier sur des médias. Il y a plus à faire du moment que votre voix au sein du gouvernement ne compte pas ou n’est pas pris en considération.

Honnêteté envers le peuple et rien qu’au peuple
Concernant les législatives de cette année, tout bloque sur les cartes d’électeurs parce que Faure a vite compris que non seulement les propositions de l’opposition risquait de mettre son parti en minorité à l’Assemblée nationale où la Constitution allait être réécrite pour le dépouiller de ses prérogatives actuelles remettant ainsi le pouvoir aux mains de l’exécutif incarné par un Premier ministre choisi par le peuple qui seul sera habilité à le démettre à travers ceux qu’il aura choisi à l’hémicycle, mais aussi et surtout que l’adoption des cartes d’électeurs infalsifiées avec photos vont être rééditées lors des élections présidentielles de 2010, ce qui réduirait considérablement le bourrage des urnes et les votes multiples dont le Rpt se sert pour remporter les différentes élections.

Dire donc que c’est l’entourage de Faure qui est de mauvaise foi pour l’instauration de la démocratie au Togo, relève tout simplement d’une imagination de l’esprit. Que les togolais se rappellent cette boutade du chef du clan reprenant une phrase chère à son défunt dictateur de papa: «lorsqu’on a le pouvoir, on ne le lâche plus».

Le clan qui est installé au Togo est un clan héréditaire et dangereux. Et ceux qui pensent qu’on peut le changer de l’intérieur se trompent lourdement. Ce régime ne peut changer. Il est à balayer. Et du moment où chacun s’accorde à reconnaître que la liberté ne se négocie pas mais s’arrache, il est donc primordial de remotiver les ardeurs de changement des togolais et de pousser le clan mafieux à lâcher du lest.

La «pacotille» chef du gouvernement qui sert de paravent à Faure Gnassingbé et à son clan et l’ensemble des membres de l’opposition (si on peut encore les considérer comme tel) du gouvernement, s’ils n’ont pas les moyens de leurs actions, par «honnêteté» et «loyauté» vis-à-vis des togolais doivent jeter le tablier et prouver la mauvaise foi des Gnassingbé et famille à ouvrir le pays à l’Etat de droit et à la démocratie. Il ne sert à rien d’occuper des fauteuils ministériels si en réalité on ne peut prendre des décisions ou influer considérablement sur l’action du gouvernement.  

La mise à feu de la Céni vient rappeler que Gnassingbé fils ne veut pas d’élections transparentes au Togo. Ce fait rappelle sans doute la sauvagerie de ceux qui gouvernent le Togo et qui ne connaissent que le langage de la violence et de la fraude pour perpétuer leur règne. Et les indiscrétions confirment que ce sont les mêmes qui avaient mis le feu à l’Institut Goethe en Avril 2005 en représailles au soutien de l’Allemagne à François Boko ancien ministre de l’intérieur démissionnaire, qui ont saccagé et incendié les locaux de la Céni. Et le rapport confidentiel des services de renseignement atteste que ce sont les militaires bérets verts de la garde de Faure qui ont commis un tel acte ignoble.

Le clan ne changera pas. Me Agboyibo doit donc inculquer cette vérité à sa conscience et arrêter de se morfondre à la primature comme il en a pris l’habitude. Cette résignation ne sert ni le Car encore moins le peuple. Il faut avoir le courage de poser des actes qui renforcent le peuple dans sa quête de liberté. Une démission du Car ou de la Cdpa du gouvernement ne sera que salvatrice dans la détermination des togolais pour le changement. Que ces «opposants» se rappellent donc un acte héroïque posé par un militaire un certain 22 avril 2005.

Jules Symféïtchéou, Etiame.com
 

 

 

 

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