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Interview de Me Agboyibo

«Tout gouvernement d’union comporte des risques...»

22 janvier 2007

Après avoir dirigé avec succès le dialogue interto­golais, vous voilà Premier ministre d’un gouvernement de large union nationale de votre point de vue, quels sont les critères qui ont sous-tendu votre nomination? Certains évoquent votre appartenance à une opposition radicale, d’autres votre clairvoyance ou votre pondération.
Les trois facteurs que vous évoquez ont dû certainement influer sur la décision de ma nomination. Entendons-nous d’abord sur ce que vous qualifiez «d’opposition radicale». Vous faites sans doute allusion à la fermeté de mon attachement aux valeurs qui ont guidé mon combat politique depuis 1987: respect des droits de l’homme, des libertés fondamentales, des principes démocratiques, etc. Je considère qu’il est inadmissible de faire preuve de complaisance dans l’énoncé et l’expression de ces valeurs. Et si le refus d’une telle complaisance signifie qu’on est un opposant radical, je comprends votre référence. Mais, en revanche, Je ne réalise pas pourquoi vous avez l’air de mettre en contraste fermeté et pondération. Car, il n’est guère possible de traduire dans les faits des convictions justes sans prendre en compte les réalités du terrain. Le pragmatisme, la pondération sont des impératifs incontournables de l’action politique au même titre que la fidélité aux principes et aux valeurs. On ne peut réussir ce dosage, que requiert l’action politique efficace, qu’en faisant constamment preuve de clairvoyance qui permet de discerner dans le processus de mise en œuvre des valeurs et des principes, ce qui est possible dans l’immédiat et ce qui est réalisable à terme. Vous comprenez alors pourquoi les trois facteurs que vous avez évoqués sont liés et ont été tous déterminants dans mon choix.

N’avez-vous pas des appréhensions quant à la cohésion de l’équipe gouvernementale?
Tout gouvernement d’union nationale comporte des risques, du fait qu’il est composé de ministres venant d’horizons divers, avec quelquefois des préoccupations antagoniques. Mais dans le cas d’espèce, ces risques sont moindres. L’équipe que je dirige est un gouvernement qui a une mission bien définie: conduire le pays à des élections libres, transparentes et démocratiques dans les neuf mois à venir. La poursuite de cet objectif, exaltant en soi, crée l’esprit de responsabilité et de cohésion. Tous les ministres sont conscients de l’œuvre commune à réaliser. Cela d’autant plus qu’il y va de l’intérêt et de l’avenir du Togo et de plusieurs générations. J’ai la conviction que la noblesse même de cet objectif est une garantie pour la réussite de la mission.

Auriez-vous des recettes pour garder cette équipe sous votre contrôle, étant entendu que chaque ministre aura tendance à ne pas s’éloigner de l’état-major de son parti ou d’être à ses ordres?
L’unique et décisive recette dont je peux me prévaloir est l’Accord politique global du 20 août 2006. Les formations politiques et les deux organisations de la société civile qui participent à ce gouvernement ont toutes signé cet Accord. J’imagine mal qu’après s’être engagée, à travers l’Accord, à œuvrer au dénouement de la grave crise que traverse le pays et à alléger les souffrances qu’endurent nos populations, une équipe qui a librement consenti de siéger au gouvernement s’adonne à des comportements de nature à faire échouer le processus consensuel en cours.

Pensez-vous avoir les coudées franches pour conduire l’action gouvernementale, pour ne pas avoir qu’une autorité contingentée?
Je n’ai aucun souci à me faire de ce point de vue. Le chef de l’Etat et moi-même sommes totalement en phase pour l’essentiel. Si j’avais pu conduire à bon port le dialogue national, c’était grâce à la confiance que le président m’a accordée. C’est en raison de cette confiance que nous avions pu réaliser des compromis sur la plupart des points de divergence. Je note que c’est ce même rapport de confiance qui sous-tend aujourd’hui nos relations. Dans une correspondance qu’il m’a adressée le 3 octobre dernier, le chef de l’État a rappelé les axes prioritaires de ma mission. A mon tour, j’ai envoyé aux ministères particulièrement impliqués dans l’encadrement du processus électoral, une correspondance spécifiant les tâches qui leur incombent en me référant aux dispositions de l’Accord politique global.

Comment avez-vous apprécié le refus de l’Union des forces de changement de siéger dans votre gouvernement? Comme un désaveu personnel d’un parti membre de l’opposition radicale?
Il est encore trop tôt pour parler de refus. Certes, les premières déclarations de Monsieur Gilchrist Olympio (président de l’Union des forces de changement, Ndlr) ont pu laisser apparaître une telle impression. Mais on a constaté que son parti et lui-même ont évolué sur la question. Tout porte à croire que le principe d’entrer au gouvernement est acquis. Il reste à en définir les modalités.

Les législatives anticipées étant annoncées pour juin 2007, quelles sont les actions que votre gouvernement entreprend ou envisage en vue du respect de cette échéance?
Dès le lendemain de la présentation du programme d’action de mon gouvernement à l’Assemblée nationale, j’ai écrit aux différentes parties signataires de l’Accord politique global pour recueillir les noms de leurs représentants à la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI). Toutes ont fait le nécessaire, et le vendredi 13 octobre 2006, l’Assemblée nationale a nommé les dix-neuf membres de la CENI.

Quelles actions d’urgence allez-vous engager pour alléger les souffrances des populations victimes de plus de treize ans de crise politique et de sanctions économiques de l’Union européenne?
Si les populations togolaises ont unanimement salué l’Accord Politique Global et la poursuite du processus par la formation du gouvernement d’union nationale, c’est qu’à leurs yeux, l’allègement de leurs souffrances en dépend pour une large part. Et ce n’est pas par hasard que tout le monde est soucieux du bon aboutissement du processus des élections législatives en cours. Mais en attendant, il faut que mon gouvernement s’attelle, avec les moyens dont dispose l’Etat, à faire face aux problèmes urgents de nos populations. C’est notre préoccupation de tous les instants. Une absolue priorité.

Propos recueillis par Amègnihoué Houndji Source:
Continental N°55 décembre 2006

 

 

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