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Lomé la capitale Pourquoi gaspiller des Milliards dans des élections frauduleuses? |
Philippe Hensmans coauteur du rapport d’Amnesty International: «…La France ne prend pas ses responsabilités pour faire pression sur le gouvernement togolais» 1er février 2007
Etiame.com: M. Hensmans
bonjour, présentez-vous
aux togolais Concrètement, qu’est-ce
que vous avez fait sur le terrain? Qu’avez-vous remarqué donc? Ce qui est intéressant est que du côté des partis de la majorité présidentielle, il y a exactement la même chose, c’est-à-dire les gens qui ont été victimes de représailles commises par des membres de l’opposition – il y a des gens qui ont été battus, il y a des gens qui ont perdu leurs biens – et là non plus il n’y a pas eu de réparation. C’est vrai qu’il y a eu la commission Koffigoh qui a été mis en place. Nous avions rencontré la commission, eu accès aux fichiers, rencontré des gens qui avaient porté plainte pour essayer de clarifier la situation. D’un côté comme de l’autre aucune justice n’a été rendue. En gros si on veut garder un message fondamental derrière ce qu’Amnesty dit dans son rapport et qui, pour la petite histoire avait été soumis au gouvernement avant publication pour qu’il puisse réagir d’ailleurs, réaction qui a été intégrée dans le rapport, est qu’il n’y a pas eu de justice qui ait été appliquée au Togo. Depuis plusieurs années déjà, Amnesty
International produit des rapports sur le Togo dont celui de
1999 qui avait créé des problèmes entre
l’organisation et le défunt dictateur Eyadèma.
Après publication des différents rapports, on remarque
que sur le plan des droits humains, rien ne change fondamentalement
dans le pays, que ce sont toujours les corps habillés
qui sont indexés. Que fait donc Amnesty pour qu’au-delà des
dénonciations et des recommandations le Togo puisse devenir
un Etat de droit? Donc nous faisons des recommandations au gouvernement. Un rapport d’Amnesty, ce n’est pas uniquement qu’une dénonciation des faits, c’est toujours accompagné d’une série de recommandations. Et si rien ne change,
vous faites des lobbyings auprès
des institutions internationales… Nous avons été voir les ambassadeurs locaux, nous avons été aussi voir nos sections pour faire du lobbying auprès des pays de la sous-région. C’est clair qu’une des cibles dans le travail comme celui-là doit être la France qui manifestement ne prend pas encore ses responsabilités dès lors qu’il s’agit de faire pression vraiment sur le gouvernement togolais. Pour les populations
togolaises lasses des abus et des violations des droits humains,
les rapports comme celui d’Amnesty
n’ont aucune prise sur le régime en place qui nargue
la communauté internationale Il est évident que lorsque des pays ont des intérêts majeurs dans un pays comme le Togo, que ce soit pour des raisons économiques ou des raisons militaires, notamment dans le cas de la crise en Côte-d’Ivoire où le Togo est une base arrière des opérations de la France dans la région, dans ces genres de situation, il est évident que la France ne peut pas faire pression sur les autorités togolaises pour qu’elles respectent un peu mieux les droits humains. Nous avons dit aux ambassadeurs de l’Union européenne qui donnent des subventions que vous avez des règles, par exemple les lignes de conduite en matière de respect des droits humains que les pays bénéficiaires doivent respecter et les ambassadeurs européens dans ces pays doivent développer des stratégies pour protéger les défenseurs des droits humains. Et c’est un discours que nous avons tenu aux ambassadeurs. Comme j’ai l’habitude de dire, la plus belle femme au monde ne peut donner que ce qu’elle a et c’est ce que fait Amnesty International. Sur place, avez-vous
rencontré des journalistes
qui font un travail formidable sur le terrain? C’est vrai que certains d’entre eux travaillent dans des conditions extrêmement difficiles notamment la pression des autorités, un système judiciaire pas complètement ouvert qui ne respecte pas le droit des justiciables, mais plutôt le droit du gouvernement. Revenons au dernier
rapport de votre organisation «Je
veux savoir pourquoi on a tué mon fils». Ce rapport
met l’accent sur l’impunité au Togo et le
désir des victimes d’obtenir réparation des
préjudices subis. Le rapport Koffigoh a donné des
pistes sur les auteurs présumés des crimes, celui
des nations unies également. Votre rencontre avec le pouvoir
togolais vous laisse-t-elle entrevoir que justice sera faite
enfin dans ce pays? Il est clair que ce n’est que sur base de la poursuite des auteurs de violences et de violations des droits humains que l’on peut rétablir un climat de confiance et donc une plus grande démocratie dans le pays. Tant que cela ne sera pas fait, on court le risque de voir les gens qui s’estiment tout permis. Ne croyez-vous pas
qu’en interdisant aux membres
de sa famille politique de porter plainte, le parti au pouvoir
se voit responsable des crimes liés aux élections
du printemps 2005? Quel avenir pour
ce pays en matière des droits
de l’homme? Les choses vont-elles s’améliorer? Lorsque vous visitez la prison de Lomé, c’est une prison qui a été entièrement rénovée avec des fonds de l’Union européenne, c’est une belle prison aux standards africains et même belges et en même temps ce qui est symbolique est que l’union européenne a financé une rénovation d’une prison dans laquelle se trouve des gens qui avaient protesté contre des élections qui n’étaient pas libres et démocratiques. Au lieu de faire pression sur le gouvernement, on se contente de financer une prison qui va enfermer des populations qui ne veulent que la justice. Et c’est là où se trouve tout le dilemme de l’UE aujourd’hui. Voilà pourquoi on insiste auprès de l’institution européenne qu’elle ait une attitude plus nette par rapport aux gouvernements qui continuent à violer les droits humains. Nous insistons également sur le fait que l’UE soit claire avec le Togo lorsqu’il demande la reprise des subsides européens parce qu’ils constituent des moyens de pressions sur le pouvoir. Et on va voir si c’est vrai ce que disent ceux qui soutiennent le pouvoir que le fils va faire mieux que le père en matière de respect des droits de l’homme ou si c’est une succession où on reprend les traditions, les armes et les bagages. C’est trop tôt pour le dire, nous nous allons continuer notre travail, d’examiner la situation et de se faire les porte-paroles des victimes qui est notre raison d’être. Pour conclure cet
entretien… M. Hensmans je vous remercie Entretien réalisé par Jules Symféïtchéou, Etiame.com
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