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De la gloire à la chute

Les vraies raisons du limogeage de Payadowa Boukpéssi

19 mars 2007

L'inamovible ministre du Budget, des Finances et des Privatisations, Payadowa Boukpéssi, a été limogé mercredi 14 mars dernier par un décret du chef de l'Etat. Il est remplacé selon le même décret, par M. Adji Ayassor, sécrétaitre général à la Présidence de la République qui serait un socio- économiste de formation.

Le chef du clan, Faure Gnassingbé s’est basé sur l'article 66 de la Constitution togolaise «recharcutée» de février 2005 qui stipule que le Chef de l’Etat, «sur proposition du Premier ministre, nomme les autres membres du Gouvernement et met fin à leurs fonctions». Cet article ne définit pas les conditions de limogeage d’un membre du gouvernement.

Le communiqué de Faure reste flou dès lors qu’il ne précise pas les raisons du limogeage de Boukpéssi, qui, disons-le, a été un des pions du régime et du système Rpt. Doit-on encore rappelé qu’avant d’être nommé ministre, l’intéressé est un député qui siégeait dans l’Assemblée monocolore Rpt?

Alors se posent des questions sur les véritables raisons de l’éviction de l’argentier du régime Faure Gnassingbé-Rpt. Et les supputations vont bon train. Mais nos investigations nous ont permis de savoir les raisons de la colère du clan Gnassingbé contre Boukpéssi. Et cette colère relève plus d’un règlement de compte et de mésententes entre la directrice des impôts Awade Nanan, qui est la maîtresse attitrée de Faure Gnassingbé que tout ce qui se raconte ici et là.

Au commencement étaient Elyo, l’argent des impôts, la brasserie du Bénin…
Jamais dans la longue dictature d’Eyadèma, un ministre n’a été aussi démis publiquement des ses fonctions par un décret présidentiel. Si Faure en était arrivé à humilier Boukpéssi, c’est qu’il a depuis un moment gardé des dents contre son ministre des finances qui s’est à la fois montré imprudent et gourmand dans les différends qui avaient opposé l’Etat togolais au groupe Elyo qui gérait l’électricité au Togo.

En effet, sitôt l’arrivée du clan au pouvoir, l’une de ses premières décisions était de retirer la licence d’exploitation et de distribution de l’électricité au groupe Elyo qu’il accusait alors de ne pas respecter ses engagements et d’être à l’origine des délestages dans notre pays.

A la vérité, le clan avait tenté de renégocier ce contrat dans lequel il voulait comme à son habitude lors des différents contrats de privatisation, avoir des pots-de-vin. C’est ainsi que Boukpéssi Payadowa a été chargé de revoir ce contrat avec Elyo à qui l’ex-ministre demandait 1 milliard de Francs Cfa pour lui et le clan afin que la licence d’exploitation de l’électricité ne soit pas rompu. Le groupe Elyo qui a trouvé cette procédure frauduleuse refuse de verser cet argent pour le clan et accuse l’Etat togolais et le ministre de «trafic d’influence, de tentatives de corruption» et affirme que c’est plutôt le régime Rpt qui ne respecte pas ses engagements le concernant. Dès lors que le groupe Elyo refusait «d’offrir» le milliard demandé au clan à travers Boukpéssi, les négociations vont échouer, ce qui va contraindre le groupe à assigner l’Etat togolais en justice. Et ce n’est pas Me Eric Sossah, l’avocat de l’Etat togolais qui démentirait cette information.

Pour finir, le clan va jusqu’à mentir qu’il n’a pas mandaté l’ex-ministre des finances Boukpéssi pour négocier un tel deal avec Elyo lors du procès. Or tout le monde sait que sous les Gnassingbé père et fils, aucun ministre ne peut demander un tel pot-de-vin et décider de la rupture d’un contrat s’il n’a pas auparavant reçu l’ordre ou l’aval du clan.

En outre, Payadowa Boukpéssi serait peut-être encore à son poste aujourd’hui s’il n’a pas voulu remettre Awade Nanan, la directrice des impôts à sa place en lui demandant de lui rendre des comptes étant son ministre de tutelle.

En effet en nommant cette dame au poste juteux des impôts, le chef du clan voulait s’assurer que l’argent que génère cette structure de l’Etat, rentrerait directement dans les caisses du clan et non au trésor public. Car qui d’autre qu’une maîtresse pourrait parfaitement respecter les instructions de son amant de qui elle tient une ascension professionnelle et sociale?

Il s’est fait que depuis qu’Ingrid Awade Nanan est nommée directrice des impôts, elle rend compte directement au chef du clan Faure Gnassingbé au lieu de se référer à son ministre de tutelle Boukpéssi Payadowa. Malgré le rappel à l’ordre de ce dernier, la patronne des impôts ne faisait qu’à sa tête. C’est ainsi qu’excédé par ce comportement, l’ex-ministre aurait piqué une colère en convoquant Ingrid Awade-Nanan dans son bureau pour lui relever sévèrement les bretelles. Fâchée, elle rend compte à son amant qui a décidé donc de punir Boukpéssi en le relevant de ses fonctions, non sans lui rappeler «ses erreurs» dans la privatisation de la brasserie du Bénin dont on l’accuse de l’avoir bradé à vil prix à des actionnaires français contre des dessous de table. 
 
En fait qui est Boukpéssi?
Né le 31 décembre 1954 à Ayengré (Sotouboua) dans la Région Centrale, M. Payadowa Boukpessi fit ses études secondaires au lycée de Sokodé sanctionnées par le baccalauréat série D en 1974. Ce qui lui ouvre les portes de l'Université des Sciences et Techniques d'Alger où il prépare avec succès son entrée à l'Ecole Polytechnique d'Alger qu'il intègre en 1976. Il en sortira en 1979 nanti du diplôme d'Ingénieur de Conception en Génie Civil. En 1982, il entre à l'Ecole des Travaux Publics d'Etat de Lyon en France où il découvre le CES en Bases Aériennes. Revenu au Togo, il s'inscrit à l'Université du Bénin à Lomé et obtient la Licence en Sciences de Gestion en 1984. En 2001, il obtient le DEA en Transport à l'Ecole Nationale des Ponts et Chaussées de Paris.

L'homme était jusque-là un illustre inconnu au Togo. Il faisait partie de ceux qu'on avait qualifiés à la Conférence nationale souveraine d' «opposants terribles» que le Premier ministre de la transition, Me Joseph Kokou Koffigoh, a cooptés pour «faire peur» à Eyadèma et mettre le Togo sur la voie de la démocratie. Il gérait alors le portefeuille du Commerce et des Transports. Mais quand la barque de la transition a pris de l'eau, le «démocrate» de Sotouboua a, en bon nageur, survécu.
Depuis lors, il a pratiquement été membre des différents gouvernements du satrape Gnassingbé Eyadèma. Au même moment, il se faisait régulièrement élire comme député du RPT dans son Sotouboua natal. C'est à raison qu'il est considéré comme l'un des barons du régime Gnassingbé.

Après le décès du Général-président, il réussit à se faire nommer ministre de l'Economie et des Finances dans le premier gouvernement de Faure dirigé par M. Edem Kodjo. Il a été aussi reconduit dans le fameux gouvernement d'union nationale comme ministre du Budget, des Finances et des Privatisations jusqu'au déclin intervenu le 14 mars 2007.

Jules Symféïtchéou, Etiame.com

 

 

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