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Pouvoir et opposition politiques en Afrique

A quand un déclic pour le changement des mentalités?

27 mars 2007

On désigne par opposition les partis politiques ou les mouvements n'appartenant pas à la majorité parlementaire et donc s'y opposant. L'opposition constitue un contre-pouvoir: elle permet d'éviter que la majorité, une fois parvenue au pouvoir, n'ait la tentation de suivre une politique trop extrême. C'est pour cela qu'en France, l'opposition dispose de différents moyens: la mise en cause de la responsabilité gouvernementale devant l'Assemblée nationale par la motion de censure, la saisine du Conseil constitutionnel, les questions posées au gouvernement dans les enceintes parlementaires... Elle représente aussi la possibilité d'une alternance politique: elle participe à l'existence du pluralisme politique, qui est une des bases de la démocratie. Ce pluralisme permet de choisir ses gouvernants, or il n'y a de choix véritable que si l'électeur peut se prononcer entre plusieurs possibilités. Ainsi, l'opposition, en proposant un nouveau cours à la politique nationale, permet aux citoyens éventuellement mécontents de disposer d'un recours. Enfin, l'opposition permet aussi de renouveler le personnel politique: lorsque la majorité perd le pouvoir, une nouvelle génération d'hommes politiques peut trouver une place de choix dans l'opposition et se préparer ainsi à assumer des fonctions importantes à l'occasion d'une victoire à venir. Le rôle de l'opposition est donc essentiel en démocratie. C'est pourquoi certains pays lui ont organisé un véritable statut. Ainsi, la Grande Bretagne a érigé la fonction de chef de l'opposition en fonction officielle: "chef de l'opposition de Sa Majesté".

Mais dans nombre de pays d'Afrique, cette place primordiale qu'occupe en démocratie l'opposition, est souvent occultée par le parti au pouvoir. Réfractaires aux critiques, ceux qui détiennent les rênes du pouvoir prennent leurs opposants pour des ennemis à abattre. Coups bas, harcèlements, emprisonnements, chasses à l'homme, menaces permanentes de mort deviennent leur lot quotidien. Quand tout va comme sur des roulettes, le parti au pouvoir s'en réjouit et en fait un trophée de chasse. Mais quand la machine s'enrhume, c'est l'opposition qui est indexée, malmenée. Dans certains cas, on se soude au pouvoir par le biais des parodies d'élections et on essuie les larmes à l'opposition en lui offrant des strapontins dans le cadre du gouvernement d'union nationale qui reste une bévue en démocratie.

Au Togo, l'opposition a connu un passé très mouvementé. Ceux qui s'étaient déclaré opposants au régime du dictateur Gnassingbé Eyadèma avaient connu la souffrance, l'exil, la prison. Réduits à la misère, certains d’entre eux étaient obligés de retourner leur veste, le temps de se refaire une santé financière. Alors des dénominations fantaisistes sont sorties des tiroirs pour qualifier cette cooptation par la dictature. Ainsi, a-t-on parlé d’ «opposition constructive», «lucide» ou encore «responsable».

En Guinée, au Tchad, au Gabon, au Cameroun, en République du Congo, les opposants sont soit bâillonnés, soit cooptés par le pouvoir pour une gestion à sens unique des affaires de l'Etat.

Le chef de l'Etat qui défraie actuellement la chronique et qui n'a que faire de son opposition, est le géronte Robert Mugabe du Zimbabwe. Le chef de file de son opposition Morgan Tsvangirai a été sauvagement molesté après son arrestation lors d' "une assemblée de prières" qu'il a organisée. La police est intervenue avec violence, en tirant sur les manifestants et en tuant une militante. Blessé à la tête et le visage tuméfié, l'opposant n'en démord pas et affirme que "la lutte continue". Mais pendant encore combien de temps? Le pire ne risque-t-il pas d'arriver?

Dans de tels contextes, les démocraties européennes doivent accorder une place plus importante aux oppositions africaines en recevant publiquement leurs leaders au lieu de se servir des réseaux de lobbyistes pour leur prodiguer des conseils qui, à la limite, les poussent dans les bras des satrapes au pouvoir. Aussi l’occident devra-t-il réagir vigoureusement et plus fermement lorsque, pour des débats d’idées et des contestations démocratiques, des dirigeants africains bâillonnent leur opposition.

La tragédie occasionnée en ce début d’année par le mourant dictateur guinnéen Lansana Conté demandant aux militaires à ses ordres de tirer sur des populations désespérées par des années de totalitarisme et de précarité, le satrape zimbabwéen qui n’entend pas donner l’espoir d’une alternance politique dans son pays, Sassou N’guesso qui confond parti-Etat et multipartisme au Congo, Faure Gnassingbé qui ignore les règles élémentaires de l’Etat de droit et de la bonne gouvernance, voilà autant d’occasion que les pays qui se veulent des modèles de démocratie doivent saisir pour rendre universel le droit de chaque peuple à la liberté et au libre choix. Mais pour se faire aider, encore faut-il que les oppositions africaines se respectent et adoptent des attitudes d’hommes d’Etats et de responsables politiques.
Qu’elles fassent leurs cette assertion de John G. Diefenbaker, dans une allocution prononcée devant l'Empire Club du Canada à Toronto, le 27 octobre 1949: «L'histoire nous prouve que la liberté s'évanouit toujours lorsqu'il n'y a plus de critique. L'opposition fait respecter et soutient les droits des minorités».

Nono Mitonyawo et Zeus AZIADOUVO, Etiame.com

 

 

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