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Sécurisation des élections

Des craintes sur l’immixtion des militaires dans le débat politique au Togo

02 avril 2007

L’une des préoccupations des Togolais à l’approche des élections législatives reste la problématique de la sécurisation des opérations de vote. Fort de ce qui s’est passé en 2005, l’Accord Politique Global (APG) a mis l’accent sur cette question. Dans la feuille de route du Gouvernement d’union nationale, il est demandé «de renforcer les mesures visant à assurer la sécurité des personnes et des biens sur toute l’étendue du territoire national et de veiller au strict respect des normes républicaines relatives à l’interventions des Forces de Sécurité dans le maintien de l’ordre et de la sécurité publique». Et quand on parle de la sécurité intérieure, on fait allusion à la police, à la gendarmerie et aux gardiens de la paix. C’est dans cet esprit que les parties signataires de l’accord ont convenu que des dispositions nécessaires soient prises  en vue de «la distinction entre les fonctions de l’Armée d’une part, et celles de la Police et de la Gendarmerie d’autre part, de façon à ce que l’Armée se consacre à sa mission de défense de l’intégrité du territoire national et les forces de Police et de la Gendarmerie à leur mission de maintien de l’ordre et de sécurité publique» (2.1.1).

Conscientes du rôle que jouent la police et la gendarmerie dans un processus électoral, les parties et la facilitation ont vivement souhaité l’augmentation de leur effectif. «Dans le souci de renforcer les dispositifs de maintien de l’ordre, les parties prenantes au dialogue préconisent un accroissement des effectifs et des moyens d’action de la Police et de la Gendarmerie afin de leur permettre d’assurer efficacement leurs missions, y compris en veillant à la sécurisation des activités des partis politiques et des opérations électorales». Au lieu que le gouvernement s’y attelle, c’est plutôt le ministère de la Défense qui a encore augmenté l’effectif des Forces Armées déjà pléthoriques. Le nombre des recrues pour le compte des FAT est de loin plus important que celui des jeunes policiers recrutés et qui sont actuellement en formation dans la partie septentrionale. Au lieu d’insister en amont sur l’accroissement de l’effectif des Forces de Sécurité, le Comité de Suivi s’est tu pour préconiser à quelques mois du scrutin une solution qui, si on ne prend pas garde, risque de tout remettre en cause. «S’agissant des questions liées à la sécurisation des opérations électorales, le Comité de Suivi recommande qu’avec l’appui du Facilitateur, il soit constitué un contingent regroupant des forces de défense et de sécurité qui sera mis à la disposition de la CENI et de ses démembrements», précise le communiqué ayant sanctionné les travaux de la 4è session du Comité de Suivi. N’est-ce pas curieux qu’après avoir défini le rôle des Forces Armées dans le nouveau statut, on demande à celles-ci de remplir une autre mission qui est en porte-à-faux avec l’esprit de l’APG? Et selon certaines indiscrétions, ce sont les jeunes militaires qui sont en train d’être formés dans le Nord, qui feraient partie de ce contingent. On soutient qu’ils ne reçoivent pas les mêmes formations que leurs prédécesseurs et qu’ils sont initiés aux valeurs républicaines. Mais il y a un danger qui se profile à l’horizon avec ces nouvelles recrues. Pour le processus électoral de 2005 par exemple, ce sont les mêmes personnes fraîchement sorties des centres de formation qui ont été larguées sur le terrain et qui ont commis de pires atrocités au sein de la population civile. Ces jeunes en quête de promotion sont prêts à tout dans un tel contexte. Il y a donc péril en la demeure.

En outre, il a été prévu dans l’APG «la mise en place, au niveau des observateurs internationaux, d’une structure pluridisciplinaire d’alerte composée d’experts civils et militaires sur les questions spécifiques de sécurisation des opérations électorales» (1.2.8). En clair, la présence d’observateurs militaires est souhaitée pour le bon déroulement du scrutin et pour constater de visu la neutralité des Forces Armées. Pour les législatives de 1994, c’étaient essentiellement les Français et les Burkinabé qui avaient fait ce travail et il y avait eu moins d’actes de violences lors des opérations de vote. Mais à l’approche des fameuses élections législatives, cet aspect du problème semble être ignoré par tous les acteurs. Personne n’ose aborder cette question de la présence des observateurs militaires étrangers censés plancher sur les problèmes de la sécurisation. N’est- ce pas que la venue de ces derniers pourrait rassurer tous ceux qui doutent encore de la bonne organisation du scrutin.

R.K.

 

 

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