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Conférence sur le Togo à Brême en Allemagne

Aider le Togo à retrouver la voie de la démocratie

30 avril 2007

Breme_tribune1Brême le 26 avril 2007. Par un temps chaud en ce printemps, le Togo était à l’honneur en Allemagne. Il s’agit de regrouper des acteurs de la société civile togolaise, allemande, française autour des questions liées au blocage du processus démocratique au Togo. Et les amis du Togo n’ont pas manqué à l’appel de même que la presse allemande.

Initiée par le Réseau Togo en Allemagne (une association informelle d’un nombre de groupes faisant partie des secteurs de l’Eglise, de l’aide au développement et des droits de l’homme), comprenant la Mission de Brême, le service des Eglises évangéliques en Allemagne pour le développement, Pain pour le monde, Commission allemande Justice et Paix, les Amis de la nature Allemagne, Groupe de coordination Togo, cette rencontre de deux jours qui se structurait autour des sujets «Démocratie, Réconciliation nationale et Promotion des droits de l’homme» et dont le thème général «Droits de l’homme et démocratisation – Nouvelles perspectives ou anciens blocages au Togo?», a coïncidé avec la date anniversaire de l’indépendance du Togo. C’est dire que le Togo tient toujours à cœur les Allemands.

Le Réseau n’a pas fait les choses à moitié, puisqu’elle a invité non seulement des acteurs de la société civile togolaise (CACIT, collectif des associations contre l’impunité au Togo représenté par André Kangni Afanou son secrétaire national, le GF2D dont Adjamagbo Johnson a tenu un exposé sur la situation actuelle dans le pays depuis la signature de l’Accord politique global), mais aussi des partenaires en développement du Togo, des organisations internationales de défense des droits de l’homme (Amnesty International) et les autorités togolaises représentées par M. Agoro Issowavana, attaché à l’Ambassade du Togo en Allemagne.

L’Union européenne était représentée par Bruno Gatta, chargé des questions togolaises à Bruxelles, Gaetan Mootoo d’Amnesty International France, Mme Heinke Wunderlich, coordinatrice de la section allemande d’Amnesty International, la coordination allemande pour la coopération au développement dont Friederik Tiemann est une conseillère.

Le coordinateur général de la rencontre, le Pasteur Menke Hannes de la Mission de Brême, en souhaitant la bienvenue aux participants, a regretté que la mort du Général Eyadèma n’ait pas pu permettre au Togo une alternance démocratique légitime. Néanmoins a-t-il dit, «on peut observer une nouvelle étape dans le dialogue politique qui s’est soldé par la signature de l’Accord politique global».

L’orateur principal de la première journée Me François Boko, ancien ministre de l’intérieur du Togo, très instruit de la question togolaise a tenu en haleine les délégués présents. Il a fait dans sa communication, l’historique des divisions au Togo depuis les indépendances en passant par les revendications légitimes du peuple togolais en 1990, au coup d’Etat du 5 février 2005 jusqu’à la signature de l’Accord politique global. Pour lui, si la situation politique actuelle est critique, l’avenir politique est plein d’espoir à condition que certaines réformes soient engagées et que la bonne foi puisse prédominer. Ainsi, il a affirmé que la démocratie à la base, la décentralisation doit permettre de remettre le pouvoir au peuple dans des instances communales. La réforme de la justice initiée par les partenaires en développement du Togo doit être faite en adoptant une indépendance de la magistrature à qui on doit permettre d’instruire tous les dossiers y compris ceux des proches ou des membres du pouvoir, la réforme de l’armée qui doit trouver un cadre structurel adéquat, la lutte contre l’impunité et la sécurisation des élections par la présence d’observateurs militaires internationaux. Il a conclu en souhaitant que tout ceci se fasse dans un dialogue où la société civile puisse jouer son rôle pour aller vers des réformes sectorielles.

Madame Adjamagbo-Johnson du Groupe de réflexion et d’action Femmes, Démocratie et Développement (GF2D) a dit qu’il existe un lien indissociable entre la démocratie et les droits des femmes. Elle a continué en insinuant qu’il n’y aura pas une véritable démocratie sans égalité et sans qu’il y ait une proportion suffisante de femmes dans la chose politique. Bien que faisant un peu plus de la moitié de la population, les femmes sont peu représentées dans toutes les institutions du pays. Pour exemple a-t-elle donné, sur 81 députés représentés à l’Assemblée nationale, seules 6 femmes sont présentes et sur 30 membres du gouvernement, on ne compte que 5 femmes. Mais les femmes, selon elle, ont toujours joué un rôle de premier plan au Togo. Le paradoxe est qu’une fois les agitations passées, on renvoie celles-ci au second plan alors qu’elles ont payé un lourd tribut depuis la décolonisation jusqu’au coup d’Etat sanglant de février 2005. Même si l’accord politique global est insuffisant, a-t-elle ajouté, il constitue un espoir pour la sortie de crise au Togo. Elle a conclu en disant que les femmes ne sont pas d’un opportunisme béat, mais doivent jouer un rôle de veille et de pression pour que le processus démocratique avance.

S’ensuivent donc des débats qui ont permis aux participants de poser des questions essentielles sur la sécurité au Togo, le retour des réfugiés, l’application effective du mode de scrutin choisi et de la fiabilité des élections législatives prochaines par le kit de sécurité.    

Le lendemain 27 avril, jour de la commémoration de l’indépendance du Togo, un culte de prière s’est tenu dans la chapelle de Haus am Hügel. Il a été célébré par le Père Eloie Yog Lambon Damigu de la Commission nationale togolaise Justice et Paix. Dans sa prière de circonstance, le Père Eloie a appelé les togolais à l’union, à la réconciliation et à l’espérance, car a dit-il, "tous en tant que fils de Dieu et ressuscités avec lui, nous avons le devoir de vivre dans son espérance et dans son amour. Seul l’amour de Dieu et du prochain, a-t-il conclu, peut conduire les togolais à unir leur destin dans un processus de réconciliation".

Place ensuite au débat qui a tourné autour de plusieurs points.
D’abord ce fut le tour du Pasteur Prosper Deh, Directeur de la CETA (Conférence des Eglises de toute l’Afrique) qui a axé son thème autour des versets bibliques et du rôle des Eglises dans le processus démocratique au Togo. L’Eglise selon lui, se veut impartiale, à la recherche de la vérité et est du côté des pauvres et des déshérités. C’est dans ce sens qu’elle a déploré les événements de février et d’avril 2005 alors qu’elle avait prévenu des risques de dérapages que peuvent constituer des élections organisées à la va-vite et sans qu’un processus de réconciliation véritable ne soit amorcé. M. Prosper Deh a terminé sa communication en affirmant que l’Eglise fera son devoir de sensibilisation des populations à la citoyenneté et les inciter à s’inscrire sur les listes électorales.

Ensuite Mlle Friedrike Tiemann, du Service allemand de développement, elle a parlé des efforts de coopération entre le gouvernement allemand et les acteurs de la société civile qui interviennent sur le terrain. Elle a dit que son organisation intervient dans quatre régions au Togo sur la décentralisation, la santé, la démocratie, l’intervention dans les milieux défavorables. Mlle Friedrike a enfin soutenu que les efforts du service allemand de développement trouve un écho favorable auprès des populations et des ONG au regard de l’engouement pour la demande des subsides. Mais elle a déploré le fait qu’il n’existe pas une corrélation entre les acteurs de la société civile, les médias et les syndicats afin que cette société civile devienne un acteur de poids dans le processus de réconciliation au Togo.

Les acteurs des droits de l’homme et de la sécurité ont enfin pris la parole pour un diagnostic de la situation des droits humains au Togo. Ainsi Gaetan Mootoo d’Amnesty International a affirmé que contrairement à certains pays africains, le Togo se singularise par la répression sanglante des mouvements de contestations des populations qui se solde par le départ des dizaines de milliers de réfugiés. Il a fait un parallèle entre l’attitude des populations des pays du Nord vis-à-vis des réfugiés qu’on a du mal a accepté dans ces sociétés et leurs conditions dans les pays du sud où ils sont accueillis à bras ouverts. D’après les derniers chiffres qu’il a communiqués, il y a à la fin de l’année 2006 plus de 9000 réfugiés qui sont encore au Bénin et au Ghana. Mais a-t-il dit, ces chiffres sont relatifs et ne reflètent pas la véritable situation des réfugiés qui doivent être plus nombreux et qui souffrent dans les camps d’Agamé et de Comé au Bénin.

Le Service international pour les droits de l’homme de Genève en Suisse représenté par Clément Voulé a pour sa part dit que si on demande le retour des réfugiés, il faut que cela soit accompagné de mesures sécuritaires afin que ces réfugiés ne soient pas inquiétés étant entendu que les auteurs des violences sont encore ceux qui sont au pouvoir.

Le président du CACIT (Collectif des associations contre l’impunité au Togo), section France M. Jérôme Kodjo Kouma pense que le crime crapuleux qui a ouvert la voie à de nombreux autres crimes découle de l’assassinat de Sylvanus Olympio en 1963. Il a lancé un appel à tous les amis du Togo de les aider à lutter contre l’impunité afin que de tels événements tragiques ne se répètent plus sur la terre de nos aïeux.

Son secrétaire national au Togo André Afanou a insisté sur la nécessité de retour des réfugiés qui doit se faire de manière volontaire selon la convention de l’ONU. Si théoriquement des conventions tripartites sont signées entre le Bénin, le Ghana et le Togo pour le retour des réfugiés, il demeure que, pour que les réfugiés puissent trouver une certaine sérénité, il faut que les conditions d’un Etat de droit soient remplies. Et ceci ne peut se faire sans la lutte contre l’impunité qui est une réalité, alors que l’Accord politique global prévoit la poursuite en justice des auteurs présumés des crimes, le dédommagement des victimes. Il importe donc de rendre applicables les rapports des Nations unies qui confirment les crimes commis. André Afanou a fustigé les déclarations d’Edem Kodjo qui affirmait après la sortie du rapport d’Amnesty International «Je veux savoir pourquoi on a tué mon fils», que «ce rapport est de nature à entamer les efforts de paix et la sérénité qui prévaut dans le pays». Il a exhorté les partenaires du Togo a aidé le CACIT à réussir son objectif d’aider les victimes et de déposer plainte auprès des juridictions compétentes.

Bruno Gatta, chargé des questions togolaises à la Commission européenne a fait un historique de la coopération unissant le Togo et Bruxelles. Pour lui, la suspension de la coopération avec le Togo qui date de 1993 étant la conséquence d’un «déficit démocratique» a été confirmée en 1998. En 2003, Koffi Sama, alors Premier ministre a demandé une révision de la suspension et l’amorce d’un dialogue avec le Togo. Cette demande a débouché sur la signature en avril 2004 des 22 engagements dont les principaux points ont été repris dans l’Accord politique global du 20 août 2006, lequel a permis le déblocage du 9è Fonds européen de développement. Il a fait le tour des différentes missions de l’UE qui se sont rendus au Togo et qui a donné un coup de fouet à l’application de l’APG (Accord politique global). M. Gatta a soulevé que l’observation des élections au Togo ne se fera que de manière civile surtout que les activités militaires ne relèvent pas du cadre de la commission européenne. Eventuellement, au niveau des accords de certains pays européens avec le Togo, cette observation militaire peut se faire dans un cadre strictement bilatéral. L’UE prévoit la mise en œuvre de plusieurs projets dans le domaine de la justice, du retour des réfugiés, de l’observation des élections. Même si l’UE n’intervient pas dans le domaine humanitaire, il convient de souligner cependant qu’elle prévoit dans le cadre de retour des réfugiés un aspect humanitaire au cours duquel le processus électoral demandant beaucoup de main d’œuvre, on puisse donner du travail aux réfugiés revenus au Togo.

Répondant à M. Gatta, Mme Adjamagbo-Johnson a salué les efforts fournis par l’UE qui a financé des projets sociaux et ceux tournés vers la démocratie malgré la suspension de la coopération. Mais a-t-elle dit, les togolais n’ont pas compris certaines positions prises par l’institution européenne. A un moment donné, a-t-elle continué, on avait l’impression que la reprise de la coopération était une fin en soi pour l’état de droit au Togo. Aussi a-t-elle demandé si «l’UE a pris des garanties nécessaires pour qu’une fois la coopération reprise, les causes ayant entraîné la suspension des relations avec le Togo ne se reproduisent? Pourquoi l’UE s’est-elle cachée derrière la CEDEAO pour donner un blanc seing au clan Gnassingbé à la suite des événements d’avril 2005? Est-ce que la Commission européenne ne pouvait faire mieux que de dire qu’elle n’apportera pas de financements au gouvernement togolais? N’était-ce pas une façon de lâcher les togolais, de les abandonner à leur sort»? Pour elle, après le décès d’Eyadèma, les 22 engagements étant caduques et dépassés pourquoi l’Union européenne s’est-elle précipitée sur un processus de légitimation du pouvoir de Faure Gnassingbé? Les togolais sentent une certaine frustration vis-à-vis de l’UE et soutiennent la fermeté de la position allemande au sein de la commission européenne, a-t-elle poursuivi. Elle a affirmé qu’il existe un lien fort qui unit le Togo à l’Allemagne et que cette dernière est plus proche des aspirations des togolais que l’instance européenne a-t-elle conclu.

A la fin de ces débats, trois commissions ont été formées pour réfléchir sur les perspectives d’avenir. Il s’agit des commissions «Responsabilité des Eglises et celles de la société civile au Togo» «Comment garantir le respect des droits de l’homme et initier la réconciliation au Togo» et «Contribution politique de l’Allemagne et de l’Union européenne au profit de la démocratisation et de la promotion des droits de l’homme au Togo».  

Les travaux des commissions qui ont duré presque quatre heures d’horloge, ont été fort instructifs lors de la plénière. Ainsi, des recommandations et des décisions ont été formulées pour que le processus de démocratisation puisse aboutir enfin au Togo. Certaines de ces recommandations seront adressées au gouvernement allemand, aux députés allemands du parlement européen pour qu’ils prennent la mesure des difficultés que rencontrent les acteurs qui luttent pour la démocratie au Togo afin de les aider efficacement pour l’avènement d’un Etat de droit au Togo. Décision a été également prise de saisir l’opportunité qu’offre la présidence européenne d’Angela Merkel, Chancelière allemande pour lui lancer un appel afin qu’elle puisse agir au sein de l’institution européenne en faveur du dossier togolais. 

En ce qui concerne la société civile, les participants s’engagent à renforcer la collaboration avec les membres de la société civile au Togo. Ils demandent que la société civile puisse se constituer en un groupe de pression afin de peser sur le processus de réconciliation, y compris les Eglises.

Pour l’accompagnement des élections, il a été demandé d’aider les associations sur le terrain et que les Eglises se mobilisent pour l’observation des élections, de favoriser l’éducation civique, de s’engager dans la problématique de la question des droits de l’homme. Il a été également demandé d’envoyer un courrier au médiateur dans la crise togolaise Blaise Compaoré pour qu’il parvienne à garantir la sécurité des électeurs au cours du prochain processus électoral au Togo.

Le Réseau Togo demande à ses membres de se mobiliser pour envoyer des observateurs lors des élections. Ce qui est sûr est que des observateurs de l’Eglise en Afrique seront présents pour la supervision des prochaines législatives. Les participants ont demandé que l’article 96 des accords de Cotonou qui subordonne l’aide au développement à une ouverture démocratique soit maintenue jusqu’au retour à l’ordre constitutionnel notamment le retour à la Constitution que le peuple togolais s’était librement doté en 1992. Mais cette clause a fait l’objet de discussion, les uns pensant qu’elle peut servir de prétexte pour un blocage du processus en cours, les autres soutenant que c’est un souhait formulé afin qu’on retrouve l’ordre constitutionnel. Mme Adjamagbo-Johnson a clarifié le débat en stipulant qu’il n’est pas question dans cette clause de demander le maintien des sanctions contre le Togo, mais que cette reprise soit modulée car on a remarqué que les élections législatives en soi ne garantiront pas une véritable démocratie au Togo du moment où les questions de l’indépendance de la justice, de la réforme de l’armée, de l’impunité et des réformes constitutionnelles ne soient résolues.

Cette conférence s’est tenue dans les locaux de «Haus am Hügel»  situés au nord de Brême les 26 et 27 avril 2007. Soulignons également qu’une conférence de presse avait réuni les médias allemands de Brême le 26 avril 2007 autour de la question de démocratisation au Togo.

Le soir du 27 avril, les étudiants togolais ont eu à donner à la fête de l’indépendance, une couleur particulière. Ils se sont réunis pour une conférence au cours de laquelle ils ont montré dans les locaux du «Evangelische Gemeinde» de la ville, les richesses culturelles du terroir national togolais dans des danses traditionnelles. Auparavant, Me Boko a éclairé l’assistance sur la situation politique actuelle et sur les perspectives de sortie de crise. Pour finir une soirée dansante a été organisée au cours de laquelle l’ancien ministre a été appelé à ouvrir le bal.

Auparavant, dans l’après-midi du samedi 26 avril, la délégation togolaise a été appelée à faire un petit tour de la ville de Brême pour apprécier la beauté et le charme de la cité des premiers évangélistes du Togo.

Reportage Innocent Sossou

(Pour toute reprise de photos ou de l'article, en citer impérativement la source)

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