Le clan Gnassingbé dans
la tourmente
Le Conseiller de Faure Gnassingbé Charles Debbasch a été arrêté
21 mai 2007
Juriste, conseiller du président
togolais, Faure Gnassingbé, Charles Debbasch, 69 ans,
a été appréhendé,
mercredi 16 mai, par la police de l'aéroport de Bruxelles
alors qu'il s'apprêtait à quitter la Belgique. Son
nom figurait dans le fichier Schengen des personnes recherchées
et il est l'objet d'un mandat d'arrêt international lancé par
la France pour détournement de fonds.
Invoquant un mauvais état de santé, M. Debbasch
aurait réclamé la visite d'un médecin. Celui-ci,
selon une source policière belge, a conclu à l'absence
de trouble grave. L'ambassadeur du Togo à Bruxelles, accompagné d'un
avocat, s'est ensuite présenté pour lui porter
assistance.
M. Debbasch a été déféré dans
la soirée au parquet de Bruxelles afin d'être présenté à un
magistrat appelé à statuer sur son sort. "Nous
laissons faire la justice", a indiqué au Monde un
diplomate français. Ancien président de l'université Aix-Marseille-III,
M. Debbasch pourrait faire l'objet d'une extradition vers la
France.
En 2005, la cour d'appel d'Aix-en-Provence avait confirmé sa
condamnation par contumace à deux ans de prison - dont
un an ferme - pour détournement d'œuvre et de fonds
au préjudice de la Fondation Vasarely, dont il fut le
président entre 1981 et 1993.
Redoutant que M. Debbasch "ne cherche (...) à échapper
par tous les moyens à l'exécution des peines prononcées",
les magistrats avaient assorti leur décision d'un mandat
d'arrêt international.
COUP D'ETAT CONSTITUTIONNEL
Celui-ci n'a guère été suivi d'effet. Et
pour cause : depuis des années, M. Debbasch a quitté la
France pour le Togo. S'il y a rang de ministre, son rôle
va bien au-delà. Après avoir été le
conseiller - écouté - de feu le président
Gnassingbé Eyadèma, disparu en février 2005,
l'ancien universitaire est devenu celui de son fils et successeur,
Faure Gnassingbé. Il aurait été en particulier
l'instigateur du "coup d'Etat constitutionnel" grâce
auquel ce dernier a pu s'emparer du pouvoir détenu pendant
trente-huit ans par son père. Un scrutin, très
controversé, a ensuite régularisé la situation.
Malgré le mandat d'arrêt international qui le vise,
M. Debbasch avait pu se rendre en France au printemps 2006 sans être
inquiété. L'avis de recherche le concernant avait été retiré pour
lui permettre de rencontrer à Paris un magistrat du parquet
et discuter d'un aménagement éventuel de sa peine,
comme une loi récente le permet.
Alerté, l'Elysée avait obtenu de la chancellerie
que le mandat d'arrêt soit à nouveau diffusé.
Depuis, M. Debbasch n'est, semble-t-il, pas retourné en
France.
Jean-Pierre Tuquoi et Jean-Pierre Stroobants (à Bruxelles)
LE MONDE | 18.05.07 | |