Recomposition de la Cour Constitutionnelle
et violation de l’APG
Faure Gnassingbé s'offre
un CDI à la tête du Togo
04 juin 2007
Les dés sont pipés. Faure Gnassingbé est
venu au pouvoir pour un CDI (Contrat à durée indéterminé).
Il vient de le prouver vendredi 2 juin 2007 dans la soirée
par la nomination de trois membres à la Cour constitutionnelle
qui sont venus compléter la liste des six autres membres
désignés par le parlement monocolore togolais.
Ainsi, Lucien Bébi Olympio, 76 ans, HOHOUETO Kindéna
Afiwa Evelyne, 52 ans, et le chef Yao David Adoboli GASSOU IV,
64 ans font dorénavant partie de la Cour Constitutionnelle
appelée à proroger la gestion monolithique et
monarchique de notre pays dans les années à venir.
Le Togo sera à son quatrième scrutin législatif
le 05 août prochain. Mais ces élections législatives
semblent remporter la primeur des attentions car intervenant
dans un contexte particulier. Elles sont le fruit d’un
processus d’apaisement enclenché depuis avril 2006.
A cette époque, fut lancé le n-ième dialogue
intertogolais qui aboutira à un accord dit Politique
Global signé par tous les acteurs politiques et dont l’issue
est l’organisation d’élections législatives
que l’on veut « justes, transparentes et
acceptables par tous». «Au terme des discussions
empreintes de franchise et de fraternité, les Parties
au Dialogue National Togolais ont affirmé leur volonté politique
d’œuvrer à une sortie de crise définitive.
A cet effet, elles ont convenu de proposer au Président
de la République la mise en place d’un Gouvernement
d’Union Nationale dans le but de restaurer la paix, la
sérénité et la confiance mutuelle et d’organiser
des élections législatives justes, transparentes
et acceptables par tous», lit-on dans l’APG.
L’une des raisons qui permet d’oser croire à la
transparence du scrutin est le fait que son organisation soit
retirée au ministère de l’Intérieur,
aujourd’hui de l’Administration territoriale et de
la Décentralisation et confiée à la CENI. «Les
Parties Prenantes au Dialogue conviennent que l’organisation
d’élections transparentes, justes et équitables
sera confiée à la Commission Electorale Nationale
Indépendante (CENI)», indique l’APG.
Cette souveraineté recouvrée par la CENI dans l’organisation
et la supervision du scrutin vient s’ajouter à une
autre raison qui permet aussi de croire à une clarté des élections;
il s’agit de la recomposition de la Cour Constitutionnelle. «Les
Parties prenantes au Dialogue National conviennent à propos
du contentieux des élections législatives que dans
l’esprit du Présent Accord, les organes compétents
procèdent à la recomposition de la Cour Constitutionnelle
en veillant à ce que les personnalités à nommer
répondent aux critères de professionnalisme, de
crédibilité et d’indépendance»,
dispose l’Accord du 20 août 2006. Malheureusement,
ces qualités de «crédibilité» et
surtout d’ «indépendance» ne
resteront que des vœux pieux. Car les hommes que vient
d’élire l’Assemblée nationale sont à des
années-lumière de répondre à ces
critères.
En effet, l’Assemblée nationale a procédé jeudi à l’élection
de membres devant siéger à la Cour Constitutionnelle,
comme le lui autorise la loi fondamentale de notre pays. En l’absence
d’un Sénat, la prérogative lui revenait de
choisir six au lieu de trois membres. Au cours de sa séance
plénière de jeudi dernier, elle s’est
exécutée. Les heureux élus ont pour noms :
Maman-Sani Aboudou-Salami, Kouami Amados-Djoko, Aboudou Assouma,
Mipamb Nahm-Tchougli, Arégba Polo et Koffi Tagbé.
Si leurs patronymes ne disent pas grand-chose, il est permis
de s’alarmer sur leur appartenance politique. Toutes ces
personnalités élues sont du Rassemblement du Peuple
Togolais. Cet état de chose porte de facto atteinte à l’esprit
de l’Accord Politique Global. L’accord recommandait
que les personnalités à nommer répondent
aux critères de «crédibilité et
d’indépendance». Voilà ce que
Abass Bonfoh et ses ouailles ont fait de cette recommandation.
Leur appartenance au RPT pourrait être amortie par leur éventuel «professionnalisme».
Malheureusement au sein du groupe, on retrouve des rescapés
de la bande à Atsu Koffi Améga. La juste évocation
de ce nom fait revenir à la mémoire des Togolais
des souvenirs amers. Malgré l’essence de sa mission
qui est de veiller au respect des textes juridiques qui régissent
le pays, la Cour Constitutionnelle n’a jamais dit le droit.
Elle a donné son aval à tous les hold-up électoraux
qui ont jalonné l’histoire électorale du
Togo. Le plus éhonté sera sa partition dans le
scénario ridicule de l’accession de Faure Gnassingbé au
pouvoir. Ceux qui ont prêté le serment suprême
de ne dire que le droit n’ont trouvé rien à dire
lorsque ce dernier captait le pouvoir quelques heures seulement
après le décès officiel de son papa. Cette
Cour accepta son serment malgré qu’il ait violé les
dispositions constitutionnelles préétablies qui
régissaient l’intérim. Elle reviendra avaliser
plus tard la Frauduleuse du 24 avril 2005 malgré tous
les actes de violences qui l’avaient émaillée.
C’est parce que les Parties au Dialogue national se sont
aperçues de la partialité de la Cour Constitutionnelle
qu’elles ont recommandé sa recomposition afin d’éviter
les expériences du passé. Mais quand l’Assemblée
inféodée au RPT élit de nouveau des personnalités
de l’ancienne Cour, et de surcroît du seul RPT, l’intention
est manifeste : le pouvoir veut embrigader le processus électoral.
La mauvaise foi de ce parti n’est plus qu’affirmée.
Il se raconte que dans la perspective de la recomposition équilibrée
de cette Cour, il a été demandé lors de
la dernière session du Comité de Suivi du 14 mai
dernier aux différentes parties représentées
de faire des propositions de noms. Certains responsables de formations
politiques de l’Opposition que nous avons joints affirment
s’être exécutés. Mais voilà qu’ils
sont pris de court par le RPT qui fait une fuite en avant et
choisit des personnalités qui lui sont inféodées.
Les regards sont maintenant tournés vers le choix que
fera le Chef de l’Etat. Il devra choisir, comme le lui
recommande la Constitution, trois représentants. Comme
pour amadouer les opposants, il se pourrait que l’on fasse
des jonglages ici. Qu’on ne s’étonne pas que
Faure Gnassingbé fasse le jeu en choisissant des personnalités
proches de l’opposition. Et là, ses fans auront
des arguments pour le louer à profusion. «Au
nom de sa politique de réconciliation…», «Vu
l’esprit nouveau qui l’anime…» patati
patata, entendra-t-on dire de lui. Mais que feront trois membres
proches de l’opposition face à six autres acquis
au pouvoir?
A une telle allure, peut-on dire que le RPT est vraiment animé d’un
esprit de voir le scrutin être organisé de façon
claire, transparente et acceptable par tous? That’s the
question.
TINO Kossi |