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Togo: Vers
une gestion opaque de la nouvelle société des
phosphates
Les membres du Conseil d’Administration
désignés dans l’entourage du clan. Gnininvi,
ministre de tutelle mis devant le fait accompli
13 juin 2007
En 1952, les premières recherches de phosphate au Togo
aboutirent à la découverte d’un gisement
sédimentaire étendu relativement important et de qualité.
Cinq ans plus tard, l’extraction et la commercialisation
ont été confiées à la Compagnie Togolaise
des Mines du Bénin (CTMB), une société dont
l’Etat togolais ne détenait que 35% du capital.
Selon l’histoire telle qu’elle est décrite
sous le dictateur Gnassingbé Eyadèma et reprise
dans la brochure de propagande «Togo:
Cap sur l’an 2000» du journaliste habitué des
salons feutrés des présidents africains, Blaise-Pascal
Tallah, «l’économie mondiale est toujours
en croissance forte et la production alimentaire ne cesse de
s’imposer comme mode de production rural». Les
besoins en engrais vont croître de façon vertigineuse
et le Maroc en position forte sur le marché mondial décide
en 1973 de multiplier par trois le prix de son phosphate. Quant à la
CTMB, elle refuse unilatéralement de s’aligner sur
les prix pratiqués par le Maroc. «Autant dire
que pour l’Etat togolais, c’est un manque à gagner
considérable que le chef de l’Etat n’entend
pas accepter. Coup de colère. Il informe alors Max Robert
(administrateur délégué de la CTMB) que «les
intérêts nationaux nous font l’obligation
de prendre désormais la responsabilité de la gestion
et de l’exploitation de nos ressources minières». En
conséquence de quoi, à compter du 1er janvier
1974, la participation de l’Etat togolais au capital social
de la CTMB est portée à 51% par apport du gisement:
les 49% restants demeurent entre les mains de partenaires privés».
Puis se produisit le pseudo «accident de Sarakawa» le
24 janvier 1974, soit 23 jours après la signature du nouveau
contrat. Le 4 février de la même année, la
CTMB devenait une société nationale au capital
entièrement souscrit par l’Etat togolais et le 4
février 1980, six ans plus tard, elle voyait sa raison
sociale changer pour devenir l’Office Togolais des Phosphates
(OTP) assurant depuis cette date, la production et la commercialisation.
Bien que la production annuelle en phosphate marchand soit passée
de 119 500 tonnes en 1961 à 2 932 800 tonnes
en 1980 et à 3 390 000 tonnes en 1989, la nationalisation
a ouvert la voie à une gestion opaque et aux dépenses
de prestige. Tout était concentré entre les mains
du clan Gnassingbé et les prodigalités étaient
courantes. «Nommé Directeur général
de l’Office Togolais des Phosphates (OTP) en décembre
1995, Kpanlou Patassé a hérité d’une
situation délicate caractérisée par le haut
niveau d’endettement de l’Office et les problèmes
par le processus de privatisation. Mais Kpanlou Patassé était
sans doute l’un des mieux placés pour relever le
défi de la restructuration de l’OTP»,
vantait Blaise-Pascal Tallah dans son fameux cahier de choux «Togo:
Cap sur l’an 2000». Mais malheureusement,
c’est sous la gestion de ce natif de Pya que l’OTP
connaîtra une descente aux enfers. A titre d’illustration,
l’ex-Premier ministre Agbéyomé Kodjo révélait
dans le brûlot qu’il avait rendu public au lendemain
de sa démission en juillet 2002 que: «Pour célébrer
le début du troisième millénaire, 2 milliards
de FCFA ont été dépensés par la Direction
de l’OTP pour acheter les boissons, 250 millions
de FCFA soustraits de la caisse pour acheter au chef de
l’Etat un buste à son image et 40 millions pour
lui offrir une canne sans compter le bradage du patrimoine de
l’OTP à Paris sous le couvert de prête-noms
alors que l’entreprise connaît d’intenses difficultés
financières et que notre pays rechigne pendant ce
temps à acheter un appareil de dialyse pour le CHU de
Tokoin pour la somme modique de 12 millions de F CFA. Dans certains
cas, pour couvrir les besoins de Lomé II, cette société n’hésite
pas à recourir à des prêts bancaires notamment
chez NATERSKI Bank dont le remboursement est transféré sur
la dette publique». Pour un ex-employé de
l’OTP, «Les ressources ont été mal
gérées et l’office a été confronté à des
détournements».
Pour corriger cette situation, la gestion de l’OTP a été confiée à l’International
Fertilizers Group, (IFG-Togo) un groupe prioritairement constitué entre
le groupe BRIFCO Limited (représenté par M. Moncef
Kaouach, président de la Compagnie Financière de
la Méditerranée) et le gouvernement togolais. Le
capital de IFG-Togo est chiffré à 9 milliards F
CFA. Mais cette société n’a pas pu
redresser ce secteur. «L’activité n’est
plus rentable depuis plus de dix ans en raison de l’état de
dégradation avancé des machines et autres matériels,
alors que les charges fixes n’ont pas diminué»,
confirme un responsable de la société. A preuve,
la production du phosphate brut est passée de 5,4 millions
de tonnes en 1997 à 2,4 millions en 2006.
C’est pour donc sauver le secteur que le gouvernement
a, au Conseil des ministres du 14 mai dernier, décidé de
dissoudre IFG-Togo et de créer la Société Nouvelle
des Phosphates du Togo (SNPT). «L’incapacité à remplir
leurs obligations montrée par l’Office Togolais
des Phosphates (OTP) puis par l’International Fertilizers
Group-Togo (IFG-Togo) auquel il a cédé la gérance
de son activité, a conduit à une situation sinistrée
de notre industrie phosphatière alors que le phosphate
togolais est très apprécié sur le plan international», indique
un communiqué de la présidence de la République
togolaise. Selon des services techniques du ministère
des Mines cités par «republicoftogo.com», l’Etat
devra investir plus de 30 milliards de FCFA pour la réhabilitation
des machines et autres matériels.
La nouvelle société a pratiquement pris corps
et des discussions seraient en cours avec la Banque islamique
de développement pour aider le Togo à sauver
son phosphate. Mais comme dit l’adage «chasser
le naturel, il revient au galop», les habitudes de
la maison ont refait surface lors de la constitution du Conseil
d’administration. Contrairement au discours qui veut faire
croire que «L’Etat veut repartir sur de nouvelles
et saines bases en raison du poids du phosphate dans l’économie
nationale», des contorsions sont faites pour saboter à nouveau
la gestion de l’entreprise à peine mise sur pied à travers
des structures opaques. Le Conseil d’administration de
la nouvelle société est dans le giron familial.
Presque tous les membres de ce conseil sont proches du clan qui
régente le Togo depuis plus de 40 ans. Selon des indiscrétions,
c’est l’ancien Premier ministre Koffi Sama qui serait
nommé à la tête du Conseil d’Administration,
une façon de le remercier pour services rendus au
clan. Pour les autres membres, on cite Mme Ingrid Awadé Nanan,
directrice des Impôts et maîtresse attitrée
de Faure Gnassingbé, M. Kanékatoua, directeur
de la BTCI et Président du Conseil d’administration
de Togotelecom dont tout le monde connaît le zèle à servir
les Gnassingbé père et fils.
D’autres sources font état de ce que le ministre
des Mines et de l’Energie, le ministère de tutelle
de la nouvelle société, ne serait pas associé à la
désignation des membres devant constituer cette structure.
Tout se serait donc fait à son insu. Et c’est seulement
au cours du dernier réglage que le ministre aurait été précipitamment
invité et mis devant le fait accompli. Bizarre n’est-ce
pas? Ce n’est pas le ministre de tutelle qui a convoqué et
présidé la réunion. Tout aurait été fait
par son collègue des Finances. Est-ce par cette méthode
que Faure Gnassingbé, «un leader Nouveau, un
esprit nouveau» entend faire du Togo «l’or
de l’humanité»?
Qu’on ne se trompe donc guère: le Togo sous la
monarchie actuelle ne connaîtra que la misère et
la pauvreté. L’enrichissement illicite et le siphonnement
de l’économie nationale sont le sport national des
barons et des membres du clan qui gravitent autour des sphères
du pouvoir. A quand donc un nettoyage à fond de la maison
Togo et un balayage de tous ces prédateurs?
Jules Symféïtchéou & R.
Kédjagni Etiame.com
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