Des amis africains
de Sarko à la question?
Enquête préliminaires
sur les acquisitions de Chefs d’Etas, mais faut pas rêver…
28 juin 2007
Si elle est menée avec sérieux, l’enquête
préliminaire ouverte le 18 juin par le parquet de Paris
sur «les biens mal acquis» de dictateurs
africains en France risque fort d’embarrasser Sarkozy.
Lequel ne cesse pourtant de plaider pour une diplomatie affranchie
de l’affairisme et des pratiques antidémocratiques.
C’est que la plainte déposée par des associations
de défense des droits de l’homme pour «recel
de détournement de fonds publics», vise en
premier lieu, deux chefs d’Etats amis du président
(après avoir été ceux de Chirac). A savoir
le Congolais Denis Sassou Nguesso que Sarkozy dit «apprécier» et
surtout le Gabonais Omar Bongo. En trois mois ce dernier a rencontré officiellement
deux fois Sarko: le 19 mars en le recevant dans sa résidence
privée à Paris et le 25 mai à l’Elysée.
Pour l’instant les recherches de l’Office central
de répression de la grande délinquance financière
portent sur les biens immobiliers acquis en France.
Concernant Bongo, l’achat d’une résidence à Nice,
d’un hôtel particulier et de plusieurs appartements
dans le XVIe arrondissement de Paris.
Idem pour Sassou: quelques masures avenue Rapp et Foch, une
luxueuse villa au Résinet (Yvelines) avec marbre de Carrare,
tapis d’Aubusson et robinets plaqués or, ainsi qu’un
gourbi de 550 m2 à Courbevoie (Hauts-de-Seine), appartenant à son
neveu Wilfrid. Logement dont le parking a abrité une collection
de voitures de luxe – Jaguar, Porsche et Aston Matin – qui
a déjà fait l’admiration d’un journaliste
du «Canard».
Fonds vautours et curieux
Ces menus investissements ne sont qu’une goutte d’eau
dans la fortune – chiffrée en centaines de millions
d’euros – de ces chefs d’Etat. De simples émoluments
présidentiels n’y suffiraient pas… Pourvu
tout de même que l’enquête ne fasse pas autant
de tapage qu’aux Etats-Unis, où les comptes de Bongo
se sont retrouvés épluchés par le Sénat
américain. Lequel a établi qu’entre 1985
et 1997 une centaine de millions d’euros avaient atterri
sur les comptes d’Omar à la Citybank, sans la moindre
justification.
De même les enquêtes diligentées par des
fonds d’investissement (FG Hémisphère, Kensington)
créanciers du Congo ont permis de décortiquer le
système Sassou. Exemple d’astuce: l’Etat congolais
vend une partie de son pétrole – au-dessous des
prix du marché – à des proches du Président.
Qui les revendent, en empochant d’énormes plus-values.
Selon les dirigeants de Kensington, certains groupes français
auraient profité de la manne en intervenant dans ce circuit.
Le pétrolier Total par exemple, mais aussi BNP Paribas,
contre lequel le fonds britannique a déposé plainte
en 2005 pour «blanchiment d’argent».
Shocking!
Procureur en folie
Reste à comprendre quelle mouche a piqué Jean-Claude
Marin, le procureur de Paris, qui après trois mois de
réflexion, s’est décidé à lancer
cette enquête à haut risque. De familiers du magistrat
(qui ne passe pas, c’est un euphémisme, pour un
antisarkoziste farouche), avancent deux explications. Et d’une,
l’entourage de Sarkozy, confiant dans la «rupture» promise,
a donné son feu vert sans arrière-pensées.
Celui-ci n’a-t-il pas déclaré qu’économiquement
parlant «la France n’a pas besoin de l’Afrique»? Un
argument à expliquer à Total et aux banques, mais
aussi à d’autres groupes actifs sur le continent
et dirigé par des amis du Président, comme Bouygues
ou Bolloré.
Et de deux, l’ouverture d’une enquête préliminaire
permet d’empêcher le «dépôt d’une
plainte avec constitution de partie civile» qui, lui, entraînerait
illico la désignation d’un juge d’instruction.
La procédure préliminaire prouve qu’aucun
domaine n’est tabou… en attendant un classement
en règle.
Dans ce cas comme dans l’autre, un excès de zèle
ne serait pas du meilleur goût. Mais après trois
ans et demi de Sarkozy à l’intérieur, la
police sait se tenir.
Jean-François Julliard «Le
Canard enchaîné» du mercredi 27 juin 2007
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