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Libre opinion: «Processus électoral: Me Agboyibo à l’épreuve de l’APG»

Des propos et des actes aux antipodes de l’Amour

26-Jul-2007

Me Agboyibo, PM du TogoLe surtitre ci-dessus est le titre principal d’un article paru dans l’hebdomadaire «Le Changement» N°076 du 07 Juin 2007, P.8 et qui vantait les mérites personnels de Me Agboyibo: sa sagesse, son pragmatisme, son intelligence politique, etc. et sa dernière trouvaille: «la dimension spirituelle qu’il imprime à la lutte pour le changement au Togo». Quel pharisaïsme que ce spectacle auquel Me Agboyibo s’est livré à Kpalimé! Le Togo a terriblement souffert et souffre encore de la haine viscérale que Me Agboyibo portait à Edem Kodjo pour des raisons qui seront évoquées plus loin et que l’autre lui rendait copieusement, comme s’il existait un accord tacite entre les deux hommes pour réduire le pays à néant. Il est donc à craindre que ce que l’on appelle «la dimension  spirituelle» imprimée à la lutte pour le changement au Togo par Me Agboyibo ne soit qu’un leurre, une fourberie ou une roublardise qui ne visent qu’à flouer le peuple togolais en quête de sa libération par le truchement des élections législatives en vue et qui se trouvent, à l’heure actuelle, hypothéquées par le positionnement politique de Me Agboyibo depuis le début du dialogue intertogolais de l’ère Faure Gnassingbé. Pour le commun des Togolais, Me Agboyibo est devenu un allié objectif du RPT. Mais il ne resterait, à son corps défendant, qu’un allié de seconde zone, un faire-valoir après les législatives, comme l’ont été tant d’autres avant lui. Se rappelle-t-il de l’anecdote de «celui qui mange dans la main du singe…» qui lui a été racontée à l’Assemblée nationale lors de la présentation de son programme d’investiture?

Me Agboyibo est pire que Zachée
L’exemple de Zachée et du Christ  que Me Agboyibo a pris dans son intervention lors de la journée de glorification du Seigneur organisée par le CAR à Kpalimé le 19 mai 2007 est fort intéressant. Tout  simplement parce que Zachée a pris conscience, à un moment donné, de ce qu’il était: un publicain ou un percepteur rigoriste dont l’action et le comportement frisent la triche (sinon le vol) commis sur ses contemporains, au service des Romains, d’où sa démarche, cherchant à voir le Christ en s’affichant sur un arbre. Sinon, il serait resté au milieu du peuple pour acclamer ou ovationner le Seigneur au passage si c’était seulement pour lui une question de le voir. Mais non, il s’est démarqué de tout le monde, pour être vu, en quête de l’Amour du Christ. Agboyibo n’a pas encore pris conscience de son positionnement politique, de sa trahison de la volonté du peuple togolais qui cherche sa libération. Mais il prône l’Amour. De quel amour parle-t-il? De l’AMOUR de Dieu qui est Dieu ou de l’amour égoïste, qui est celui de  soi, de sa volonté, de sa personne, de ses acquis : son pouvoir est tout ce qui en découle? Voyons : Me Agboyibo prône l’Amour avec A (ou en toutes majuscules),  Monsieur Edem Kodjo prône le «grand pardon». Se sont-ils, ces deux hommes, rencontrés, réconciliés? Sinon, leurs propos évangéliques ne sont que des hérésies, du pharisaïsme. Qu’ils s’inscrivent à «ZION-TO» pour se faire écouter, et non dans des meetings des partis politiques. Un parti politique est créé pour faire de la politique. Devant le Seigneur, Zachée a promis «de retourner voir les gens à qui il aurait extorqué quelque chose…». Dans les propos de Zachée, on sent qu’il a préparé «sa confession». Le Seigneur ne lui a posé aucune question, mais, lui-même s’est amendé, il a tout dit de lui-même. C’est une  conversion radicale chez Zachée. Depuis le soulèvement populaire du 05 octobre 1990 au Togo et après l’épisode de Joseph Kokou Koffigoh qui a pérennisé la transition politique, M. Edem Kodjo et Me Yawovi Agboyibo, ces deux hommes qui ne manquent aucune occasion pour s’afficher comme étant  des hommes de foi chrétienne, ont constitué la pierre d’achoppement du changement. Leur positionnement politique continue d’inquiéter sérieusement, particulièrement celui de Me Agboyibo, en ce moment ultime où la communauté internationale se tient aux côtés du peuple togolais pour l’aider à se libérer de la dictature la plus nuisible qui soit pour le pays.

Qu’est-ce que Me Agboyibo et le CAR reprochent-ils à l’UFC?
Tout le monde le sait, au lendemain des législatives de février 1994, Edem Kodjo dont le parti, l’UTD, n’avait que 7 députés, a été nommé Premier ministre, contre la logique qui plaçait Me Agboyibo à ce poste. Concrétisant cette logique consensuelle (le Gal Eyadema élu président de la République par un scrutin marqué par une forte abstention prônée par tous les partis politiques de l’opposition à l’époque : environ 300 000 votants contre près de 3 millions d’inscrits) la communauté internationale n’a pas levé la suspension de la coopération, sanction prise contre le régime togolais suite aux événements tragiques de Fréau Jardin de janvier 1993. La communauté internationale faisait obligation au gouvernement d’Edem Kodjo d’inclure l’opposition parlementaire composée du CAR de Me Agboyibo avec 36 députés. Le CAR et l’UTD rassemblaient 43 députés sur les 81 que comptait l’Assemblée nationale, soit la majorité absolue. A l’époque, le gouvernement d’Edem Kodjo et le Président de la République ayant buté pendant plus de six mois sans recouvrer la reconnaissance internationale, de nombreux observateurs avisés avaient conseillé à Me Agboyibo et à son parti, le CAR, d’intégrer ce gouvernement, avec leurs exigences : portefeuilles à occuper et programme politique à exécuter. Pour n’avoir pas occupé le poste de Premier ministre, Me Agboyibo et son parti, le CAR, avaient catégoriquement rejeté toutes les offres qui ont été faites et cela pendant toute la législature. Qu’est-ce que le CAR et son Président, Me Agboyibo, reprochent-ils aujourd’hui à l’UFC quand ce parti et son leader, Gilchrist Olympio, refusent d’entrer dans leur gouvernement ? Tout le monde sait également que le scrutin présidentiel du 24 avril 2005 a été remporté par le candidat de l’UFC, en l’occurrence Bob Akitani. Mais par la force brute, il a été évincé de sa victoire. Si, suite à ces événements, le dialogue intertogolais a abouti à la solution de la formation d’un gouvernement d’union nationale avec à sa tête un Premier ministre venant du rang de l’opposition, ce personnage ne pouvait provenir que de l’UFC où à défaut, il ne pouvait qu’être l’émanation d’un consensus de l’opposition. Et Me Agboyibo sait bien que sa désignation ne résulte pas de ce consensus puisqu’il a été désigné à l’insu de l’UFC. C’est la même sauce, n’en déplaise aux inconditionnels zélés, aux esprits faibles ou naïfs et au sordide argumentaire de Me Agboyibo et de son parti, le CAR. Pour sa nomination, la fourberie et la roublardise ont été de la partie, comme on s’en sert encore aujourd’hui pour prôner de façon antinomique ou pharisaïque l’amour. Les usurpations d’hier en 1994 et en 2005 par Edem Kodjo et celle du 16 septembre 2006 ont la même couleur, elles sont de la même essence, puisqu’il s’agit dans tous les cas de nomination de Premier ministre.

Le grand pardon et l’amour (A) des usurpateurs
Le gouvernement dirigé par Edem Kodjo a prôné «le grand pardon». En fait, il a pardonné aux auteurs des crimes, assassinats, viols et disparitions commis contre les Togolais et la Nation togolaise depuis le soulèvement populaire du 05 octobre 1990 jusqu’en 2005. C’est lui qui a arrêté les procédures engagées à l’encontre des auteurs des violences dont le rapport a été établi par les Nations Unies et les organisations de défense des droits de l’Homme. C’est sous l’autorité de son gouvernement que le rôle du Premier ministre a été vidé de toute sa substance et les conditions de nomination acrobatique du Premier ministre ont été créées.

Me Agboyibo prône l’amour; en fait, c’est une invite au pouvoir RPT à l’accepter comme tel, un leader de l’opposition, comme un pécheur ou un fautif à son égard. Son sycomore fut le podium du meeting du CAR à Kpalimé, plutôt la tribune de la théâtralisation pharisaïque de sa foi en l’AMOUR. Jésus n’a pas accepté Zachée comme il était. Dieu, le premier, a tant aimé les hommes et le monde qu’Il s’est fait homme pour habiter parmi eux. Et Il a pris sur Lui tous les péchés du monde en souffrant la Passion, c’est-à-dire jusqu’à la mort sur la Croix. Et Il a triomphé de la mort et de toutes les forces du mal par sa Résurrection et sa Montée aux Cieux. Voilà, en premier, la démarche de Dieu. Pour rencontrer, accueillir et recevoir Dieu, l’homme doit faire, à son tour, la démarche. Voilà celle que Zachée a accomplie en montant sur le sycomore. Zachée avait déjà accompli sa conversion intérieure. C’est justement là qu’il faut trouver et comprendre Me Agboyibo et son prêche, son alliance avec le RPT. Il n’est plus le leader de l’opposition. Son interlocuteur virtuel dans son prêche, c’est le pouvoir RPT. Il a changé pour devenir un allié objectif du RPT. Il doit gagner les législatives avec le RPT et continuer à gouverner le Togo avec le RPT. Et comme Edem Kodjo depuis 1994 et en juin 2005, Me Agboyibo va servir de béquille pour restaurer la dictature du RPT en dévoyant le processus électoral contenu dans l’APG. «Me Agboyibo insinue qu’on doit remplacer les Préfets activistes». Il ne doit pas insinuer. Il doit remplacer les Préfets, comme convenu dans l’APG. Le Premier ministre est le véritable Gouverneur, il est le «grand administrateur». Le chef de l’Etat approuve par sa signature. Rien d’autre que cela pour justifier le renouvellement de la Cour Constitutionnelle tant réclamée par l’opposition en laissant reconduire sans rechigner trois des six anciens membres qui y siégeaient  et qui avaient commis tant de forfaitures. Rien d’autre que cela pour justifier la nomination des membres du Conseil d’Administration de l’OTP devenu Société Nouvelle des Phosphates du Togo (CNPT) à l’insu du gouvernement et même du ministre de tutelle qui se trouve être un autre leader de l’opposition, en l’occurrence, le Prof. Léopolds Gnininvi de la CDPA. Qui plus est, ce nouveau Conseil d’Administration est présidé par l’ancien Premier ministre, Koffi Sama, ancien Directeur Général d’une autre non moins importante société d’Etat, la SOTOCO, qui, malgré sa prospérité légendaire, a ruiné les paysans togolais avant de faire table rase dans l’opacité totale, en toute impunité des crimes économiques. Rien d’autre que cela pour justifier que Me Agboyibo n’a aucune maîtrise de son gouvernement, à preuve, celui-ci subit des modifications à son insu (le départ et le remplacement de son ministre des Finances). Rien d’autre que cela pour justifier que le ministre provenant du RPT et autres CPP, PDR etc. aient tant de latitude vis-à-vis du gouvernement Agboyibo. Ils n’ont cure de la solidarité gouvernementale. Rien d’autre que cela pour justifier les aléas du processus électoral : c’est Me Agboyibo, Premier ministre émanant de l’opposition, qui procède à la réduction des délais de recours lors du recensement électoral, de 22 à 11 jours, ( après la délivrance des cartes d’électeurs et confection des listes électorales concomitamment) alors que c’est les partis d’opposition qui ont davantage besoin de délais plus long pour vérifier l’inscription de leurs électeurs ainsi que la fiabilité des listes électorales – surtout en milieux paysans. C’est à croire que Me Agboyibo voulait supprimer les recours. Aujourd’hui, on ne veut plus que ceux qui ont décelé des failles sur les Kit vérifient qu’il y a été remédié. On procède à des simulations de recensement comme si elles étaient la solution de rechange à la possibilité d’impressions multiples du même nom avec photo et empreintes digitales, pourvu qu’on y change une donnée, la profession par exemple, sans laisser de souche ou de duplicata. En réalité, la volte-face de Me Agboyibo a commencé depuis le démarrage du dialogue intertogolais quand il s’est aménagé une majorité mécanique avec le RPT pour imposer la conduite des travaux du dialogue et les conclusions qui ont constitué l’APG, reléguant à plus tard la réforme constitutionnelle, la réforme de l’armée, la question de l’impunité…, toutes actions qui devraient remodeler et modérer l’ardeur du pouvoir RPT afin de normaliser et moraliser la vie politique au Togo.

La préoccupation du peuple togolais
Le processus électoral est en danger de dévoiement pour faire triompher la fraude massive. Le pharisaïsme de Me Agboyibo ne vise que cela. Il y a lieu que la communauté internationale : l’UE, les Nations Unies, l’UA et les organisations de défense des droits de l’Homme redoublent de vigilance afin que leurs aides ne sombrent pas à nouveau dans d’autres violences et désordres. Le problème politique togolais aujourd’hui est une question éthique et morale. Les leaders politiques et leurs partis doivent cesser de prendre le peuple togolais comme une masse d’imbéciles, mais comme des citoyens face à qui ils doivent observer un peu de scrupule et de respect en s’imposant un minimum de vérité et d’honnêteté intellectuelle et morale.

Kodjo Afatsao SILIADIN (Journaliste et consultant politique Etiame.com)


 

 

 

 

 

 

           

           

 

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