D’un ouvrage à un
autre toujours pour nuire
Me François Akila-Esso
Boko dénonce les basses œuvres de Jean Yaovi
Dégli au service du clan Gnassingbé
08 août 2007
Il
nous souvient qu’il
y a quelques semaines, «La
Lettre du Continent» avait révélé que
Kofi Yamgnane voudrait, de concert avec l’ancien Premier
ministre, Agbéyomé Kodjo, et l’ex-ministre
de l’Intérieur, Me François Akila-Esso Boko,
publier un brûlot contre le pouvoir en place. Mais après
le démenti formel sur toute participation à une
telle œuvre des deux personnalités que l’ancien
Secrétaire d’Etat français à l’intégration
croyait mettre sous son escarcelle, on ne sait plus le sort qui
a été réservé au fameux ouvrage.
On en découvrira plus tard que c’était une
tentative, non seulement pour faire les yeux doux au pouvoir
afin de décrocher des maroquins, mais aussi et surtout
une grosse manipulation dont le dessein inavoué est un
monnayage contre des espèces sonnantes et trébuchantes.
Le pot-aux-roses de Kofi Yamgnane ayant été découvert,
le régime passe à la vitesse supérieure
pour confier à l’ancien ministre de la transition
sous Eyadèma, Jean Dégli le sale rôle,
croyant que cette fois cela passera sous les mailles du filet.
Aussi, celui-ci n’a-t-il pas tardé à envoyer à Me
Boko une kyrielle de questions. L’objectif de cette démarche
est de rédiger un ouvrage sur «la situation
du Togo depuis la mort du Général Eyadèma».
N’est-ce pas curieux qu’un homme politique pose des
questions sur les actes politiques d’un autre homme politique?
Quel rôle Dégli entend-il ainsi jouer? Celui d’un
chroniqueur? D’un journaliste ou d’un analyste politique?
Pis, les questions destinées à la publication du
pseudo-ouvrage, reprennent en tout point de vue, les accusations
portées par le pouvoir contre l’ancien ministre
de l’Intérieur depuis sa démission héroïque
d’avril 2005.
Tout porte à croire que l’ancien rapporteur général
de la Conférence nationale souveraine togolaise qui a
eu maille à partir avec le Tribunal Pénal International
pour le Rwanda (TPIR) auprès duquel il a été accusé de
faux et usage de faux et détournement d’argent,
ayant envie de rentrer au bercail, se cherche une issue qu’il
semble avoir trouvé auprès du clan Gnassingbé.
Par conséquent, tous les moyens sont bons pour mériter
les bonnes grâces de la monarchie.
L’ouvrage serait écrit à cet effet et il
en profiterait pour vouer l’opposition aux gémonies,
mieux la «détruire», comme celui qu’il
a fabriqué de toute pièce en 1998 pompeusement
dénommé «Togo: la tragédie africaine» qui
en réalité a été un bouquin commandité et
dont toutes les moutures avaient été lues et commentées
par Eyadèma et ses conseillers avant sa publication.
On comprend aisément à travers
le scénario
de la publication de l’ouvrage de Me Dégli, que
le silence de l’ancien ministre de l’Intérieur
continue de donner des insomnies aux usurpateurs du pouvoir au
Togo. Et on mise sur des «éléments sûrs» pour
lui arracher des aveux.
De toutes les façons, Me Boko a des obligations de réserve
et ne compte pas «mettre sur la place publique les dossiers
sensibles dont il a eu connaissance» lors de l’exercice
de sa mission. Lecture d’une réponse à des
correspondances de M. Jean Dégli qui en dit long…
Jules Symféïtchéou,
Etiame.com
Monsieur le Ministre DEGLI,
Votre confrère François Akila-Esso BOKO, Avocat
au Barreau de Paris a accusé réception de vos deux
correspondances datées du 10 et 12 Juillet 2007. Dans
celles-ci, vous sollicitez qu’il réponde à certaines
questions afin de vous permettre d’achever un «ouvrage» sur
les récents développements politiques au Togo.
Tenu par des obligations professionnelles à l’extérieur
de la France, il m’a demandé, en ma qualité de
conseiller en charge de la communication, de donner suite à votre
requête dont il est utile de rappeler la teneur.
Vous avez notamment écrit:
«Monsieur le Ministre BOKO,
Il y a deux jours je vous ai envoyé cet email après
avoir essayé de vous contacter par le biais de (…)
et avoir eu votre adresse email par son biais.
Aurez vous l'amabilité de me dire ce que vous pensez
de ces éléments sur lesquels je pense qu'il est
indispensable que votre position puisse m'éclairer puisque
beaucoup de choses se disent mais je pense que votre position
est celle qui puisse éclairer tout débat. Je
vous remercie d'éclairer ma lanterne sur ces différents éléments.
Merci infiniment de votre prompte réponse.
Jean DEGLI
Bonjour Monsieur BOKO,
Je suis sur le point de finir un ouvrage sur la situation
du Togo depuis la mort du Général Eyadèma
avec quelques incursions dans le passé plus ou moins
lointain de notre pays.
J'aimerais à ce titre vous poser quelques questions à François
BOKO. J'ai donc reçu votre adresse email de (…)
qui est un ami.
Je cherchais des éléments sur un certain
nombre d'événements. J'ai eu des élements
d'explication de diverses sources dont cartaines sources proches
du pouvoir et certains éléments se réfèrent à vous
sur lesquels je souhaiterais ne pas faire d'analyses sans avoir
votre position et version des faits au préalable. Je
suis sur le point de boucler mon travail et voudrais donc vous
laisser la parole pour ces éléments.
Voici mes questions:
«1) Comment
et dans quelles conditions le Colonel BOKO est-il entré au
gouvernement EYADEMA?
2) Quelle a été le
rôle du ministre BOKO dans la modification de la constitution
de 1992 par le régime Eyadèma en 2003?
3) Quelle fut la position du Colonel
BOKO lors du décès du Général EYADEMA
et comment pensait-il que la succession devait se passer?
4) Quelle fut sa position sur
la façon dont le pouvoir a été dévolu à Faure
GNASSINGBE?
5) Dans quelles conditions et
pourquoi est-il entré dans ce gouvernement en tant que
Ministre de l'intérieur? Que pensait-il y faire et comment
comptait-il y défendre le processus démocratique
ou la démocratie tout court?
6) Le Ministre BOKO était
celui qui a fait publier des communiqués lorsque pendant
les manifestations de l'opposition contre le putsch, des forces
de l'ordre ont tué et blessé des civils. Peut-il
expliquer les contenus de ces communiqués ou déclarations
et les raisons qui les justifient de même que celles
qui ont justifié l'usage des armes à feu contre
les populations civiles?
7) Pendant la période qui
a précédé les élections et jusqu'à sa
démission, c'est lui qui était en charge de l'organisation
des élections et qui aurait plus d'une fois refusé de
prendre en compte les demandes répétées
de l'opposition de se donner un délai supplémentaire
pour bien organiser les élections. Pourra-t-il expliquer
pour quelles raisons et si des démarches avaient été faites
par lui pour expliquer aux responsables de la CEDEAO que les élections
ne pourraient pas être tenues ou alors qu'elles pouvaient
l'être dans les conditions qui se présentaient
au début du processus? Si ces démarches ont été faites,
quels en ont été les résultats?
8) Qu'est ce qui a pu justifier
sa volte face à 48 heures du scrutin et dont il n'aurait
pas eu conscience dès le départ et comment est-il
arrivé à être informé de cet événement
exceptionnel ?
9) Le pouvoir affirme que c'est
une question d'ambition personnelle qui l'a amené à prendre
la position qui a été la sienne. Quelle est
sa réponse à une telle insinuation?
10) Il semble qu'il avait un second
agenda et notamment des agents qui devaient prendre des armes
ou faire un coup s'il déposait sa démission.
Est-ce vrai ou faux?
11) Qu'espérait-il quand
il a fait sa déclaration et déposé sa
démission? Et qu'a-t-il mis en oeuvre pour cette stratégie?
12) Avait-il discuté avec
des responsables de l'opposition de ses découvertes
et de son acte et si oui quelles ont été les
positions ou la réaction de ceux-ci?»
Monsieur Le Ministre DEGLI,
En réponse à ce qui précède et ainsi
que vous le constatez vous-même, les différentes
questions formulées reprennent en substance les récurrentes
accusations par lesquelles le pouvoir cherche à se dédouaner
de la succession sanglante et monarchique mise en place après
le décès du Général Eyadèma.
Maître François Akila-Esso BOKO au cours de ses
différentes sorties publiques a déjà répondu à la
plupart de ces accusations. Je vous joins en fichiers attachés
les communications qu’il a faites et qui donneront des
réponses à vos préoccupations. Nonobstant,
un certain nombre de précisions à vos questions
peuvent être apportées pour éclairer davantage
votre lanterne. Avant cet éclairage, il convient néanmoins
d’énoncer les limites de l’exercice et en
particulier celle du principe de collaborer à l’édition
d’un ouvrage sur la situation politique au Togo.
Maître François Akila-Esso BOKO a toujours observé une
attitude de réserve et de prudence face aux différentes
sollicitations venant «d’analystes» qui veulent écrire
sur les récents évènements politiques
au Togo.
Cette obligation de réserve s’explique par le respect
qu’il porte aux charges publiques assumées. Sa conception
du pouvoir d’Etat l’empêche de mettre sur la
place publique les dossiers sensibles dont il a eu connaissance.
Cette conception n’entame en rien la nécessité d’engager
la responsabilité individuelle des hommes publics dans
l’exercice de leurs prérogatives.
Mais ceci est un autre débat et, vous êtes bien
placé comme juriste pour savoir que l’endroit indiqué pour éclairer
tout un chacun et situer les responsabilités des uns et
des autres est la voie judiciaire, seule susceptible de garantir
un véritable débat contradictoire. Un ouvrage fut-il à la
hussarde, telle une charte octroyée, mettant sur la place
publique des accusations sans fondement ou des preuves altérées
ou falsifiées pourra-t-il remplacer valablement un débat
judiciaire contradictoire susceptible d’aboutir à la
manifestation de la vérité? Et si le régime
avait la moindre preuve crédible pour soutenir ces accusations
de coup d’Etat, il y a longtemps qu’il aurait confondu
l’ancien ministre de l’intérieur devant les
juridictions.
Pour ces différentes raisons, François Akila-Esso
BOKO a toujours opposé une fin de non recevoir lorsqu’il
est sollicité pour apporter des éclairages à des
initiatives comme la vôtre.
Le dernier cas en date est celui de Monsieur Kofi YAMGNANE dont
d’ailleurs les fuites et les interprétations révélées
par «La lettre du continent» ont
donné raison à l’attitude de prudence et
de réserve qu’observe Maître BOKO sur ces
genres d’initiatives.
Ces réserves précisées, Monsieur le Ministre,
vous trouverez ci-après les éléments de
clarification à vos différentes questions.
Question 1. Sur les circonstances
de l’entrée au gouvernement de Maître BOKO
Vous avez participé au gouvernement du Général
Eyadèma une bonne dizaine d’années avant
que Maître BOKO, Officier supérieur de gendarmerie
ne soit appelé aux affaires publiques. Qui mieux que vous
est bien placé pour expliquer comment on entre dans le
gouvernement du général Eyadèma surtout
lorsque de surcroit on est sous les drapeaux?
Question 2. Sur le prétendu
rôle de Maître BOKO dans la modification de la
Constitution
Maître BOKO est rentré au gouvernement le 02 Décembre
2002 et la Constitution a été modifiée le
30 Décembre 2002. Pour donner un caractère scientifique à l’ouvrage
projeté, ne serait-il pas indiqué de se référer
aux archives parlementaires une source palpable qui peut permettre
aux chercheurs de savoir qui dans le pays a fait quoi en ce qui
concerne les lois de modifications constitutionnelles? D’ailleurs
en tant qu’ancien Ministre chargé des relations
avec le parlement, vous le savez mieux que quiconque.
Questions 3, 4, 5. Sur l’attitude
de Maître BOKO dans le coup d’Etat du 05 Février
et sa présence dans le gouvernement de Faure GNASSINGBE
A la suite du décès du général Eyadèma,
faut-il le rappeler, il n’y a pas eu de remaniement ministériel
encore moins de changement de gouvernement. De plus, les observateurs
avisés du régime savent que la ligne de fracture
a été perceptible dans le système à la
suite de la succession monarchique, anticonstitutionnelle et
très peu élégante que le Togo a connue le
soir du 5 février 2005.
Question 6. Sur les communiqués
supposés ou réels élaborés par
Maître BOKO et son prétendu rôle dans la
répression des manifestations réclamant le retour à l’ordre
constitutionnel
L’adresse à l’opinion par le biais des communiqués
de presse est une pratique courante pour informer l’opinion.
Elle est d’autant plus indiquée dans les contextes
précaires où seule la démarche de mettre
sur la place publique les événements peut freiner
les ardeurs des uns et des autres et garantir la transparence
dans la gestion de l’ordre public.
Cependant, il faut signaler les pratiques de falsifications
dont est spécialiste le régime, à travers
la plume de Charles DEBBASCH capable de produire des communiqués
au nom des ministres. Par exemple, le communiqué interdisant
toute manifestation publique à la suite du décès
du général Eyadèma a été élaboré et
publié au nom du gouvernement par Charles DEBBASCH à l’insu
du Ministre de l’Intérieur qui l’apprendra
sur les ondes. Heureusement, Maître BOKO réussira à convaincre à la
suite des premiers dérapages qu’il est plus aisé de
gérer une manifestation publique autorisée qu’une
manifestation interdite, obtenant ainsi la levée de cette
interdiction. Les fausses signatures scannées pour confectionner
de vrais faux documents d’identité à des
leaders politiques ainsi que la fameuse proposition de Charles
DEBBASCH de déposer des armes au domicile de Natchaba
afin de l’accuser d’un coup d’Etat sont assez
illustratives de cette falsification dont le régime maîtrise
fort et bien les arcanes.
Dans ces conditions Monsieur le Ministre, nous ne serons guère étonné de
voir dans votre prochain «ouvrage» des documents
difficiles à authentifier, produits à des
fins de manipulation. Bien entendu les services de Maître
BOKO n’hésiteront pas dans cette éventualité à dévoiler
ces manipulations qui semblent se profiler à l’horizon
eu égard aux accusations que portent les questions posées.
Ceux qui ont suivi les événements sur le terrain,
journalistes, chancelleries, leaders d’opinion, partis
politiques, peuvent témoigner de la rigueur de Maître
BOKO lors des opérations de maintien de l’ordre
durant lesquelles il a su éviter au Togo le pire. D’ailleurs à deux
reprises en Février et en Mars 2005 et en mettant sa démission
dans la balance, Maître BOKO a obtenu qu’une horde
de milices armées ne rentre dans le quartier de Bè pour
affronter des jeunes qui attendaient pour en découdre.
La presse internationale notamment RFI a relayé cette
information. Et lorsque Maître BOKO a constaté après
une réunion d’Etat Major tenue dans la nuit du 21
Avril 2005 qu’il n’avait plus les moyens d’éviter
le pire, il a démissionné non sans avoir tenu à alerter
et prendre à témoin l’opinion nationale et
internationale. Et tout ceci afin de dissuader ceux actuellement
au pouvoir de mettre en œuvre leur plan suicidaire contre
le peuple togolais.
Question 7. Sur les contacts avec les membres
de la CEDEAO
Certains acteurs du système peuvent être pris à témoin
que Maître BOKO n’a jamais occulté à la
CEDEAO les difficultés liées à la mise en œuvre
d’un processus électoral au forceps qui sera de
nature à aggraver la crise que connaît le Togo.
D’ailleurs une éminente personnalité de la
CENI peut témoigner qu’ensemble avec Maître
BOKO, ils ont fait part de ces difficultés aux hauts responsables
de la CEDEAO, un mois avant sa démission.
Monsieur le Ministre DEGLI,
En ce qui concerne les questions 8 à 12 relatives
aux accusations de coup d’Etat, acceptez que votre confrère
qui a posé cet acte historique en démissionnant
de ses fonctions de ministre de l’Intérieur puisse
s’abstenir de commenter lui-même son acte au-delà des
réponses déjà apportées lors de ses
différentes déclarations. Les hommes politiques
rentrent dans l’histoire en posant des actes et laissent
libre plume aux commentateurs, analystes, chercheurs, journalistes
d’interpréter, de spéculer parfois d’altérer
et de falsifier consciemment ou inconsciemment d’ailleurs
la signification des actes posés. Si les faits sont têtus
et inaliénables, l’homme politique doit accepter
aussi la libre interprétation de ces faits.
Pour maître BOKO, l’heure du bilan n’est pas
encore arrivée. Certains ouvrages participent à une
stratégie d’auto-flagellation dont ont toujours
souffert et souffrent encore les forces qui luttent pour un nouvel
ordre politique au Togo, reposant sur le respect des principes
légaux et démocratiques.
Voilà pourquoi, tout en respectant votre démarche,
il n’est pas superflu de se poser la question de la finalité et
de l’objectif que poursuit une telle publication. La polémique
suscitée par le fameux «brûlot de Kofi YAMGNANE» rend
pertinent ce questionnement. Et par souci de transparence et
tenant compte de ce précédent où, on a voulu
faire jouer à Maître BOKO un rôle qui n’est
pas le sien, celui-ci m’a demandé de rendre public
les échanges de correspondances qu’il y a eus entre
nous.
En souhaitant plein succès à votre «ouvrage»,
je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, en l’expression
de ma considération distinguée.
Bordeaux le 06 août 2007
Thomas DROUFFE, Conseiller en charge de la communication
Mail: frcetogotomdrouffe@yahoo.fr
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