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Fin du recensement électoral et péril
en la demeure
De nombreux électeurs fictifs
pourront allègrement voter au Togo
21 août 2007
Les opérations du recensement électoral démarrées
dans la zone A, le 16 juillet 2007 se sont achevées dimanche
20 août courant dans la zone B. Celles-ci sont incontournables
dans la réussite des législatives puisqu’elles
devront permettre d’avoir un fichier électoral fiable.
A partir du 30 août, la Commission électorale nationale
indépendante (CENI) entamera la phase du dédoublonnage,
une opération qui consiste à assainir le fichier électoral
des doubles et multiples inscriptions. C’est la raison
pour laquelle elle a publié un communiqué pour
inviter ceux qui se sont volontairement ou non inscrits deux
fois à «engager auprès de leur Commission électorale
locale indépendante (CELI) une procédure d’annulation
de l’inscription qui les met en cause au plus tard le 30
août 2007». Mais au-delà de ces préoccupations,
les chiffres qu’a avancés l’institution après
les opérations de recensement dans la zone A et les prévisions
de la zone B suscitent quelques interrogations. Il y a péril
en la demeure si rien n’est fait pour corriger certaines
anomalies.
En effet, le dernier recensement général de la
population togolaise remonte à novembre 1981. Il y a
bientôt 26 ans que cette opération qui permet de
suivre l’évolution de la population n’est
pas organisée alors que la périodicité préconisée
par le Système des Nations Unies (SNU) est de dix ans.
Conséquence, toutes les politiques de développement
ne sont désormais faites qu’à partir des
estimations. Selon une enquête réalisée en
2000 conjointement par l’Unité de Recherche Démographique
(URD) et la Direction Générale de la Statistique
et de la Comptabilité Nationale (DGSCN) et dont l’objectif
général était de fournir aux différents
intervenants dans le développement du Togo des informations
qui permettent une meilleure connaissance de la famille et des
stratégies que cette dernière met en œuvre
pour s’ajuster aux effets appauvrissants de la crise socio-économique,
la population togolaise au moment de l’étude est
estimée à quelque 4 500 000 habitants.
En plus, elle fait d’après la DGSCN 4 854 000 en
2002 et en fonction du taux de croissance de 2,5% par an avancé dans
le rapport PNUD 2003, elle devrait atteindre les 5 227 227 en
2005. Ce n’est qu’à l’horizon 2015 que
la population atteindrait, selon les estimations, les 6,6 millions
d’habitants.
A l’absence d’un recensement général
au Togo, tous les abus sont permis dans la manipulation des chiffres
lors des différentes joutes électorales. Des estimations
fantaisistes sont opérées pour le bonheur de la
machine à fraudes du parti au pouvoir. Et la même
chose se profile à l’horizon avec les élections
législatives. En fait, la CENI espère, selon un
document publié tout récemment, avoir un fichier électoral
de 3 224 300 personnes avec des chiffres
définitifs de 1 944 900 dans
la zone A et des prévisions de 1 336 898 dans
la zone B. Avec ce nombre total de personnes en âge de
voter (3 224 300), on peut conclure que la population
actuelle du Togo est estimée à plus de 6, 6 millions
normalement prévus à l’horizon 2015. Ce qui
est une anomalie criarde eu égard à ce qui est
décrit ci haut.
En outre, le «Bimestriel d’Information de la
Coordination du Programme Pays Gouvernement – UNFPA» N°017
de juillet 2006 indique que 48% de la population ont
moins de 15 ans en 1998. Cette tranche d’âge est,
selon le rapport PNUD 2003, de 44,3% en 2000 et sera de 41,2% à l’horizon
2015. C’est en fonction de tous ces paramètres
qu’un document confidentiel de l’Union Européenne
a estimé en 2005 les personnes en âge de voter à 2 643 803 sur
une population évaluée à 5 227 227 alors
que le nombre total d’électeurs rendu public par
le ministère de l’Intérieur s’élevait à 3 552 845.
A l’époque, l’UE avait décelé 909 042 d’électeurs
fictifs.
C’est donc sur le fichier électoral bancal de 2005
que se fonde la CENI pour organiser le recensement qui vient
de s’achever. Ce qui est très inquiétant
pour la suite du processus. Il y a anguille sous roche quand
la CENI prévoit un fichier électoral de plus de
3 millions. Ainsi, elle a eu à livrer 3 300 000
cartes d’électeurs dans le cadre des opérations
du recensement électoral.On comprend pourquoi certains
candidats du RPT ainsi que certains préfets ont abondamment
fait inscrire sur les listes électorales des étrangers
et des mineurs. «Selon les informations portées à notre
connaissance, les préfets de Doufelgou, de Dankpen, et
du Moyen-Mono, MM. Kadjma Di Rem, Dadja Manganawé et Djato
Nadjindo Dana s’introduisent dans les centres de recensement
pour imposer l’enregistrement des étrangers et des
mineurs, menaçant et intimidant les membres des CLC qui
s’opposent à leurs manœuvres»,
avait dénoncé l’UFC alors que le PDP de M.
Bassabi Kagbara parlait du «transport d’une trentaine
de Béninois» enregistrés dans la zone
A dans la Binah. Puisque les estimations n’ont aucune
base légale, il faut combler au maximum le vide par l’enrôlement
des étrangers et des mineurs.
Quand on analyse les deux tableaux au niveau du nombre d’électeurs
inscrits ou à inscrire, on se rend compte que la question
d’électeurs fictifs n’est pas pour autant
réglée. Si on soustrait les personnes en âge
de voter contenues dans le document de l’UE (2 634 803) du
fichier électoral qu’espère la CENI (3 324 300),
on obtiendra 680 497 de différence.
Est-ce à dire qu’en l’espace de deux ans il
y a plus d’un demi million de personnes qui ont atteint
les 18 ans requis ? La question reste posée. En 2005
par exemple, l’estimation du nombre d’électeurs
effectuée par l’UE est à 139 979 dans
la préfecture du Tône alors que la CENI prévoit
y avoir 152 000 électeurs, soit
une différence de 12 021. Ce qui
correspond au nombre de personnes ayant atteint les 18 ans entre
2005 à 2007. Déjà, un spécialiste
trouve ce chiffre anormal. Mais les choses sont encore plus graves
ailleurs. En 2005, l’UE a respectivement estimé la
population électorale de Lomé Commune et de la
Kozah à 435 732 et 111 656.
Pour le prochain fichier électoral, la CENI envisage avoir 497 098 électeurs à Lomé Commune
et 191 900 dans la Kozah. Ce qui fait respectivement
une différence de 61 346 et 80 244.
Comme on peut le constater, la population de la Kozah qui ne
fait même pas le tiers de celle de Lomé Commune,
a enregistré entre 2005 et 2007 80 244 nouveaux électeurs.
Curieux n’est-ce pas?
De plus, l’on observe pratiquement les mêmes choses
dans les préfectures supposées acquises au RPT.
Les personnes en âge de voter entre 2005 et 2007 ont merveilleusement
augmenté dans presque toutes les préfectures du
septentrion ou les régions considérées comme
les fiefs du RPT. Le tableau se présente comme suit: Binah:
27 436; Dankpen: 22 534; Bassar: 25 739; Doufelgou :
22 382 ; Tchamba: 16 416; Tchaoudjo: 35 809;
Blitta: 22 205 ; Sotouboua: 71 149; Est Mono:
14 795. La même différence anarchique entre
l’estimation de la population électorale de l’UE
en 2005 et celle que voudra avoir la CENI est observée
dans les préfectures de Kloto: 37 405; Wawa: 32 706;
Amou: 34 846; Haho: 13 516. Pendant ce temps, la préfecture
de l’Ogou n’enregistrera que 11 362 nouveaux électeurs.
Dans la Région Maritime, les préfectures du Golfe
et de Yoto connaissent également une marge discutable:
16 048 et 9 640. Ce sont toutes ces localités à forte
augmentation de la population électorale qui ont enregistré le
plus grand nombre d’électeurs fictifs en 2005. Le
tableau 1 en dit long.
Mais entre 2005 et 2007, les personnes en âge de voter
ne sont qu’au nombre de 13 dans la préfecture des
Lacs. Aussi la population électorale des préfectures
du Zio et de Vo en l’espace de deux ans n’a-t-elle
jamais augmenté. Elle a plutôt diminué: 3 154
pour le premier et 9 335 pour le deuxième.
Comme on le voit, toutes les conditions sont en train d’être
remplies pour offrir aux Togolais un fichier électoral
contestable. La problématique d’électeurs
fictifs n’est pas résolue eu égard aux chiffres
déjà avancés par la CENI. C’est le
lieu d’interpeller la CENI, les partis politiques et les
partenaires du Togo notamment le PNUD et l’UE sur ces estimations
fantaisistes qui risquent d’hypothéquer la transparence
des élections.
Zeus Aziadouvo, correspondant permanent
Etiame.com à Lomé
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