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Elections législatives du 14 octobre 2007 au Togo

Me François Akila-Esso Boko invite les togolais à voter massivement pour l’alternance politique

10 octobre 2007

Liberté: Etes-vous satisfait du déroulement actuel du processus électoral?

Me François Akila-Esso BOKO, ancien ministre de l'Intérieur du TogoMe François Boko: Il y a des éléments objectifs qui peuvent concourir à un scrutin transparent au Togo. Cependant, évitons l’autosatisfaction pour continuer à travailler d’arrache-pied. Nous sommes dans la dernière ligne droite et des mesures comme l’authentification des bulletins de vote, la sécurisation des procès verbaux des résultats, la procédure instantanée de centralisation des résultats sont autant de précautions à prendre pour compléter  le dispositif susceptible de garantir la transparence du scrutin à venir.

Liberté: Que faire pour obtenir la mise en œuvre des mesures que vous venez de citer quand on sait qu’actuellement le RPT (parti au pouvoir) s’y oppose?

F.B. D’énormes investissements matériels et financiers ont été consentis par la communauté internationale pour que celle-ci se résigne à voir certains réfractaires au changement refuser la mise en œuvre des mesures susceptibles de garantir la transparence du scrutin. Ces mesures sont d’ailleurs contenues, faut-il le rappeler, dans la lettre et l’esprit de l’Accord Politique Global.

Le facilitateur notamment le Président Blaise Compaoré ainsi que l’Union Européenne, les Nations Unies doivent à présent prouver aux togolais que les élections à venir sont loin d’être une comédie. Pour cela, ils doivent  veiller à ce que les précautions et les garanties qui ont été mises  en œuvre pour obtenir un fichier électoral acceptable, soient également prises dans cette phase décisive du processus électoral pour authentifier les bulletins de vote et sécuriser la centralisation des résultats afin de garantir la volonté populaire sortie des urnes.

Pour aider la facilitation à réussir sa mission, l’UFC, la CDPA et le CAR (partis politiques de l’opposition présents à la CENI) doivent, dans cette phase décisive du processus électoral, être fermes sur leurs positions afin d’exiger l’application des mesures consensuellement admises sur la sécurisation des documents électoraux.

Liberté: Tout le monde s’attendait à ce que vous vous impliquiez dans la campagne en aidant les togolais à faire un choix judicieux…

F.B: Non, le peuple togolais est assez lucide pour savoir lesquelles des formations politiques œuvrent effectivement pour l’alternance et le progrès démocratiques auxquels il aspire depuis des lustres. Je souhaite pour ma part que nos compatriotes ne se laissent pas distraire par la multiplicité des listes de candidats qui peuvent parfois créer des confusions et engendrer des dispersions  de voix susceptibles de profiter aux tenants du statu quo. Ils  doivent pour cela procéder à un choix clair et cohérent en donnant massivement leurs voix aux forces politiques constituant une alternative crédible. Je fais totalement confiance au bon sens et à la lucidité des togolais qui, depuis les élections de 1958 et malgré les vicissitudes, n’ont jamais varié dans la cohérence de leur choix.

Liberté: Quelles sont selon vous, les priorités qui attendent le prochain gouvernement qui sera issu du scrutin du 14 octobre?

F.B. Les tâches prioritaires qui attendent la nouvelle Assemblée et l’Exécutif qui en sera issu sont gigantesques et accessibles à la fois. Il s’agit de redonner prioritairement confiance et espoir aux togolais. Le nouveau gouvernement doit à cet effet permettre au peuple de retrouver sa souveraineté constitutionnelle en veillant au retour des valeurs et principes posés par la Constitution de 1992.

Il s’agira aussi pour le nouveau gouvernement de réconcilier les togolais avec eux-mêmes en vue de sceller un nouveau pacte républicain qui créera les conditions nécessaires à reconstruire le pays.

La relance de l’économie nationale, la mise en œuvre des mesures arrêtées par le dialogue social, la réforme de l’armée et des forces de sécurité, la modernisation de l’appareil judiciaire, la lutte contre la criminalité, la dynamisation du processus de décentralisation sont autant de chantiers prioritaires qui attendent les futurs élus. Ceux-ci ne doivent pas oublier que notre tissu social, éducatif, sanitaire est dans un état de délabrement total très avancé, miné par la pauvreté, la misère et le chômage des jeunes. Les nouveaux gouvernants doivent à cet effet dans les premiers mois, convaincre les togolais que le changement auquel ils aspirent  depuis longtemps est désormais à leur portée. Il n’y aura pas de temps à perdre pour donner espoir aux togolais.

Liberté: Sous quelles conditions accepteriez-vous de participer à la mise en œuvre de la feuille de route dont vous venez de nous esquisser les grandes lignes?

 F.B. Ne trouvez-vous pas que j’ai précédemment assez donné à mon pays pour espérer aujourd’hui le servir autrement comme je le fais actuellement? Laissons plutôt le soin à ceux qui auront obtenu la confiance des togolais de faire leur preuve en mettant en œuvre le programme de  changement auquel aspirent nos concitoyens.

Liberté: Quand comptez-vous retrouver votre pays qui doit certainement vous manquer?

F.B. Il est indispensable de continuer à travailler pour créer les conditions susceptibles de permettre à tous les enfants de notre chère patrie de vivre en paix sur la terre de nos aïeux quelles que soit leurs divergences. N’oublions pas que la cohésion d’un Etat dépend de sa capacité à gérer en son sein les forces qui peuvent s’opposer à lui. Je reste confiant que la volonté et le courage politiques permettront aux togolais de se réconcilier.

Liberté: Votre mot de la fin…

Je souhaite que les Togolais prennent confiance en eux-mêmes et comprennent l’enjeu  du prochain scrutin pour aller massivement et sans crainte, accomplir leur devoir civique en vue de donner à une ou des formations politiques, la possibilité de garantir l’alternance politique et de mettre le Togo sur la voie de la démocratie.

Je salue l’effort consenti par la communauté internationale à travers le rôle du facilitateur Blaise Compaoré, l’appui de l’Union Européenne, des Nations Unies, de l’Union Africaine, de la CEDEAO, de la France, de l’Allemagne et des Etats-Unis pour obtenir au Togo l’organisation d’un scrutin transparent. Puisse leur détermination aider notre pays dans cette phase décisive à garantir en toute transparence les résultats qui seront bientôt issus des urnes.

Le peuple togolais doit montrer au reste du monde qu’après la succession dynastique qui l’a résigné et ridiculisé, il est aussi capable du meilleur en faisant triompher sa volonté. Je vous remercie.

Propos recueillis par Zeus Aziadouvo
Source Liberté N° 265 du 10 octobre 2007


 

 

 

 

 

 

           

           

 

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