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L’Economie
togolaise et les raisons de l’alternance politique
10 octobre 2007
Par Tido Brassier
Le Togo, ce petit pays de l’Afrique de l’ouest dont
l’effectif de la population se situe entre 5 et 6 millions
d’habitants, est potentiellement riche en ressources minières
et agricoles dont le phosphate, le ciment, le marbre, le café,
le cacao, le coton, le karité, le kapok, l’huile
de palme etc. Autant d’atouts que son positionnement géographique
qui le dote d’un littoral atlantique de 50 kilomètres
de largeur. Un véritable gisement touristique sous-exploité,
le privant de ressources en devises étrangères
pour être un réservoir de plein emploi. Le pays
dispose également d’un autre avantage géoéconomique
qui est l’édification d’un port en eau profonde,
haut lieu du fret maritime pour désenclaver les pays du
sahel. Un aménagement stratégique pour le développement
du commerce international et source d’investissement des
opérateurs internationaux au profit du développement
national.
Malgré toutes ces opportunités, l’économie
nationale est en décomposition significative et continue
depuis les sanctions économiques de 1993 par l’Union
Européenne, pour cause de déficit démocratique.
Les répercussions politiques et économiques de
ces sanctions qui ont ruiné l’économie nationale
perdurent jusqu’aujourd’hui, au-delà des 38
années d’obscurantisme du dictateur Gnassingbé père,
pour renforcer la misère et la pauvreté des Togolais
sous le règne de son fils héritier imposé par
la junte militaire familiale à travers le coup d’Etat
du 5 février 2005, et la mascarade électorale
d’avril de la même année. La crise sociopolitique
et institutionnelle du Togo a pour cause le non-respect des règles
démocratiques et le viol répétitif du suffrage
universel.
Les conséquences de ce drame économique national
sont multiples, cependant, il convient de cibler les dysfonctionnements
majeurs occasionnés par ces sanctions économiques,
pour comprendre dans un premier temps, le fonctionnement anarchique
du marché au Togo, ainsi que le rôle
des agents économiques, et des décideurs internationaux.
Il sera également important dans un deuxième
temps, de regarder de près, les décisions politiques
liées à la gestion des entreprises d’Etat
qui sont les agrégats de l’économie nationale,
qui s’écroulent sous le poids des faillites successives,
et le poids de la dette publique qui s’élève à 1106,4
Milliards de francs Cfa en 2006, alors que le PIB est de 1153,6
Milliards au cours de la même année. A une quarantaine
de Milliards près, la dette togolaise est équivalente à son
PIB, comme en Guinée-Conakry, deux pays africains sous
sanctions économiques qui brillent par la dictature et
la pauvreté extrême de leurs populations.
Les recettes de l’Etat en 2006 s’élèvent à 184,3
Milliards de francs Cfa, et les dépenses à 253,7
Milliards, soit un manque à gagner de 68,4 Milliards en
2006: ce qui représente pratiquement le budget des forces
armées togolaises au cours de la même année
qui est de 63,5 Milliards de francs Cfa.
Les défis à relever dépassent de
loin les capacités de l’équipe RPT
En analysant «les aspects généraux de
la forêt indépendamment des arbres qui la composent»,
en citant Raymond Barre, ancien premier ministre et professeur
d’économie à la Sorbonne, s’agissant
des structures macroéconomiques de l’Etat, il
est intéressant de constater dans le cas Togolais que
les secteurs clés de la production nationale sont essentiellement
le phosphate et le coton. Deux filières en difficultés
structurelles depuis les années 90, d’où l’insuffisance
des ressources disponibles pour l’investissement afin
de soutenir la croissance. L’OPAT, l’Office des
Produits Agricoles du Togo ayant fait faillite en 1995, a dû déposer
bilan en mettant près de 10.000 salariés sur
la paille. A cela, il faut ajouter la faiblesse des systèmes
bancaires et judiciaires, l’accumulation des arriérés
de payements intérieurs et extérieurs (26,8 Milliards
en 2006) qui freinent l’activité du secteur productif,
le fardeau de la dette publique qui est pratiquement insurmontable
(1106,4 Milliards en 2006), et enfin, la persistance de l’insécurité politique
qui éloigne l’investissement des bailleurs de
fonds internationaux, ainsi que la non-reprise de la coopération économique
et financière avec nos partenaires en développement.
Il faut prendre également en compte, le manque de transparence,
l’inefficacité des institutions prises en otage,
la duplicité, la diversion et la pratique de la corruption
généralisée dans l’administration
publique et au plus haut sommet des services de l’Etat.
On ne pourra pas oublier le train de vie démesuré des
dirigeants du système RPT, ainsi que les dépenses
arbitraires excessives en équipements divers du clan
familial des Gnassingbé sur le dos du contribuable Togolais.
S’agissant de l’autre «aspect général
de la forêt» qui est la consommation, il faut
noter d’emblée qu’au Togo, la fonction publique
représente près de 90% de la masse salariale,
c'est-à-dire 56,8 Milliard de francs Cfa en 2006, moins
que le budget de l’armée: 63,5 Milliards la même
année, contre les 10% restant pour le secteur privé,
composé de quelques nationaux et principalement d’étrangers
Africains et Européens. Or, cette masse salariale qui
représente les forces vives du pays, dont le pouvoir
d’achat est nettement en dessous des capacités
et besoins de consommations souffre de la non-régularité du
versement des salaires aux fonctionnaires. Et pour cause, les
caisses du trésor public sont vides, ce qui entraine
ce cumul des arriérés de payements intérieurs
et extérieurs du montant des 26,8 Milliards de francs
Cfa. Le faible taux de productivité existant, engendre
une réelle inflation dont le taux varie entre 0,4% et
6,8% entre 2004 et 2006 en ralentissant la consommation des
besoins de premières nécessités dont l’alimentation,
le carburant, ainsi que l’aggravation de la pauvreté des
couches les plus vulnérables de la population, c'est-à-dire
les fonctionnaires et les personnes dépendantes.
Dans un tel désordre économique animé par
la loi de l’anarchie, où les agents économiques
sont interactifs les uns par rapport aux autres, les entreprises
mettent la clé sous la porte par effet boule de neige.
Ce à quoi nous assistons dans les ministères, avec
un taux d’absentéisme atteignant 40% des fonctionnaires
partis conduire des taxi-motos. Les sociétés d’Etat
du phosphate, du coton, et autre produit agricole dont les volumes
de production sont en chute libre compressent leur personnel.
Ce virus de la dégradation économique qui est la
corruption, est en cours de gangrène au port autonome
de Lomé et dans les télécoms.
Il y a lieu de rétablir au plus vite les grands équilibres
macroéconomiques d’industrialisation de notre pays
au lendemain de l’alternance du 14 octobre 2007, en optant
pour un nettoyage dans la gestion des entreprises d’Etat
dont le port autonome de Lomé ainsi que toute la zone
franche, la société togolaise du coton, la gestion
du phosphate Togolais, Togo-Telecom, Togo-Cellulaire, les usines
d’Etat, la perception des impôts, pour que les profits
réalisés soient versés dans les caisses
du trésor public, en vue de garantir le payement des salaires,
avec une véritable prévision de hausse nécessaire
pour relancer la consommation et l’épargne. En donnant
du pouvoir d’achat à la masse salariale, notre pays
pourra relancer la croissance économique par la consommation
des ménages, en optant pour une politique de logements
sociaux, qui entraînera les intermédiaires de la
production nationale tels que les menuisiers, forgerons, ferrailleurs,
charpentiers, plombiers, vitriers, peintres, les ouvriers qualifiés,
les manœuvres etc.… Par ricochet, la demande effective,
dès-lors qu’elle tournera à plein régime,
et identifiée par les producteurs, pourra à juste
titre être anticipée dans les entreprises pour guider
leur politique de production ainsi que leurs choix d’investissement
et l’emploi.
Il y a lieu de mettre en place une véritable politique
fiscale pour la collecte efficace des impôts, c'est-à-dire
plus de 60% des recettes du budget général, dont
la TVA, la principale recette fiscale de l’Etat qui représente
près de 45% des ressources venant de la fiscalité.
Ainsi, l’Etat financièrement puissant, garant du
pouvoir d’achat des ménages, pourra relancer l’activité économique
en créant les conditions avantageuses de crédits
de la part des banques togolaises au profit de la consommation.
Cela passe également par la réhabilitation des
infrastructures nationales, de même que le système
sanitaire et l’éducation nationale.
Seule une alternance crédible et acceptable pourra
régler la crise sociopolitique et institutionnelle de
notre pays, car notre solution viendra forcément de l’extérieur,
vu l’ampleur des dégâts. Elle viendra des
grandes institutions internationales dont: le FMI, la Banque
Mondiale, l’Union Européenne, l’Agence Française
de Développement, les Bailleurs de Fonds internationaux
privés, les grandes multinationales privées, les
pays occidentaux amis et partenaires en développement,
les Ressources Humaines de la diaspora togolaise dans le monde
qui ne sont pas prêts d’accepter une nouvelle mascarade électorale
au Togo.
Quelle est la place du Togo au moment où l’Afrique
devient le continent d’investissement des marchés émergents?
Que se passe-t-il autour de nous en Afrique?
Au début de l’été 2007, Renaissance
Capital a annoncé le lancement d’un Fonds d’Investissement
Panafricain de plus de 1 Milliard de dollars. Il est suivi quelques
mois plus tard, du Fonds du spécialiste Sud-Africain de
Capital-Investissement, Pamodzi Investment Holdings de plus de
1,3 Milliards de dollars et la création du tout nouveau
Fonds d’Actions Panafricains. Cela représente plus
de 10% des Fonds globaux qui vont à l’Afrique dans
les pays émergents du Kenyan, Ghana, Botswana, l’Egypte
et l’Afrique du Sud. L’African Opportunities Partners
investie massivement en Tanzanie, au Sénégal et
bientôt en Côte d’Ivoire.
Ce qui attend notre pays, en cas de récidive de la violence
offensive, oppressive et dépressive de la part du pouvoir
dictatorial de la junte militaire des Gnassingbé, c’est
le prolongement des sanctions économiques qui l’ont
déjà mis à genoux sur le sol, qui vont désormais
l’achever par terre.
Loin d’être une partie d’improvisation et
de hasard, l’économie est une science rationnelle
qui suppose le respect des règles démocratiques,
la bonne gouvernance et le fonctionnement régulier des
institutions politiques. Aucun pays au monde ne décroche
ses fonds d’investissements à coup de fusils, pour
cela, la junte militaire des Gnassingbé se trompe de chemin.
«Une forêt» qui ne pousse pas, est
naturellement envahie par des arbres malades, qu’il convient
de traiter, branche par branche, sans oublier les racines, en
prenant soin de déraciner tous les «petits baobabs» qui
transforment la forêt en sahel.
Paris, le 3 octobre 2007
Par Tido BRASSIER
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