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Journée mondiale
de l'alimentation:
Le droit de choisir ce
que l'on mange
17 octobre 2007
(Syfia France) Le droit des peuples à se nourrir eux-mêmes – la
souveraineté alimentaire – est aujourd'hui au centre
des discussions internationales sur l'agriculture. Mais les producteurs
africains réclament aussi un changement de politique de
leurs États. Ce que demande aussi la FAO, qui a fait du
droit à l'alimentation le thème de la journée
mondiale de l'alimentation du 16 octobre.
"Mangeons ce que nous produisons" prônaient,
il y a trois décennies, les gouvernements africains qui
encourageaient alors l'autosuffisance alimentaire. Aujourd'hui
le slogan a changé. "Produisons ce que nous mangeons" est
devenu le leitmotiv des organisations paysannes confrontées à la
rude concurrence des importations alimentaires. C'est ainsi qu'est
né en 1996 le concept de "souveraineté alimentaire",
lancé par Via Campesina, un mouvement qui regroupe plus
de 100 millions de petits producteurs de la planète. Il
désigne le droit des populations ou de leurs États à définir
leur politique agricole et alimentaire sans nuire aux producteurs
des autres pays, en résumé, le droit des peuples à se
nourrir eux-mêmes.
Cette notion remplace celle de sécurité alimentaire
née durant les années de la grande sécheresse
sahélienne. L'objectif était à cette époque
que chacun puisse manger à sa faim quelle que soit l'origine
des aliments : produits sur place, importés ou donnés
au titre de l'aide alimentaire.
Le recours aux importations était alors vu comme un moyen
de nourrir les consommateurs, des villes en particulier, à bas
prix. Certes. Mais dans un marché mondial dominé par
les grandes firmes agroalimentaires et les produits subventionnés
des pays occidentaux, le libre-échange tire les prix agricoles à la
baisse. Un coup dur pour les agriculteurs africains qui n'arrivent
plus à vivre correctement de l'agriculture, ni même
parfois à se nourrir. Selon la FAO, les trois quarts des
850 millions de malnutris que compte le monde sont de petits
producteurs d'aliments de base. Et aujourd'hui, ce sont les villes
qui sont touchées de plein fouet par la récente
et forte hausse des prix des céréales, nourriture
de base de millions de citadins.
Changer les politiques
Car cette politique a induit une forte dépendance alimentaire
de nombreux pays. L'Afrique de l'Ouest a multiplié ses
importations de riz par huit depuis 1960, celles de viande par
trois en vingt ans. Les exportations agricoles couvrent à peine
le coût de ces importations alimentaires dont 70 % sont
des produits concurrents des produits locaux.
Aujourd'hui, producteurs et consommateurs veulent renverser la
vapeur. Ils demandent que les États et les organismes
internationaux reconnaissent le droit des peuples à se
nourrir eux-mêmes et permettent une juste rémunération
du travail des exploitations familiales agricoles. Ils réclament
le changement des règles de l'OMC afin de pouvoir protéger
leur agriculture, un point qui bloque depuis 2006 les négociations
du cycle de Doha, qui reprendront en 2008. C'est aussi la pierre
d'achoppement des discussions sur les Accords de partenariat économique
(APE) entre l'Union européenne et les pays ACP (Afrique-Caraïbes-Pacifique).
Les organisations paysannes demandent aux gouvernements d'agir,
de changer leurs politiques agricoles et d'aider les agriculteurs.
Pour produire de quoi nourrir les habitants de leur pays, les
producteurs doivent, en effet, accroître fortement leur
productivité en disposant de terres, d'eau, de crédit,
d'engrais... Des économistes vont plus loin. Ils estiment
que le "protectionnisme" est la seule forme de soutien
possible à l'agriculture.
Au Cameroun, les consommateurs des villes se sont alliés
aux agriculteurs pour demander au gouvernement de subventionner
la production locale. Ils ont été 700 000 à signer
la pétition lancée par l'Association citoyenne
de défense des intérêts collectifs (ACDIC) à l'occasion
de sa campagne "Produisons ce que nous mangeons, mangeons
ce que nous produisons".
Droit à l'alimentation
Peu à peu, la souveraineté alimentaire fait son
chemin. Le Cadre de politique agricole pour l’Afrique de
l’Ouest (ECOWAP) de la CEDEAO, adopté en janvier
2005, en fait son objectif prioritaire, de même la loi
d'orientation agricole adoptée au Mali en août 2006.
La FAO fait de son côté pression sur les États
pour que le droit à l'alimentation, un droit de l'homme
fondamental, thème de la Journée mondiale de l'alimentation
cette année, soit inscrit dans les constitutions des pays.
Elle propose aussi une série de mesures concrètes,
les "directives volontaires", pour assurer à chaque
citoyen une alimentation correcte sans discrimination aucune,
en particulier pour ceux qui n'ont pas les moyens d'acheter des
vivres. Depuis 2004, l'organisation a lancé une vaste
campagne pour faire adopter ce droit et le concrétiser.
Les revendications sur la souveraineté alimentaire, portées
essentiellement par les organisations paysannes de tous les continents,
ont cependant déjà eu un effet : celui de faire
revenir la petite agriculture locale sur l'agenda de la communauté internationale.
Un premier pas.
Marie-Agnès Leplaideur
Syfia International Envoi
07-41 – Octobre 2007
20, rue du Carré-du-Roi
34000 Montpellier - France
www.syfia.info
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